Annales de Toxicologie Analytique, vol. XII, n° II , 2000

Evaluation de tests de dépistage des drogues sur le terrain
Evaluation of roadside drug testing equipment

Nele SAMYN*(1), Vincent ARESCHKA(1), Alain VERSTRAETE(2)

(1) Institut National de Criminalistique et Criminologie, Bruxelles - BELGIQUE
(2) Laboratoire de Biologie Clinique-Toxicologie, Hôpital Universitaire, Gent - BELGIQUE

*Auteur à qui adresser la correspondance : Nele SAMYN, Institut National de Criminalistique et Criminologie,
Chaussée de Vilvorde 100 - 1120 Bruxelles - BELGIQUE - Tél : +32 2 240 05 64 - Fax : +32 2 241 61 05
e-mail : Nele.Samyn@just.fgov.be


RÉSUMÉ

Dix-neuf tests rapides pour Ici détection de la drogue au volant ont été répertoriés dans la deuxième partie du projet Rosita. Ils sont commercialisés sur le marché international par an minimum 32,finnes. Seize tests ont été spécifiquement développés pour l'analyse de l'urine, trois pour la salive et un pour la sueur. Pour ce qui concerne l'urine, il y a au moins trois modalités pour l'analyser sur place : l'immersion d'une languette ou d'une carte, l'emploi d'une pipette, l'emploi d'un réservoir ad-hoc. L'utilisation de ces tests au laboratoire a permis d'en évaluer globalement la facilité d'utilisation sur le terrain. Une appréciation de "très bon" à "bon" a été attribuée à environ soixante pour-cent des tests et seulement un test a été jugé "inacceptable ". Seuls les tests "Rapiscan" et "Drugwipe" peuvent utiliser un lecteur électronique de résultats, gui permet également un stockage aisé des résultats.Ce travail a mis en évidence des difficultés concernant l'interprétation objective des résultats (absence de lecture électronique), des problèmes de détection et de spécificité dans le cas de l'ecstasy ainsi qu'un problème de spécificité dans le cas de la morphine (les autres opiacés sont également détectés).
Une étude expérimentale dans laquelle sept tests rapides ont été comparés, a montré que les Syva Rapidtest, Rapid Drug Screert, Rapitest et Teststik étaient les plus fiables pour la détection des cannabinoides dans l'urine. Tous les tests, à l'exception du Frontline, étaient suffisamment sensibles pour la détection de la benzoylecgortine. Les résultats pour les opiacés étaient acceptables pour torrs les tests. Syva Rapidtest, Rapid Drug Screert, Rapitest et Instatest ont montré de bons résultats pour la détection de l'amphétamine et de la MDMA; seul le Teststik et Testcup n'ont pas permis de détecter la MDMA, même à une concentration supérieure à 8000 nglml.


MOTS-CLÉS
Tests de dépistage, drogues au volant, stupéfiants, urine, salive, sueur.
SUMMARY

Nineteen différent on-site drug testing devices have been documented in the second work package of the Rosita project, commercialised by 32 companies on the international market. Sixteen are designed for urine, three for saliva, one for sweat. For urine, tliere exist roughly three kinds of test designs to obtain a result with an on-site drug test: a "dip" test (teststrip or testcard), a "pipette" test (testcassette) and a "cup" test. Since most of the on-site device.s were tested in the laboratory, an evaluation of their user friendliness was dore by three members of the laboratory personnel. Approximately sixty percent of the evaluated devices had a users quotatiort of "good" to "vert' good", thirty percent was cortsidered "acceptable", only one was "not acceptable". Only the Rapiscart saliva tester and the Drugwipe use an electronic reader; that also allows easy storage of data.The objective interpretation of the result (absence of a reader), the detection of ecstasy and other designer arnphetamines, and the specificity of the tests for the illicit arnphetamines and morphine (other opiates are detected as well) are problem issues.
In an experimental study, Syva Rapic/test, Rapid Drug Screen, Rapitest and Teststik showed the best accuracy in the detection
of cnrtnabinoids in urine. All tests except Frontline sl2owed sufficient sensitivity and specifieity for the detection of bertzoylecgonine in urine. All tests showed acceptable results for the detection of opiates in urine. Syva Rapidtest, Rapid Drug Screen, Rapitest and Instatest showed good results for the detection of amphetantine and MDMA in urine. Testcup and Teststik fniled to detect MDMA, even at concentrations above 8000 nghnl.


