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Annales de Toxicologie
Analytique
| Résumés
du n°2, vol XV, 2003 |
ISSN 0768-598X
Résumés/ Summaries au format acrobat pdf
Editorial
Patrick MURA
Editorial
Pour la deuxième fois, un numéro entier de notre revue est consacré au
problème de l'insécurité routière liée à l'usage de stupéfiants par les
conducteurs. En effet, en 1996 dans son numéro 2, Toxicorama (ancien nom de ce
journal) avait décrit les méthodes de dosage dans le sang des quatre familles
de stupéfiants les plus courantes (cannabis, opiacés, amphétamines et
cocaïne) et présenté la nécessité de l'existence d'un contrôle de
qualité. Depuis cette date, la conduite automobile sous influence de substances
psychoactives illicites a fait l'objet de nombreux travaux et de nombreux
débats scientifiques, publics et parlementaires. Parallèlement, l'usage de
stupéfiants et notamment de cannabis et d'ecstasy n'a cessé de croître dans
la plupart des pays et tout particulièrement en France. De même, le nombre de
morts et de blessés graves dans les accidents de la voie publique est resté à
un niveau inquiétant et les accidents de la route demeurent la première cause
de mortalité chez les moins de 25 ans.
Les toxicologues analystes ayant un rôle majeur à jouer dans la faisabilité
et l'exécution de tout nouveau dispositif réglementaire de contrôle en la
matière, la Société Française de Toxicologie Analytique a procédé à la
formation des analystes et a largement contribué, avec la mise en place
d'études épidémiologiques, à une meilleure connaissance de l'implication des
stupéfiants dans la survenue des accidents de la circulation.
C'est dans ce contexte que la France, avec la loi du 3 février 2003 et le
décret du 1er avril 2003, s'est soumise à la directive n° 91/439/CEE du 29
juillet 1991, qui imposait aux pays membres de l'Union Européenne de mettre en
place avant le 1er juillet 1996 une législation visant à sanctionner les
conducteurs sous influence de substances psychotropes.
Le moment était donc tout à fait approprié pour faire le point sur l'état
actuel de nos connaissances sur les effets des stupéfiants et leurs
conséquences sur la conduite automobile, les performances des tests analytiques
et cliniques utilisables pour le dépistage ou lors de la délivrance ou la
restitution du permis de conduire, les dosages sanguins et la notion de seuils,
ou encore la place des traitements de substitution dans l'insécurité
routière. Par ailleurs, le problème de la conduite sous influence de
stupéfiants n'étant pas spécifiquement français, il nous a semblé judicieux
de présenter les actions entreprises dans ce domaine dans les pays voisins que
sont l'Allemagne, la Belgique et la Suisse.
Je voudrais enfin remercier tous les auteurs ayant accepté de contribuer à ce
numéro spécial des Annales de Toxicologie Analytique qui devrait, pendant
quelques années, constituer un document de référence en la matière.
Effets des stupéfiants sur la conduite automobile.
Effects of narcotic drugs on driving
Jean Pierre ANGER
Laboratoire de Toxicologie, Faculté des Sciences
Pharmaceutiques, Université de RENNES 1
2 Avenue du Professeur Léon Bernard, 35043 RENNES Cedex
e-mail : Jean-Pierre.Anger@univ-rennes1.fr
RESUME
Après absorption par différentes voies (pulmonaire, intra-nasale, orale ou
parentérale), les psychotropes illicites (cannabis, cocaïne, opiacés et
amphétamines) franchissent la barrière hémato-encéphalique et gagnent le
cerveau dont ils vont perturber le fonctionnement en mimant l'action ou en
bloquant la sécrétion ou enfin en empêchant la recapture de certains
neuromédiateurs. Ainsi les opiacés inhibent sélectivement de nombreuses
activités neuronales induites par des stimulis excitateurs si bien que
l'information arrive au cerveau non seulement " en retard " mais
considérablement amoindrie, voire déformée et les réactions sont également
diminuées. La cocaïne et les amphétamines sont à l'inverse de puissants
psychostimulants. Ces composés inhibent, au niveau cérébral la recapture des
amines biogènes (noradrénaline, dopamine, sérotonine) ce qui induit un
accroissement de la neurotransmission. Sous leur influence, la vigilance
augmente, le temps de réaction s'améliore. Cependant d'autres effets associés
comme l'euphorie, l'agressivité, la fatigue liée à l'insomnie conduisent à
des comportements parfois irrationnels et dangereux. Le cannabis entraîne une
désinhibition, un état de somnolence avec détérioration de la perception
temporelle et spatiale.
