Annales de Toxicologie Analytique
ISSN 0768-598X Résumés/ Summaries au format acrobat pdf
Hallucinations : images mentales et imagerie
cérébrale fonctionnelle L'hallucination, définie comme une perception sans objet à percevoir, entre dans la littérature psychiatrique au XIXe siècle. Outre les causes psychiatriques, un certain nombre de pathologies neurologiques, de causes toxiques, de situation de privation sensorielle, d'états de conscience modifiée peuvent être à l'origine de phénomènes hallucinatoires. Comme le suggère le mode d'action des substances hallucinogènes, d'une part, et des neuroleptiques anti-hallucinatoires, d'autre part, les systèmes dopaminergique et sérotoninergique sont impliqués dans la genèse des hallucinations, mais leur rôle précis n'est pas encore clairement établi. Les techniques d'imagerie fonctionnelle offrent les moyens de visualiser le fonctionnement cérébral au moment de la production de ces phénomènes riches et complexes, et d'étudier, en s'appuyant sur les modèles de l'action issus de la psychologie cognitive, les hallucinations décrites par les patients atteints de psychose. Les hallucinations ont un support biologique dans le cerveau qui les subit. Viewing hallucinations with cerebral functional imaging Hallucinations are sensory perceptions in the absence of external stimuli.
They have multiple aetiologies (neurological, toxic, psychiatric). Auditory
hallucinations (especially voices) are by far the most common type of
hallucination in schizophrenia. Dopaminergic and serotoninergic systems are
involved in their genesis. Functional imaging techniques offer the opportunity
to see all the varieties of these complex phenomenon in the living brain and to
study cognitive models of self monitoring underlying hallucinations in
schizophrenics. Cannabis sativa var. indica : une plante complexe aux
effets pervers Cannabis sativa var. indica appartient à la famille des Cannabinaceae et à
l'ordre des Urticales. Parmi les 60 cannabinoïdes contenus dans la plante,
essentiellement dans les feuilles et les sommités fleuries, le
delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) constitue le principal responsable des
effets observables chez l'homme. La teneur en THC est très variable selon les
conditions de culture, pouvant dépasser 20% dans le cas de cultures sous serre
aux conditions parfaitement contrôlées. Après inhalation, le THC pénètre
dans la circulation sanguine puis, très lipophile, va se fixer sur les tissus
riches en lipides et en particulier au niveau du cerveau. Ses effets chez
l'homme reposent sur l'existence des récepteurs CB1 (essentiellement au niveau
central) et CB2 (surtout présents au niveau périphérique). Tandis que la
présence du THC dans le sang n'est observable que pendant 2 à 3 heures après
inhalation, des travaux très récents chez l'homme et chez l'animal nous ont
permis de montrer qu'il restait fixé dans la plupart des structures
cérébrales pendant de très nombreuses heures, cela expliquant la persistance
importante de ses effets sur le système nerveux central. Les effets aigus sur
le psychisme consistent principalement en des perturbations sensorielles, des
troubles thymiques et dissociatifs, une diminution des performances
intellectuelles, motrices et cognitives, des perturbations de la mémoire à
court terme. Lors d'un usage important, régulier et prolongé, on note
fréquemment l'apparition de crises d'angoisse aiguë et d'un syndrome
amotivationnel. Cannabis sativa var. indica : a complex plant with
perverse effects Cannabis sativa var. indica is a Cannabaceae, belonging to Urticales order.
Among the 60 cannabinoids present in the plant and essentially in leaves and
flowering tops, delta-9-tetrahydrocannabinol (THC) is the main responsible of
the observed in human using it. THC content is very variable depending on
cultivation conditions, being able to contain more than 20% of THC in the case
of under glass cultivations with well controlled conditions. After inhalation,
THC moves to the blood and, because of its lipophily, distribution very fastly
into the brain and other lipidic tissues. Its effects on human are supported by
the presence of CB1 receptors (mainly in central nervous system) and CB2 (mainly
present in other tissues). As THC is found in blood during only 2 to 3 hours
after inhalation, recent studies allowed us to indicate that it remained present
in brain structures during many hours, which explains the long persistence of
its effects on central nervous system. Acute side effects on behavior and
central nervous system consist essentially in sensitive perturbations, thymic
and dissociative troubles, a decrease of intellectual, motor and cognitive
performances, short term memory disorders. For an important, regular and long
term use, the occurrence of acute angor attacks or an amotivational syndrome are
frequently observed. While risks for oneself related to cannabis use are not
negligible, consequences for others may be extensive when consumers are car
drivers, pregnant women or workers occupying a risk position. This risk is
becoming very important today considering account of the number of consumers.