KEY-WORDS
Screening devices, on-site testing, drugs
of abuse, urine, saliva, sweat.

Suivi toxicocinétique de la clozapine étude d'une tentative de suicide
Toxicokinetics of clozapine : a case report of a non fatal suicidal intoxication

Laurence LABAT*(1,2), Marc DEVEAUX(3), Régis BEDRY(4), Nicholas MOORE(2)

(1) Laboratoire de Chimie Analytique, UFR de Pharmacie, 3, Place de la Victoire - 33076 BORDEAUX Cedex
(2) Laboratoire de Toxicologie, Hôpital Pellegrin, Place Amélie Raba Léon - 33076 BORDEAUX Cedex
(3) Institut de Médecine Légale, Place Théo Varlet - 59000 LILLE
(4) Centre Antipoison, Hôpital Pellegrin, Place Amélie Raba Léon - 33076 BORDEAUX Cedex

*Auteur à qui adresser la correspondance : Laurence LABAT, Laboratoire de Chimie Analytique, UFR de Sciences Pharmaceutiques, 3, Place de la Victoire - 33076 BORDEAUX Cedex
Tél : 05 57 57 18 18 - Fax : 05 56 94 70 90 - e-mail : Laurence.labat@chimana.u-bordeaux2.fr


RÉSUMÉ

Un homme de 29 ans fait une tentative (le .suicide par ingestion supposée de 3 g de clozapine, de zopiclone, d'alpra7olain et d'alcool. Il est admis à l'hôpital dans un coma profond hypotonique, en état de dépression respiratoire et de collapsus respiratoire et vasculaire. Après un traitement symptomatologique, le patient quitte le service de réanimation 72 h après l'ingestion des médicaments, .sans séquelles. Des dosages de la clozapine plasmatique par chromatographie liquide haute performance (CLHPIUV) ont été réalisés sur 16 prélèvements successifs pendant 120 heures. Les résultats toxicocinétiques montrent une phase d'absorption de 4 h avec une concentration plasmatique maximum de 5200 ng/ml. Nous avons mis eu évidence trois demi-vies d'élimination successives de la clozapine, estimées à 38, 24 et 13 h.


MOTS-CLÉS
Clozapine, plasma, intoxication, CLHP/UV

SUMMARY

A 29-year-old orale attentpted suicide with about 3 g clozapine, zopiclone, alprazolam and alcohol. He was adinitted in a deep hypotonie conta with respiratory depression, inhalation pneunionia and vascular collapse. After a symptoinatic treatinent, the patient vvas discharged front the intensive care unit, ivith no sequelae. A high-pressure liquid chioniatography ntethod (HPLC/UV) was performed in order to quantify clozapine in the plasma during 120 hours on 16 blood sainples. Toxicokinetic results showed a 4 hours absorption phase and a maximum blood concentration of 5200 ng/ml. We demonstrate that clozapine has three successive elinination half-lives values of 38, 24 and 13 hours..


KEY-WORDS
Clozapine, blood, intoxication, HPLC/UV

A propos d'un cas d'intoxication volontaire au Laurier rose (Nerium oleander L., Apocynaceae)
A non fatal case of self poisoning by the pink bay-tee (Nerium oleander L., Apocynaceae)

 

Mustapha MOULSMA(1), Éric LACASSIE(3), Isabelle BOUDRE(1), Jean-Michel GAULIER(3), Bernard DELAFOSSE(2), Gisèle LARDET(2)

(1) Laboratoire de Pharmacotoxicologie et Analyse de traces, Hôpital Édouard Herriot - 69437 LYON Cedex 03
(2) Service d'Anesthésie et de Réanimation, Pavillon N, Hôpital Édouard Herriot - 69437 LYON Cedex 03
(3) Service de Pharmacologie et Toxicologie, Hôpital Universitaire Dupuytren - LIMOGES

*Auteur à qui adresser la correspondance : Mustapha MOULSMA, Laboratoire de Pharmacotoxicologie et Analyse de traces, CHU Édouard Herriot, place d'Arsonval - 69437 LYON Cedex 03