D'une façon générale, le dysfonctionnement cérébral induit par la prise de
ces stupéfiants modifie plus ou moins profondément le comportement du
conducteur qui ne sera plus en mesure de juger sainement une situation critique
et pourra, en conséquence, soit sous estimer le risque ou au contraire aura
tendance à augmenter la prise de risque et dans certaines circonstances à
favoriser l'accident.
SUMMARY
After absorption by various routes (pulmonary,intra-nasal, oral or parenteral)
psychotropic drugs (cannabis, cocaine, opiates and amphetamines) cross the
blood-brain barrier, reach the brain and disrupt its functions by mimicking the
action, or by blocking secretion or at least by preventing the recapture of some
neuromediators. Thus, as opiates selectively inhibit many neuronal activities
induced by excitation stimuli, the information that gets to the brain is not
only delayed but considerably weakened. The cocaine and amphetamines are to
reverse of powerful psychostimulants. These compounds inhibit recapture in the
brain of biogen amines (adrenaline, dopamine, serotonin), which induces
increased neurotransmission. Under their influence, vigilance increases and
reaction time is shorter. However other associated effects such as euphoria,
aggressiveness and tiredness linked to insomnia, sometimes lead to dangerous
behaviours. Cannabis induces desinhibition, drowsiness, and an alteration of
temporal and spatial perception.
In general brain dysfunction induced by taking these drugs has a more or less
profound effect on the driver's behaviour. He will no longer be able to assess a
critical situation soundly and will, as a result, either underestimate risks or
on the contrary have a tendency to take more risks and in some circumstances
that may increase the risk of accidents.
Le risque accidentogène d'une consommation de
stupéfiants est-il bien établi ?
Is the risk of road crash after a drugs of abuse intake well
documented ?
Patrick MURA*, Yves PAPET, Gérard MAUCO
Laboratoire de Biochimie et Toxicologie,
Centre Hospitalier Universitaire,
BP 577, 86021 POITIERS - France
Tél : 05 49 44 39 23 - Fax : 05 49 44 38 34
e-mail : p.mura@chu-poitiers.fr
* Auteur à qui envoyer la correspondance
Résumé
Une étude multicentrique cas-témoins, réalisée récemment en France, a
montré que la fréquence des accidents corporels de la voie publique était
multiplié par 2,5 (odds-ratio) avec un usage récent de cannabis et par 8,2
lorsque la morphine était présente dans le sang des conducteurs. Ces
résultats confirment les données obtenues par de très nombreuses études de
prévalence réalisées en France et dans de nombreux autres pays. Ce risque de
survenue d'accidents induit par une consommation récente de stupéfiants n'est
cependant pas mis en évidence uniquement par ces études épidémiologiques. Il
existe en effet de nombreux autres arguments scientifiques. Le cannabis, les
amphétamines, la cocaïne et les opiacés sont des substances psychoactives,
modifiant de manière significative la libération et/ou la recapture de
certains neurotransmetteurs au niveau des synapses neuronales, ce qui se traduit
par une altération des fonctions cognitives et motrices. Les conséquences de
ces dysfonctionnements neuronaux (notamment les troubles de la vision, de la
vigilance et de l'équilibre) peuvent être objectivées par des tests
comportementaux. Par ailleurs, les études réalisées sur simulateurs de
conduite ou sur circuits montrent que l'usage de ces stupéfiants augmente le
risque d'erreurs de conduite. Prenant en compte l'ensemble de ces arguments, les
auteurs en concluent que le risque accidentogène lié à une consommation de
stupéfiants est aujourd'hui bien établi et qu'une large information auprès
des conducteurs et en particulier auprès des jeunes est désormais nécessaire
et urgente.