Consequently, the French government and the Parliament have recently laid down a
law, in order to punish drivers who would have consumed cannabis, based on the
blood test results. It is also the reason for considering that it could be now
advisable to set up legal controls for workers occupying a risk position. Mescaline : la religion du peyotl Obtenue à partir du peyotl, cactus des zones arides du Mexique ou du
sud-ouest des Etats-Unis, référencé comme Lophora williamsii ou Anhalonium
Lewinii, la mescaline est un hallucinogène de puissance faible. Elle est
principalement contenue dans les excroissances du sommet du cactus, dénommées
boutons de peyotl. Mescaline : the religious peyote cactus Mescaline, or 3,4,5-trimethoxyphenethylamine, is one of the most widely
studied of the hallucinogens as well as one of the weakest, by volume.
Quantitatively, mescaline serves as a sort of standard among hallucinogens. It
is a naturally occuring alkaloid, found in the peyote cactus, that grows singly
or in clusters in Mexico and the south-western United States. The dried tops of
the plants, known as peyote buttons, have been used by Indian shamans for
centuries. Typical hallucinogenic doses range from 200 to 500 mg, with blood
concentrations of 3.8 mg/l at 2 h and 1.5 mg/l at 7 h after ingestion. On an
analytical point, testing for mescaline is not more difficult than testing for
amphetamine, as the drug can be extracted and derivatizated by the same
procedures. After HFBA derivatization, mescaline target ions include m/z 181,
194 and 407. Lethal overdoses of mescaline have never been reported, nor have
there been any reports of medical complications associated with its use. The
deaths that have been reported have been accidental, usually as a result of
drug-induced confusion. Botanique, chimie et toxicologie des Solanaceae
hallucinogènes : belladone, datura, jusquiame, mandragore. Ces quatre plantes de la famille des Solanaceae ont une histoire riche de légendes et de superstitions ; parmi elles, la mandragore. Pendant plusieurs siècles, on lui donna un caractère magique, et des propriétés médicinales, mais elle n'est plus utilisée aujourd'hui. En revanche les trois autres plantes le sont encore pour leurs vertus médicinales, surtout en homéopathie. En médecine allopathique, outre l'atropine et son oxyde, on trouve des spécialités contenant de la scopolamine mais également de la poudre de belladone, ou de l'hyoscyamine. Après une description botanique de la belladone, de la jusquiame, du datura, et de la mandragore, les auteurs précisent la nature et la structure des alcaloïdes contenus dans ces végétaux : l'hyoscyamine, la scopolamine et l'atropine. Chez l'homme, ces alcaloïdes exercent une action parasympatholytique pouvant conduire en cas d'intoxication à un syndrome atropinique ou anticholinergique. Celui-ci est caractérisé par un blocage de la production d'acétylcholine dans les synapses du système nerveux central et périphérique. Les principaux signes cliniques associés au blocage périphérique sont mydriase, sécheresse cutanée et muqueuse, vasodilatation et tachycardie. Le blocage central est responsable de confusion, d'agitation, d'hallucinations, de myoclonies, de convulsions, de coma et de dépression respiratoire. Lors de certaines intoxications, d'authentiques syndromes atropiniques peuvent être constatés. Bien que rares, ils peuvent cependant être mortels malgré le traitement symptomatique et la réanimation. Des observations d'intoxications sont présentées. Parmi les 150 000 intoxications signalées chaque année aux centres antipoison français, les végétaux représentent moins de 3 % des cas, mais dans l'enquête sur la consommation de drogues réalisée en 2002 chez les jeunes gens de 17 à 19 ans par l'observatoire français des drogues et des toxicomanies, le datura est cité en sixième position parmi les principales autres drogues. L'analyse toxicologique de ces composés est extrêmement délicate en raison des faibles concentrations susceptibles d'exercer une action pharmacologique. Celle-ci fait principalement appel à la chromatographie en phase liquide couplée à la détection de masse (CL-SM), et à la détection de masse en mode tandem (CLHP-SM/SM). Botanical, chemical and toxicological review of the
hallucinogenic Solanaceae : deadly nightshade, jimsonweed, henbane, mandrake. These four Solanaceae have a rich history of legends and superstitions,
particularly mandrake. For many centuries this plant was considered magic, with
