TOXICORAMA, vol. XI, n° 3,1999

Les adultérants des tests urinaires
Adulteration in urine drug testing


V. DUMESTRE-TOULET*(1), A.G. VERSTRAETE(2)
(1) Laboratoire Ruffié et associés, 30, Allées de Tourny - F-33000 BORDEAUX
(2) Laboratoire de Biologie Clinique-Toxicologie, Hôpital Universitaire, De Pintelaan 185
B-9000 GENT - BELGIQUE

*Auteur à qui adresser la correspondance : Dr. V. DUMESTRE-TOULET, Laboratoire Ruffié et associés,
30, Allées de Tourny - F-33000 BORDEAUX
Tél : 05 56 79 45 26 - Fax : 05 56 79 45 01 - E-mail : vdumestr@alienor.fr
(Reçu le 3 juin 1999 ; accepté le 17juillet 1999)

RÉSUMÉ

Pour échapper à la détection de leur toxicomanie, certains usagers ont recours à l'adultération de l'urine qui va être testée. Différentes méthodes et produits sont proposées sur Internet et dans certaines publications qui circulent parmi les toxicomanes.
L'adultération peut se faire in vivo et in vitro.
Le but de l'adultération
in vivo est d'absorber avant le prélèvement urinaire une substance médicamenteuse, chimique ou naturelle qui réduit considérablement la concentration urinaire du produit à détecter sa fenêtre de détection ou bien qui modifie les caractéristiques physico-chimiques de l'urine pour perturber le test de dépistage. Les méthodes utilisées sont la dilution, le lavage (flushing), les modificateurs du pH urinaire et les médicaments comme l'aspirine, le métronidazole, la vitamine B2, le fluconazole, l'ibuprofène et le probénécide.
L'adultération
in vitro consiste en un ajout une fois l'urine émise. Les produits utilisés sont le nitrite de potassium et de sodium, les alcalis et acides faibles, le glutaraldéhyde, les oxydants, les savons, le NaCI et les produits riches en sels, le sang, le thé Golden Seal@ et les collyres. L'adultération par certains produits peut être détectée par l'aspect (couleur turbidité) de l'urine, l'odeur la mesure de la température de l'urine immédiatement après le prélèvement, du pH, de la créatinine, de la densité, de l'osmolalité, des nitrites et du glutaraldéhyde. Certaines bandelettes de détection d'adultérants sont disponibles. Pour les grandes séries, ces tests sont également disponibles sur des automates de type Hitachi.
Il y a peu de données sur la fréquence des urines adultérées, mais les auteurs s'accordent pour dire qu'elle n'est pas grande (< 0. 1 %). L'identification de l'adultération demande cependant un grand investissement en temps et matériel de la part du laboratoire et certains composés comme les collyres contenant du chlorure de benzalkonium sont difficilement détectables.
La mise en évidence de l'adultération urinaire se doit donc d'être aujourd'hui une préoccupation du laboratoire de toxicologie et il y a lieu de mettre en place des procédures de prévention, tout en respectant les droits du sujet testé.


MOTS-CLÉS
adultérants, dépistage, drogues, immunoessais, confirmation.


SUMMARY

In order to evade detection of their drug addiction, certain individuals adulterate their urine. Différent methods and products are proposed on the Internet and in publications that circulate among addicts.
Adulteration can bc done in vivo and in vitro. The aini of
in vivo adulteration is the intake of a medicinal, chemical or natural substance before the urine sample is taken, in order to reduce the urine concentration or the window of detection of the drug considerably or to modify the physico-chemical characteristics of the urine to disturb the screening test.
The methods used are dilution, flushing, urine pH niodifiers and drugs like aspirin, metronidazole, vitamine B2, fluconazole, ibuprofen and probenecid.
Adulteration
in vitro is the addition of a substance once the urine has been produced. The product used are sodium or potassium nitrite, weak bases and acids, glutaraldehyde, oxidants, soap, NaCl and other salt-rich products, blood, Golden Seal@ tea and eye drops.
Adulteration by certain products can be detected by the appearance of the urine (colour turbidity), smell, nieasurement of the urine temperature, immediately afterpassing the urine, or measurement of pH, creatinine, specific density, osmolality, nitrites and glutaraldehyde. Certain adulteration detection test strips are available. For large series, these tests are also available on analysers like the Hitachi.
There are only few data on the frequency of adulterated urine, but several authors agree that it is not frequent « 0.1 %). The identification of adulteration requires a large investment in time and reagents from the laboratory and certain adulterants like eye drops are difficult to detect. The detection of adulteration must be a concern of the toxicology laboratory and it is important to take preventive measures for the urine collection, while respecting the testees right to privacy.


KEY-WORDS
adulterants, screening, drugs, immunoassays, confirmation.