Summary
A collaborative French case-control study revealed that the number of
non-fatal accidents was increased by 2.5 (odds-ratio) with a recent intake of
cannabis and by 8.2 when morphine was present in blood of drivers. These data
confirm the results of numerous prevalence studies performed in France and many
other countries. Moreover, the causal role for drugs of abuse in road crashes is
not only attested by epidemiological studies, and numerous additional scientific
arguments exist. Cannabis, amphetamines, cocaine and opiates are psychoactive
compounds, modifying significantly the release and/or the recapture of
neurotransmitters in synaptic areas, which leads to alterations of both motor
and cognitive functions. The consequences of such neuronal dysfunctions (and
particularly vision, vigilance and equilibrium troubles) can be highlighted by
behavioral tests. Studies performed by driving simulators or even in "realistic"
situations on closed or open -roads demonstrate that a recent intake of drugs of
abuse increases the risk of driving faults. Taking into account all these
arguments, the authors conclude that the risk of accident in case of drug of
abuse exposure is now well established and that it is necessary to address
informations about this risk to drivers and more particularly young drivers.
Le dépistage biologique d'une conduite sous
influence
Toxicological detection of driving under the influence
Alain G. Verstraete 1, Nele Samyn2
1 Laboratoire de biologie clinique, Hôpital universitaire,
De Pintelaan 185, B-9000 Gent, Belgique, Tél + 32 9 240 34 07, Télécopie + 32
9 240 49 85
e-mail : Alain.Verstraete@rug.ac.be
2 Institut national de criminalistique et criminologie, section toxicologie,
Chaussée de Vilvorde 98-100, B- 1120 Bruxelles, Belgique
Résumé
Au cours des 5 à 7 dernières années, beaucoup de progrès ont été faits
dans le domaine des méthodes de détection des drogues dans le cadre de la
conduite automobile: tests de terrain, seuils de détection optimaux et
méthodes de laboratoire. La nécessité de disposer d'un test rapide fiable est
bien établie. Les tests rapides urinaires sont assez fiables, mais ils posent
le problème de la collecte de l'urine sur le terrain. Le développement des
tests sur la salive a été plus lent que prévu, et les problèmes majeurs à
résoudre sont la sensibilité pour le tétrahydrocannabinol et l'obtention d'un
échantillon satisfaisant (volume et viscosité). Les seuils SAMHSA (Substance
Abuse and Mental Health Service Administration) qui ont été proposés pour la
salive sont également applicables pour les cas de conduite sous influence de
drogues. Il y a peu de nouveautés dans les tests rapides sur la sueur. Les
seuils analytiques des drogues dans le sang varient dans les différents pays
européens et l'Allemagne les a récemment revus à la baisse. L'analyse de
drogues dans le sang est maintenant devenue une procédure de routine dans
beaucoup de laboratoires, qui utilisent une méthode de chromatographie en phase
gazeuse (parfois aussi en phase liquide) couplée à la spectrométrie de masse,
éventuellement précédée d'un dépistage immunologique.
Abstract
Much progress has been made in the last 5 to 7 years in the field of
analytical detection methods for driving under the influence of drugs: roadside
tests, optimal cut-offs and laboratory methods. The need for a roadside drug
test is now well established. Urine onsite tests work well but the problem of
obtaining a urine specimen at the roadside remains. The development of oral
fluid tests has been slower than expected, with the sensitivity for
tétrahydrocannabinol and adequate (volume and viscosity) sampling remaining the
major problems. The proposed SAMHSA (Substance Abuse and Mental Health Service
Administration) cut-offs for oral fluid seem also applicable for driving under
the influence of drugs. There has been little development of sweat tests. The
analytical cut-offs used differ in European countries and Germany has recently
decreased them. Analysis of drugs in blood has now become routine in many labs,
either by GC-MS, but also by LC-MS, sometimes preceded by an immunoassay
screening.