RÉSUMÉ

Les auteurs rapportent un cas non mortel d'intoxication volontaire par le laurier rose chez une femme de 23 ans. Les premiers symptômes ont été des nausées et une bradycardie sinusale. A son admission en service de réanimation, le bilan biochirnique montre une alcalose mixte et une hypophosphorérnie. Les prélèvements sanguins effectués en urgence et au cours de l'évolution de l'intoxication ont permis de mettre en évidence une concentration .sérique apparente initiale en digitoxine de 46,6,ugll par dosage immunochimique. Ces résultats ont ensuite été vérifiés par une méthode .spécifique utilisant un couplage chromatographie liquide/spectrométrie de masse (CL/SM). Le dosage par Cl/SM a permis l'identification et la quantification de l'oléandrine dans le sérum, avec des concentrations sériques allant de 11,9 à 19,1 nglrnl. Ce couplage CUSM permet l'identification formelle et le dosage de l'oléandrine et apparaît comme une méthode de choix en toxicologie clinique, et surtout lors d'expertises médico-légales.


MOTS-CLÉS
Oléandrine, laurier rose, Intoxications, dépistage, CL/SM.
SUMMARY

The authors report a non fatal case of voluntary intoxication by the pink bay-tree of a 23 year old woman. The first syrrrptorns were nauseas and a .sinusal bradycardia. With its admission in intensive care unit, the biochenrical assessment .shows a naixed alcalose and a hypolrho.sphoremy. Using immunochernical assay, serunrs carried out during the evolution of the intoxication show an apparent serunr concentration in digitoxine of 46,6 pgll at admission. These results were then checked by a specific nrethod using a highly specific liquid chromatography - mass spectrometr~, (LC/MS) procedure. The LC/MS procedure allowed the identification and the quantitation of oleandrin in the serum, with serum concentrations from 11,9 to 19,1 nglml. This screening method using LC/MS appears to be a rnethod of choice in clinical toxicology, and especially for forensic toxicological investigations.

 

KEY-WORDS : Oleandrin, pink bay-tree, intoxication, screening, LC/MS.

 
Cyanures et thiocyanates en toxicologie hospitalière
Cyanides and thiocyanates in a hospital
toxicology laboratory

Corinne CHARLIER*(1), Thierry GOUGNARD(1), Denis LAMIABLE(2), Pierre LEVILLAIN(3), Guy PLOMTEUX(1)

(1) Laboratoire de Toxicologie Clinique, CHU de Liège - B-4000 Liège - BELGIQUE
(2) Laboratoire de Pharmacologie et Toxicologie, CHRU, Hôpital Maison Blanche
F-51092 REIMS Cedex - FRANCE
(3) 91250 St Germain les Corbeil - FRANCE

*Auteur à qui adresser la correspondance : Dr Corinne CHARLIER, Laboratoire de Toxicologie Clinique,
Tour des Soins Intensifs, 5V"'° étage, CHU - B35 - B-4000 Liège - BELGIQUE
Tél : 00 32 4 366 88 18 - Fax : 00 32 4 366 88 89 - e-mail : C.Charlier@chu.ulg.ac.be

RÉSUMÉ

L'ion cyanure est un poison très violent, susceptible d'entraîner chez l'Homme la mort en quelques minutes. Dans l'organisme, sous l'action principale de deux enzymes, la thiosulfate sulfure transférase et la J.3 mercaptopyruvate transsulfurase, il se transforme en ion thiocyanate (SCN-), éliminé par voie urinaire. La détermination du taux sanguin du cyanure est importante pour confirmer le diagnostic d'intoxication. Les différentes méthodes de dosage des cyanures et thiocyanates dans les milieux biologiques sont présentées, en insistant particulièrement sur leur praticabilité et leur sensibilité respectives.


MOTS-CLÉS
Cyanure, thiocyanate, matrices biologiques, quantification.