medical properties, but is no longer used. On the other hand the three others
are still used for their medical properties, particularly in the homoeopathic
medications. Atropine and its oxide, scopolamine, hyoscyamine, deadly nightshade
powder, are found in patent allotropic medicines. After a botanical description
of deadly nightshade, jimsonweed henbane and mandrake, the authors study the
nature and the structure of the alkaloids found in these vegetals : hyoscyamine,
scopolamine and atropine. These alkaloids exert a parasympatholytic action in
man, which may lead to atropinic i.e. anticholinergic syndrome. This syndrome is
characterized by acetylcholine blockage in the central and peripheric nervous
systems synapses. Typical anticholinergic syndrome includes confusion,
agitation, hallucinations, combative behaviour, myoclonies, convulsions coma and
pulmonary failure. Real atropinic syndromes are observed during intoxications
but they stay rare. They may lead to death despite symptomatic and intensive
care treatment. Some real cases are presented. Plant poisoning is not frequent,
it is less than 3% of the 150 000 intoxications collected by French poison
centers. Nevertheless, inquiry among young people 17-19 year- old about drug
abuse revealed that datura is one of the most used among the other main drugs (rank
6). Alkaloids toxicological analysis is very difficult due to very low
concentrations that may lead to pharmacological effects. Screening and
quantitation methods to confirm the nature of the intoxication are gas
chromatography and liquid chromatography coupled with mass spectrometry and mass
tandem spectrometry. Champignons hallucinogènes d'Europe et des Amériques
: mise au point mycologique et toxicologique L'usage récréatif des champignons hallucinogènes est maintenant bien établi, en Europe et en Amérique du Nord. En Amérique Centrale, ils sont également utilisés dans un but spirituel et religieux. Les principes actifs à noyau indolique sont la psilocine et la psilocybine. Le syndrome hallucinogène causé par quelques milligrammes de psilocybine est très classique, avec dépersonnalisation, euphorie et dysphorie. Le traitement est symptomatique. La liste des espèces concernées et leur répartition sur les deux continents sont constamment révisées de manière critique par les mycologues, et nous en présentons l'état actuel. Le genre Psilocybe est le plus important, suivi par le genre Panaeolus. Le nombre d'espèces potentiellement hallucinogènes avoisine 150 et nous en présentons une liste extensive s'appuyant sur 280 références bibliographiques. Les cas prouvés d'intoxication chez l'homme restent cependant très rares et le diagnostic est essentiellement clinique. La mise en évidence et le dosage de la psilocine dans le sang et l'urine sont maintenant parfaitement réalisables par des méthodes de chromatographie liquide et de chromatographie gazeuse couplée à un détecteur de masse. Les quelques cas décrits dans la littérature indiquent, pour la psilocine, des limites de quantification de l'ordre de 5 ng/mL dans l'urine. La détection dans l'urine peut se faire pendant les 2 ou 3 jours suivants une ingestion de champignons, et les prélèvements biologiques doivent être absolument protégés de l'oxydation. Mycology and toxicology of hallucinogenic mushrooms in
Europe and Americas The recreational use of Fungi is now well established, in Europe and in North
America as well. In Central America, they are also in use but mainly for
spiritual and religious purpose. The indolic active molecules are psilocin and
psilocybin. The hallucinogenic syndrome, induced by a few milligrams of
psilocybin is very well known, with loss of personality, euphoria and dysphoria.
The treatment is symptomatic. The list of involved species and their
distribution on both continents are constantly critically revised by mycologists
and we present their current state. The genus Psilocybe is predominant, followed
by the genus Panaeolus. The number of hallucinogenic species may be around 150
and we present here an extended list, based on 280 scientific references.
Nevertheless the number of attested cases of human poisoning remain very low and
the diagnostic is mainly clinical. Testing and dosing psilocybin in blood and
urine may now be achieved using liquid chromatography methods or gas
chromatography-mass spectrometry. For psilocybin the few cases reported in
scientific literature show limits of quantification about 5 ng/mL in urine.