Le dépistage clinique des conducteurs sous influence
de psychotropes
C.MERCIER-GUYON,
C.E.R.M.T., BP 132, 74004, Annecy cedex, cermtcmg@wanadoo.fr
SUMMARY
If alcohol consumption, during past decades, represented the main cause of
impairment in drivers, consumption of other psychoactive substances becomes
today, an increasing cause of drivers= impairment. If some countries have
implemented procedures for clinical evaluation since several years, many other
countries still focus on detection of alcohol in drivers. If the biological
evidence is an important step in the countries using clinical evaluation
procedures, this step is not always required for justice procedures. If the
first step of the impairment evaluation in drivers always rest on field
policemen on a second step, different approaches are used depending of the
countries.
USA, since 15 years, have developed a procedure based on expert policemen,
especially trained, in charge of leading a complete evaluation of the driver.
Scandinavian Countries, Germany and Belgium have different procedures. The field
policeman has only to establish, with simple behavioral tests if there is or not
a reasonable suspicion of impairment. If this suspicion exists, a biological
sample (generally blood) is collected to be used for the justice procedure. In
other countries, like France, which have no obligation to lead a clinical
evaluation in drivers, and which have no obligation of a reasonable suspicion,
the detection of impaired drivers was only focused on the determination of an
alcohol concentration until the implementation of the law on drug and driving.
To face the problem of driving under the influence of psychoactive substances,
the procedures of drug detection will reasonably have to rest, in the future, on
a preliminary and an evidential clinical evaluation of the drivers' impairment.
RESUME
Si l'alcool a représenté, pendant des décennies la principale cause
d'altération comportementale chez les conducteurs, la consommation de drogues
illicites est devenue, depuis une vingtaine d'années, une cause non
négligeable de troubles du comportement au volant. Si certains pays ont mis en
place des procédures cliniques d 'évaluation comportementale depuis de
nombreuses années, d'autres sont restés pratiquement exclusivement orientés
sur la détection des états d'alcoolisation. Si la preuve biologique est un
apport important dans la détermination de l'état d'ivresse dans les pays qui
utilisent les tests comportementaux, cet apport n'est pas toujours indispensable
pour autoriser une procédure judiciaire. Si la détection initiale des
altérations du comportement chez les conducteurs repose toujours à la base sur
les policiers de terrains, des approches différentes sont ensuite utilisées
selon les pays. Les USA ont développé, depuis une quinzaine d'années, un
système basé sur des policiers experts, spécialement entraînés, chargés de
réaliser une évaluation complète de l'état du conducteur. Les Pays
Scandinaves, l'Allemagne et la Belgique, ont des procédures sensiblement
différentes. A la base, le policier de terrain a pour seul objectif d'établir,
à l'aide de tests simples, s'il y a ou non une légitime suspicion l'état
d'ivresse. Si cette suspicion est avérée, il est procédé, avec l'aide d'un
médecin, à un prélèvement biologique, généralement sanguin, qui servira à
établir la preuve judiciaire. En France où il n'y pas d'obligation
d'évaluation comportementale chez les conducteurs, ou même de suspicion
d'ivresse, la détection était uniquement focalisée sur la détermination
d'une imprégnation alcoolique jusqu'à la mise en place de la loi sur la
conduite sous l'emprise de stupéfiants. Pour faire face à ce problème, les
procédures de détection devront logiquement reposer sur une évaluation
clinique et comportementale préliminaire et susceptible d'avoir une valeur
probante devant les tribunaux.
Dosage des stupéfiants dans le sang des conducteurs
impliqués dans un accident de la circulation : interprétation des résultats,
définition de seuils.
Determination of narcotics in blood after traffic accidents :
interpretation of the results and advice for cut-offs
Marc DEVEAUX1, Jean-Pierre GOULLE2, Michel LHERMITTE3
1 Institut de médecine légale, Faculté de Médecine,
Université de Lille 2,
rue André Verhaeghe, 59045 LILLE cedex - e-mail : mdeveaux@easyconnect.fr
Résumé
De 1995 à 2001, la gestation de la législation française pour la
prévention et la répression de la conduite sous l'empire de stupéfiants a
été longue. Nous détaillons dans cet article les dispositions finales,
applicables depuis avril 2003 : prélèvements, dépistage urinaire, dosages
sanguins. Les méthodes d'analyses recommandées par la Société Française de
Toxicologie Analytique sont toujours publiées en 1996, avec quelques
améliorations dues essentiellement aux progrès du matériel et à
l'expérience des toxicologues. La législation manquant de précision
scientifique, nous proposons un choix précis de xénobiotiques à rechercher et
à doser : tétrahydrocannabinol, 11-hydroxy-tétrahydrocannabinol,
benzoylecgonine, morphine libre, 6-monoacétylmorphine,
méthylène-dioxyméthamphétamine. Nous discutons les seuils imposés par la
législation et nous en proposons d'autres, plus bas, fondés sur les limites
analytiques de quantification les couramment admises par les laboratoires de
référence.