SUMMARY

Cyanide is a highly toxic poison, able to very rapidly induce the death. Thiocyanate anion (SCN-) is a metabolic product qf cyanide and cyano-containing organic substances, produced by two major enzymes : thiosulfate sulfure transférase and,/ rnercaptopyruvate transsulfurase. Determinations of blood cyanide is important to confirrn the diagnostic of intoxication. A survey of methods for the quantitative determ.ination of cyanide and thiocyanate in biological matrices is presented. Particular attention is paid to the rapidity and to the sensitivity of the method.


KEY- WORDS
Cyanide, thiocyanate, biological matrices, quantification.


Un cas typique d'intoxication volontaire par l'éthylène glycol
Typical case of self poisoning with
ethylene glycol


Olivier LEMENAND (1), Françoise CANNA (1), Franck HERIAULT (2),Robert LEROYER*(1)

(1) Laboratoire de Pharmacie - Toxicologie, CHU Côte de Nacre - 14033 CAEN Cedex
(2) Pharmacie du CHS "Bon Sauveur", 93, rue Caponière - 14000 CAEN

*Auteur à qui adresser la correspondance : Robert LEROYER, Pharmacie du CHU, Côte de Nacre
14033 CAEN Cedex - Tél : 02 31 06 46 65 - Fax : 02 31 06 46 67


RÉSUMÉ

Le cas d'une intoxication volontaire aiguë par l'éthylène glycol, utilisé en tant que substitut à l'alcool chez un patient éthylique chronique, est rapporté.
Un suivi des taux plasmatiques d'éthylène glycol (EG) par une méthode enzymatique et de son principal métabolite, l'acide glycolique (AG), par une méthode spectrophotométrique est présenté. Les concentrations maximales observées sont de 3,43 g/L pour l'EG et de 1,12 g/L pour l'AG. La demi-vie d'élimination calculée de l'éthylène glycol (7,4 heures) est conforme au résultats de la littérature lors de la mise en oeuvre d'un traitement antidotique (fomépizole) et d'une épuration extra-rénale ; d'autre part, l'ampleur du trou anionique et le taux de glycolates sont superposables.


MOTS-CLÉS
Éthylène glycol, acide glycolique, intoxication.

SUMMARY

A typical case of self-poisoning with ethylene glycol used as a substitute to alcohol is reported.
The following of blood ethylen glycol and bis main metabolite, glycolic acid, bas been realized, the first one with an enzymatic assay, the other one with a spectrophotometric assay.
The highest observed values were : 3.43 g/L for ethylene glycol and 1. 12 g/L for glycolic acid. Ethylene glycol elimination half life (7.4 hours), while the patient was treated by fontepizole and hemodialysis, is found similar to the reviews; furthermore, anion gap and glycolates rate were correlated.


KEY-WORDS
Éthylene glycol, glycolic acid, self-poisoning.

PERSPECTIVES

Plus vite, plus petit, plus sensible. Analyse et Séparations à l'aube du 3ème Millénaire
Quicker, smaller, smarter. Analysis and Separatious towards the 3rd Millenium

Antoine-Michel SIOUFFI

UMR 6516, Université Aix Marseille 3, Faculté Des Sciences de Saint Jerôme - 13397 MARSEILLE Cedex 20
Tél : 04 91 28 85 84 - e-mail : Antoine-Michel.Siouffi@UFR.u-3mrs.fr

Introduction

Le téléphone portable, l'ordinateur portable, la micro caméra ne sont plus des objets d'étonnement et les électroniciens savent graver toute la puissance d'un ordinateur sur moins de 1 cru' de silicium. Nous communiquons avec le monde entier, et on s'irrite parfois quand la communication (avec Internet, par exemple) n'est pas instantanée .Le consommateur s'inquiète d'entendre parler de contamination accidentelle, mais ne sait pas que l'on contrôle certaines toxines au niveau de la ppt (partie par trillion). Le chronométrage des performances est effectué au millième de seconde. Les récentes affaires de dopage ont mis en lumière la rapidité et la sensibilité des méthodes de détection. Ces quelques exemples montrent le chemin parcouru depuis quelques années vers la miniaturisation, la facilité d'utilisation, le gain de performance et la vitesse de réponse. En fait, nous sommes au début d'une ère nouvelle, et les développements à venir vont envoyer les instruments actuels au musée. Il n'est qu'à regarder un spectrophotomètre miniaturisé pour en être convaincu