TOXICORAMA, 1999, vol XI, n°4 

Intoxication fatale par ingestion de phosphure d'aluminium.
Fatal poisoning by aluminium phosphide.
F. ANGER, F. PAYSANT, F. BROUSSE, I. LE NORMAND, P. DEVELAY, 
Y. GAILLARD, M.A. LE GUEUT, G. PEPIN, J.P. ANGER.

RÉSUME

Nous présentons le cas d'un homme dépressif de 39 ans s'étant suicidé par ingestion de phosphure d'aluminium, un puissant taupicide. La victime, un ingénieur du Service de la Protection des Végétaux, s'était procuré le produit sur les lieux de son travail. Le phosphure d'aluminium au contact de l'humidité dégage de grandes quantités d'hydrogène phosphoré, gaz très toxique. A la demande des autorités judiciaires une autopsie médico-légale a été réalisée ce qui a permis d'écarter une autre cause de décès.
Les constatations macroscopiques lors de l'autopsie ont mis en évidence un syndrome asphyxique très important avec congestion viscérale majeure. Des
prélèvements de sang, urine, foie, rein, surrénale, cerveau et coeur ont été placés dans de petites fioles serties pour être analysés. Pour ces échantillons, le dosage de l'hydrogène phosphoré a été réalisé par chromatographie en phase gazeuse selon la méthode de l'espace de tête. Après digestion acide des échantillons, les dosages de phosphore total et d'aluminium ont été réalisés par spectrométrie d'émission avec excitation par plasma (LCP-M.S). Les prélèvements des principaux viscères ont bénéficié d'un examen anatomo-pathologique.
L'hydrogène phosphoré est présent principalement dans le cerveau (94 mglg), le foie (24 mglg), le rein (41 mglg), les surrénales (2,4 mglg) et le coeur (0,9 mglg) mais absent dans le sang et l'urine. Les teneurs en phosphore total et aluminium sont très nettement supérieures aux valeurs usuelles publiées. Elles ont donné les résultats suivants : Phosphore total: sang (76,3 mg/1), cerveau (4,3 mg1g), foie (8,2 mg1g), surrénale (4,5 mg1g), rein (2,05 mg/g) ; Aluminium : sang (1537 pgll), cerveau (36 uglg), coeur (4,6 uglg), foie (75 jug1g), surrénale (44.uglg), rein (3 pglg).
Ce cas est l'occasion de rappeler la rareté de cette intoxication en France et la toxicité du phosphure d'aluminium.

MOTS-CLÉS:
Phosphure d'aluminium, AlP, intoxication humaine volontaire, milieux biologiques, viscères.


SUMMARY

The case of a 39-year-old man who committed suicide by ingestion of aluminium phosphide, a potent mole pesticide, which was available at the victims work place, is presented. When aluminium phosphide comes into contact with humidity, it releases large quantities of hydrogen phosphine (PH3), a very toxic gas. The judicial authority ordered an autopsy which ruled out any other cause of death.
The victim was discovered 10 days after the ingestion of the pesticide. Macroscopic examination during the autopsy clearly revealed a very important asphyxia syndrome with major viscéral congestion. Blood, urine, liver, kidney, adrenal and heart samples were analyzed. Phosphine gas was absent in the blood and urine but présent in the brain (94 m
g1g), the liver (24 mglg) and the kidneys (41 mglg). High levels ofphosphorus werefound in the blood (76.3 mgll) and liver (8.22 mg1g). Aluminium contents were very high in the blood (1.54 mgll), brain (36 pglg) and liver (75 pglg) compared to the usual published values.
Microscopic examination revealed an important congestion of all the organs studied and obvious asphyxia lésions of in the pulmonary parenchyma.
All these results confirmed a case of poisoning by aluminium phosphide. This case is an opportunity to point out that this type of poisoning is rare and that hydrogen phosphine is very toxic. The phosphorus and aluminium levels observed as well as their distribution in the différent viscera are discussed in relation to the literature data.


KEY-WORDS

Aluminium phosphide, AlP human poisoning, biological fluids, organs, viscera.