Abstract
It took 6 years, from 1995 to 2001 to build up the French legislation on
narcotic drugs and driving. This paper describes the actual law published in
April 2003 : biological samples, urinalysis, determination of drugs in blood.
Recommended analytical procedures previously published in 1996 by the French
Society of Analytical Toxicology (Société Française de Toxicologie
Analytique, SFTA) are still utilizable, but are improved by progress in
apparatus and toxicologists' experience. The actual law appears to have not
enough scientific accuracy and we propose in this paper which precise
xenobiotics to determine : tetrahydrocannabinol,
11-hydroxy-tetrahydrocannabinol, benzoylecgonine, free morphine,
6-monoacetylmorphine, methylenedioxymethamphetamine. Authors discuss the
cut-offs imposed in the law and propose lower cut-offs, based on analytical
performances of most of the reference laboratories.
Compilation de 3751 dosages sanguins de stupéfiants
obtenus par 19 experts, dans le cadre de l'application de la loi Gayssot
Gilbert PEPIN* - Gaëlle DUFFORT -
Nathalie Rommel, Pascal Kintz, Véronique Dumestre-Toulet, Marie France
Kergueris, Gérard Lachâtre, Mustapha Moulsma, Jean-Pierre Goullé, Christian
Lacroix, Ivan Ricordel, Patrick Mura, Françoise Vincent, Alain et Anne Gruson,
Michel Lhermitte, Bernard Capolaghi, Alain Turcant, Marc Deveaux, Marie-Hélène
Ghysel, Philippe Corteel.
Laboratoire d'Expertises TOXLAB, 7 Rue Jacques Cartier - 75018
PARIS
Tel : 01 58 59 28 00 - Fax : 01 58 59 28 01 - e-mail : toxlab@wanadoo.fr
* Auteur à qui adresser la correspondance
RESUME
Un an après la parution, le 27/08/01, du décret d'application de la loi
Gayssot du 18 juin 1999 relative à la sécurité routière et traitant de
l'implication des stupéfiants dans les accidents mortels de la circulation, les
auteurs ont souhaité réaliser une synthèse des dosages sanguins obtenus par
19 experts judiciaires français suite à la parution de cette loi, en compilant
les résultats de 3751 dosages sanguins.
Il résulte de cette compilation statistique que tous âges confondus, 17 % des
analyses sanguines réalisées sur des conducteurs impliqués dans un accident
mortel de la circulation, mettaient en évidence la présence de stupéfiants,
dont 13,8 % étaient positives au ?-9-tétrahydrocannabinol (THC), principe
actif stupéfiant hallucinogène du cannabis. Dans la population des conducteurs
de moins de 27 ans, 29,8 % des analyses sanguines mettaient en évidence la
présence de stupéfiants dont 27,2 % étaient positives aux cannabinoïdes. Par
ailleurs l'alcool était également présent dans 25 % des analyses positives au
cannabis. Enfin la recherche de médicaments psychoactifs après résultat
positif aux stupéfiants montre une faible incidence de la consommation de
psychotropes associée aux stupéfiants.
Cette étude a mis en évidence une importante proportion de conducteurs sous
l'influence de stupéfiants impliqués dans des accidents graves ou mortels,
confirmant le fait que les effets neuropsychiques des stupéfiants sont un
facteur potentiel important d'accidents.
SUMMARY
This paper presents a compendium of 3751 blood analyses, obtained from drivers
involved in a fatal car crash, as requested by the French law of June 18, 1999 (so
called loi Gayssot) and its application order from August 27, 2001.