Detection in urine must be processed during the 2 or 3 days after ingestion of
the fungi and biological samples must be strictly protected from oxidation. Les substances hallucinogènes provenant de l'ergot de
seigle et des volubilis Parmi les substances hallucinogènes, les dérivés ergotés occupent une
place non négligeable. Différents champignons ou plantes en renferment. Le
plus connu est l'ergot de seigle, un sclérote parasite du seigle. Dans les cas
d'intoxications par des céréales contaminées les victimes ont présenté de
nombreux troubles dont des hallucinations, mais il n'a pas été décrit de cas
d'individus consommant sciemment de l'ergot de seigle pour avoir des
hallucinations. En 1943, Albert Hofmann qui travaillait sur les composés de ce
champignon et notamment sur l'acide lysergique a synthétisé de nombreux
produits dont le diéthylamide de l'acide lysergique (LSD). Ce produit est
tellement actif qu'il est déposé sous forme d'une goutte sur un support tel
que du papier buvard qui sera placé sous la langue. Ces doses renferment
généralement de 50 à 100 µg de LSD. Assez rapidement apparaissent des
troubles des perceptions sensorielles et somesthésiques. Ces troubles sont
imprévisibles. Hallucinogen's alcaloids derivatives from ergot and
morning glory Among natural hallucinogens, ergot derivatives are very important. The best
known source is the Ascomycete Claviceps purpurea, ergot, a rhizomorph that
parasitizes the grain of rye and other grasses. In 1943, Albert Hofmann
synthetised a derivative of lysergic acid, which he called LSD 25. 50 to 100 µg
of this very powerfull substance are enough to induce hallucinations and disturb
the sensitive and somesthetic perceptions. LSD is rapidly metabolised by
N-demethylation, N-deethylation and hydroxylation. LSD or its metabolites,
according to the technical means, could be detected in urine during 30 to 120
hours. At present time, 2-oxo-3-hydroxy-LSD, seems most interesting due to its
higher concentration and longer presence in urine. Among the family
Convolvulaceae, Ololiuqui, Rivea corymbosa and previously introduced ornamental
climbing plants as Ipomoea violacea (Morning glory) are presented. This
volubilis contained ergine, product displaying psychodysleptic properties for 2
mg doses, the effects varying according to the number of seeds consumed. Ayahuasca : liane de l'âme, chamanes et soumission
chimique Les plantes hallucinogènes sont utilisées dans les sociétés primitives
depuis des siècles, mais jusqu'à maintenant leur usage se limitait à quelques
individus chamanes, marabouts, etc… lors de rites religieux. Actuellement un
regain d'intérêt est constaté pour les hallucinogènes naturels en rapport
avec un mouvement de " retour à la nature " car la diffusion de ces
substances est depuis peu largement facilitée et accélérée par
l'intermédiaire d'internet. Parmi celles-ci l'Ayahuasca est la plus connue. Il
s'agit d'un mélange de plusieurs plantes du nord-ouest de l'Amérique du Sud.
Pour sa préparation, deux espèces de Banisteriopsis, liane géante, sont
particulièrement importantes et sources de ß-carbolines (harmaline, harmine,
tétrahydroharmine et harmol qui sont des hallucinogènes naturels).
Généralement une autre plante est ajoutée afin de modifier l'intensité, la
durée et les effets des ß-carbolines. Cette autre plante varie selon la
région géographique et renferme plutôt des principes actifs riches en
dérivés de la tryptamine, telle que la Psychotria Viridis qui contient
principalement de la diméthyltryptamine (DMT) aux propriétés hallucinogènes.
L'utilisation par les indiens d'Amérique du Sud d'une autre plante, la Virola,
contenant des dérivés de la DMT sera également développée ici. La mise en
évidence directe des principes actifs hallucinogènes peut être réalisée par
dilution au demi de la solution à analyser dans de l'éthanol, puis la
détection et la quantification peuvent être réalisées au moyen de la
chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse. La
détection et la quantification dans le plasma humain des carbolines peut
s'effectuer par chromatographie en phase liquide haute performance après
précipitation des protéines plasmatiques et une détection par fluorescence.
La DMT peut être dosée dans le plasma par chromatographie en phase gazeuse
avec une détection azote-phosophore après extraction liquide-liquide par le
chlorobutane à pH basique, ou par chromatographie en phase gazeuse couplée à
la spectrométrie de masse (CPG/SM). Ayahuasca : spirit liana, shamans and chemical
submission Hallucinogenic plants are used in the primitive societies for centuries, but
so far they were only used by some shamans, healers, etc. during religious
rites. Nowadays a renewal of interest is noticed for natural hallucinogens in
connection with a "return to nature" movement because the spreading of
these substances has been recently widely facilitated and increased through
internet. Among these hallucinogens, Ayahuasca is the most well-known. |