From the whole population, 17% were positive for at least one drug of abuse,
including 13.8% positive for cannabis. With respect to the population below 27
year-old, 29.8% were positive for at least one drug of abuse, including 27.2%
positive for cannabis. A combination ethanol and cannabis was observed in 25% of
the cases. In case of a positive result for any drug of abuse, the law requests
testing for psychoactive pharmaceuticals. Such combinations were rather
infrequent.
This study revealed that many drivers involved in serious or fatal accidents
were under the influence of drugs of abuse and it confirms that their
neuropsychic effects can be considered as an important risk of road crash.
Décret n° 2003-293 du 31 mars 2003. Restitution de
permis de conduire à partir d'analyses de cheveux
Hair as a discrimination tool of applicants for driving licence
Pascal KINTZ*, Marion VILLAIN, Vincent CIRIMELE, Bertrand LUDES
* auteur pour la correspondance
Institut de Médecine Légale, 11 rue Humann, 67000 Strasbourg, France
tél : 03 90 24 33 49, Fax : 03 90 24 33 62, e-mail : pascal.kintz@wanadoo.fr
Résumé
A l'heure où se discutent les modalités de mise en évidence d'une
toxicomanie au volant, le suivi médical d'un individu caractérisé comme
usager de produits illicites dans le cadre de la conduite automobile n'a pas
encore été totalement envisagé. Le décret n° 2003-293 du 31 mars 2003
autorise le prélèvement de cheveux.
L'exemple pourrait venir des pays voisins, tels l'Allemagne ou l'Italie. Ainsi,
le sujet dont le permis de conduire a été suspendu pour conduite sous
l'influence de stupéfiants ne peut retrouver sa licence qu'après passage
devant une commission. Le rôle de cette commission est de vérifier l'actuelle
abstinence de produits illicites et d'évaluer le risque d'une éventuelle
rechute, à partir de tests cliniques et de laboratoire.
Il est admis par la communauté scientifique que l'analyse urinaire ne reflète
qu'une exposition récente, contemporaine de 2 à 4 jours. Au contraire,
l'analyse à partir d'une mèche de cheveux permet de mettre en évidence les
expositions chroniques ou répétées, en augmentant donc de façon majeure la
fenêtre de détection des xénobiotiques. Les résultats donnent des
renseignements sur le profil de consommation pendant plusieurs mois, voire des
années (en fonction de la longueur des cheveux), en particulier sur sa
sévérité et son évolution.
Abstract
It is generally accepted that chemical testing of biological fluids is the
most objective means of diagnosis of drug use. The presence of a drug analyte in
a biological specimen can be used as evidence of recent exposure. The standard
in drug testing is the immunoassay screening, followed by the gas
chromatographic- mass spectrometric (GC/MS) confirmation conducted on a urine
sample.
Since 1979, hair has been used to document chronic drug exposure. To date, more
than 450 articles concerning hair analysis have been published reporting
applications in forensic toxicology, clinical toxicology, occupational medicine
and doping control. The major practical advantage of hair testing compared with
urine and blood testing for drugs is its larger detection window, which is weeks
to months, depending on the length of hair shaft analyzed, against few days for
urine, long term histories are accessible through hair analysis. There is a
reasonable agreement that the qualitative results from hair analysis are valid.
This is the reason why hair can be used to discriminate abusers from other
individuals. Both Italy and Germany are using this approach in case of driving
licence regranting.
Traitements de substitution et conduite automobile
Opiate addiction treatment and driving
Jean-michel GAULIER 1*, Pierre MARQUET 1, Gérard LACHATRE 1,2
*Auteur correspondant :
1 Service de Pharmacologie et Toxicologie, C.H.U. Dupuytren, 2, avenue
Martin-Luther-King, 87042 LIMOGES , Tel : 33 (0)5 55 05 61 40, Fax : 33 (0)5 55
05 61 62
e-mail : jm-gaulier@unilim.fr
2 Laboratoire de Toxicologie, Faculté de Pharmacie, 2 rue du docteur Marcland,
87025 Limoges cedex.
RESUME
Les médicaments de substitution (méthadone et buprénorphine), à l'instar
d'autres médicaments psychotropes, possèdent des propriétés pharmacologiques
susceptibles de perturber l'aptitude à la conduite automobile. Sur la base des
données neurocomportementales, expérimentales et épidémiologiques
disponibles, le risque de survenue d'accident de la voie publique dépend du
stade du traitement et d'éventuelles associations avec d'autres psychotropes.
La seule étude comparative retrouvée dans la littérature semble indiquer que
la buprénorphine modifierait moins l'aptitude à la conduite automobile que la
méthadone.
ABSTRACT
Potential impairing effects on driving can be expected with the compounds used
for opiate addiction treatment (methadone and buprenorphine), owing to their
pharmacological properties, as with numerous other psychoactive drugs. The
review of neurobehavioural, experimental and epidemiological data shows an
increased risk of crash at the beginning of the treatment and in case of drug
association. The sole comparative study found in the literature showed that
buprenorphine induced less psychomotor impairment than methadone.
Stupéfiants et conduite automobile - les actions
réalisées en Belgique.
Drugs and driving - the Belgian experience.
1 Viviane Maes*, 2 Nele Samyn, 3 Michel Willekens, 2 Gert De Boeck, 4 Alain
Verstraete
1 Département de Chimie Clinique - Toxicologie, Hôpital
Académique - VUB, Bruxelles
2 Institut National de Criminalistique et de Criminologie, Bruxelles
3 Police Fédérale, DGJ/DJP, Service Central Drogues, Bruxelles
4Laboratoire de Biologie Clinique - Toxicologie, Hôpital Universitaire, Gent
*Auteur correspondant :
Département de Chimie Clinique - Toxicologie, Hôpital Académique - VUB
Laarbeeklaan 101, B-1090 Bruxelles, Belgique
Tél : 32-2-4775042 Fax : 32-2-4775047 e-mail : viviane.maes@az.vub.ac.be
Résumé
En mars 1999 une nouvelle loi réprimant la conduite sous influence de
drogues illicites a été introduite en Belgique. La procédure légale consiste
en a) un test de comportement, b) un dépistage immunochimique pour 4 groupes de
drogues dans les urines c) une confirmation par une analyse du plasma (GC-MS
avec des seuils fixes). Sur une période de deux ans, l'analyse de 896
échantillons sanguins a révélé la présence de drogues au-dessus du seuil
légal dans 85% des cas. Dans les 15% de cas 'faux positifs' (test de
comportement et test urinaire positif sans confirmation dans le plasma), une
analyse rétrospective de l'alcool et de médicaments a été entreprise.
Dans 36,8 % des cas positifs, seul le THC a été détecté. L'amphétamine
et/ou la MDMA étaient présentes au-dessus du seuil dans 32,1% des cas
positifs, et elles étaient combinées au THC dans 11,8 % des cas. La cocaïne
et/ou la benzoylecgonine ont été retrouvées dans 18.0 % et la morphine dans
1.4 % des cas positifs.
Dans les cas 'faux positifs', 37 % étaient positifs pour l'alcool, et 14 %
contenaient des médicaments, surtout des benzodiazépines.
Dans notre série, l'abolition du seuil légal aurait réduit les 'faux
positifs' de 15 à 9%. En considérant les cas positifs pour l'alcool, il n'y a
plus que 7% de 'faux positifs'. Si les médicaments étaient également couverts
par la loi, les 'faux positifs' seraient réduits de 1% .
Summary
In March 1999 a new law prohibiting driving while impaired by illegal drugs was
introduced in Belgium. The legal procedure consists of a) a field impairment
test, b) a urine immunoassay for 4 drug groups and c) ultimate proof by plasma
analysis (GC-MS with fixed cut-offs). Over about two years the analysis of 896
blood samples revealed the presence of illicit drug(s) above cut-off in 85% of
the cases. For the 15% 'false positives' (failed impairment test and positive
urine assay without confirmation in plasma), retrospective analysis of alcohol
and medication was performed.
In 36,8 % of the legally positive cases, THC was the only analyte detected.
Amphetamine and/or MDMA were present above cut-off in 32,1 % and combined with
THC in 11,8 % of all positive samples. Cocaine and/or benzoylecgonine were found
in 18.0 % and morphine in 1.4 % of the legally positive cases. In de 'false
positive' samples 37% were alcohol-positive, while 14% contained psychoactive
medicines, mostly benzodiazepines.
In the studied population the abolition of the legal cut-off values would have
resulted in a decrease of 'false positives' from 15% to 9%. Considering the
additional legally positive alcohol cases a further decrease to 7% is observed.
Including medicinal drugs in the law would have reduced the number of 'false
positives' by a further 1 %.
Stupéfiants et conduite automobile - les actions
réalisées en Suisse
Drugs and driving - actions and policies in Switzerland
Marc AUGSBURGER
Laboratoire de Toxicologie et de Chimie Forensiques, Institut
Universitaire de Médecine Légale, Rue du Bugnon 21, 1005 Lausanne, Suisse -
Tél : + 41 21 314 70 70 - Fax : + 41 21 314 73 29
e-mail : marc.augsburger@inst.hospvd.ch
Résumé
Depuis de nombreuses années, l'alcool a été décrit comme facteur causal
lors d'accident de circulation, en impliquant une diminution de la capacité à
conduire. Plus récemment, la diminution de la capacité à conduire un
véhicule automobile a également été décrite pour les stupéfiants. Ces
substances agissent notamment en diminuant l'attention, en dégradant
l'habilité motrice, en réduisant l'acuité visuelle, en augmentant les prises
de risque, en diminuant le temps de réaction, en dégradant les capacités de
jugement ou en diminuant la capacité de prise de décision. Dans cet article,
les actions réalisées en Suisse en matière de conduite sous influence de
stupéfiants sont passées en revue. Les actions décrites sont de nature
préventive, scientifique, juridique et politique. Plusieurs études
épidémiologiques ont permis de mettre en évidence l'importance de la
prévalence du cannabis parmi les conducteurs suspectés de conduire sous
l'influence de drogues et/ou de médicaments. Les actions politiques et
juridiques ont abouti à fin 2001 à l'adoption de la révision de la Loi
Fédérale sur la circulation routière (LCR), qui contient maintenant les
outils nécessaires pour interpeller et sanctionner les conducteurs conduisant
sous l'influence de stupéfiants. La procédure à suivre pour la détermination
de la diminution de la capacité à conduire d'un individu qui découle de la
LCR est basée sur trois piliers, à savoir le rapport de police, le rapport
médical et le rapport d'analyses toxicologiques des échantillons sanguins.
Summary
For several years it has been suggested that psychoactive drugs would be a
causative factor of traffic accident by impairing driving performance. They are
various ways by which drugs may impair driving skills: decreasing alertness,
degradation of motor skills, reducing visual acuity, disinhibition with
attendant increase in risk-taking, slowing reaction time, degradation of
judgment and decision-making, and so on. In this paper, the situation in
Switzerland concerning drugs and driving is reviewed. Scientific works,
political policies, legal actions and preventive programs are discussed. Several
epidemiological studies showed that cannabis is by far the most common illegal
drug found in the blood of drivers suspected of driving under the influence of
drugs. A revision of the Road Traffic law was carried in 2001 by the Swiss
parliament. This revision standardized different clauses to improve detection of
drivers suspected of driving under the influence of drugs. The procedure for the
determination of the decrease of the capacity to drive because of drug
consumption is based on police report, medical report and analytical results of
blood samples.
Drugs of Abuse and Driving: legal conditions and law
enforcement in Germany
Manfred R. Moeller
Institute of Legal Medicine. Saarland University, 66421
Homburg/Saar, Germany
Summary:
In August 1998 a new law (§24a StVG) became effective in Germany
sanctioning people suspected of driving after the consumption of certain illicit
drugs. These drugs, listed in an appendix to the law, are: amphetamine, MDMA,
MDE, cannabis, cocaine, heroin, and morphine (cannabis detected as THC, heroin
as morphine, cocaine as Benzoylecgonine). According to the law, the presence of
any of these drugs in any concentration found in the blood of a subject is
evidence of his/her being under the influence (zero-tolerance). In November
2002, the Grenzwertkommission recommended cut-offs for the above listed
substances. This new law has led to a dramatic increase of sanctions for driving
under the influence of drugs (DUID). In addition, impaired driving is sanctioned
as criminal, according to the penal code (§ 316, § 315c StGB).
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