TOXICORAMA, 1999, vol XI, n°4 

Résumés de la Journée thématique à Paris, du 8 Décembre 1999 sur le thème "Alcools et Glycols".

Effets à long terme et surveillance biologique des expositions professionnelles aux alcools et aux glycols
J.P. ANGER
Laboratoire de Toxicologie, Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques, 2, avenue du Professeur Léon Bernard 35043 RENNES Cedex Tél :029933 6936-Fax 029933 6242

Les alcools et les glycols sont des solvants couramment utilisés aussi bien dans l'industrie que dans les foyers domestiques. Ils peuvent être à l'origine d'intoxications aiguës accidentelles ou volontaires parfois gravissimes. A terme, l'exposition répétée par voie pulmonaire ou contact cutané peut être à l'origine d'effets toxiques systémiques variés. Au début des années 80, plusieurs publications font état de la toxicité à terme de certains dérivés du méthyl et de l'éthy1glycol qui induisent tant chez l'animal que chez l'homme des effets testiculaires, tératogènes et hématologiques tandis que les homologues supérieurs, dérivés du butylglycol, s'avèrent responsables d'un effet hémolytique. A l'opposé, les dérivés du propylène glycol ne présentent aucun risque sur les plans testiculaire, embryotoxique ou hématologique. Cette différence de toxicité est essentiellement liée à des différences de métabolisme. Une surveillance biologique spécifique a donc été mise en place en milieu professionnel. Elle permet d'évaluer sur un prélèvement biologique (sang, urine, air expiré) provenant d'un sujet exposé, la concentration du polluant ou de l'un de ses métabolites caractéristiques. Le risque toxique pourra ainsi être apprécié en sus du contrôle d'ambiance et permettra au médecin du travail d'assurer, dans l'entreprise, une prévention adéquate.

Rôle du laboratoire dans les intoxications aiguës par un alcool ou un glycol
H. MALANDAIN, Y. CANO
Laboratoire de Biochimie, Centre Hospitalier P. CHUBERT - 56017 VANNES

Une enquête récente auprès des hôpitaux français a montré que peu de laboratoires étaient en mesure de confirmer en urgence une intoxication par le méthanol ou l'éthylène glycol. Des critères indirects sont souvent utilisés lorsque les dosages de ces molécules ne sont pas effectués : trou anionique, trou osmolaire, cristallurie,... Ces critères manquent de sensibilité et de spécificité. Ils devraient être abandonnés car des techniques de dosage, adaptables par tout laboratoire, sont à présent disponibles, y compris pour la mesure de métabolites comme l'acide formique ou l'acide glycolique. De plus, le rôle du laboratoire ne doit plus se résumer au seul dosage de l'alcool ou du glycol suspecté : une approche plus globale, intégrant la mesure systématique des métabolites, permet d'affiner le diagnostic, d'expliquer (et suivre) l'éventuelle acidose métabolique et donne au clinicien des critères quantitatifs indispensables à ses options thérapeutiques.

Les méthodes physiques de dosage des alcools et des glycols : avantages et inconvénients
H. EYSSERIC, E VINCENT, G. BESSARD, L. BARRET
Fédération de Toxicologie Clinique et Biologique, CHU de Grenoble - BP 217 - 38043 GRENOBLE Cedex 09

Une revue bibliographique relative aux méthodes physiques de dosage des alcools et glycols ainsi que de leurs métabolites, nous a permis de dégager quelques observations. Celle-ci très abondante, traite principalement des chefs de file "éthanol et éthylène glycol".Le sang demeure le prélèvement de choix, associé aux urines pour une confirmation ou une recherche de métabolites. Le panel des méthodes proposées aux toxicologues est vaste, mais la chromatographie en phase gazeuse (CPG) reste largement prédominante. En ce qui concerne les alcools, il faut choisir entre une injection directe qui présente les avantages d'être rapide et économique pour de petites séries de dosages, et de nécessiter une faible prise d'essai, et une injection par espace de tête qui permet de mieux protéger la colonne et d'être automatisable en cas de grosses séries de dosages. L'analyse des glycols par CPG quant à elle, implique de privilégier la spécificité et d'être vigilant par rapport à plusieurs pièges associés tels que le choix du standard interne, de la technique de dérivatisation et du type de colonne. En pratique, du fait du manque d'homogénéité des caractères physico-chimiques des molécules à doser, il semble difficile de trouver la méthode unique qui permettrait, sur un même échantillon, de doser le produit parent et ses métabolites. A fortiori il apparaît encore plus complexe de coupler sur un même système, l'analyse des deux familles de molécules alcools et glycols. C'est la raison pour laquelle très peu de laboratoires, même spécialisés en toxicologie analytique, réalisent actuellement, en dépit de leurs intérêts diagnostique et thérapeutique, le dosage de ces métabolites..

Place des techniques enzymatiques dans le diagnostic et le suivi des intoxications par un alcool ou un glycol
H. MALANDAIN, Y. CANO
Laboratoire de Biochimie, Centre Hospitalier P. Chubert - 56017 VANNES

A côté des techniques physiques, séparatives ou non, pour doser les alcools, les glycols et leurs métabolites, quelques méthodes enzymatiques ont été proposées dans l'intention de rendre plus aisée l'utilisation et donc la diffusion de ces dosages. Si la mesure de l'éthanol est très répandue dans les laboratoires hospitaliers, d'autres molécules peuvent aussi être dosées par voie enzymatique : le méthanol, l'isopropanol, l'éthylène glycol, le propylène glycol et aussi des métabolites comme les acides formique, glycolique ou oxalique. La plupart de ces techniques sont bien adaptées à l'urgence et à la rareté des demandes mais sont réputées manquer de spécificité. Le présent travail recense les méthodes disponibles et analyse en détail ces problèmes d'interférences. Il semble que certaines méthodes peuvent être retenues là où une méthode physique fait défaut ou n'est pas disponible 24hl24. Ceci est notamment le cas pour le dosage de métabolites comme l'acide formique ou l'acide glycolique dont l'inclusion dans le bilan analytique permet une approche plus complète de l'intoxication.


Alcoolémie : aspects médico-légaux
J.P. GOULLÉ, C. LACROIX
Laboratoire de Pharmacocinétique et de Toxicologie Clinique, Groupe Hospitalier - BP 24 - 76083 LE HAVRE Cedex - Tél : 33 2 32 73 32 18 Fax : 3323273 3238

Après un rappel de la réglementation française concernant l'alcoolémie, les auteurs passent en revue l'ensemble des problèmes posés par l'interprétation des résultats aux biologistes experts et aux laboratoires hospitaliers, ainsi que les rapports avec les autorités judiciaires. Les données récentes concernant les échanges gazeux d'éthanol au niveau pulmonaire permettent d'apporter une réponse à un vieux débat contradictoire concernant la relation alcoolémie-éthylomètre. Les derniers acquis en matière de métabolisme digestif de l'éthanol éclairent en partie la discussion sur la grande variabilité de ce métabolisme.

 

Dosage d'éthanol : les erreurs pré-analytiques
A. BOUILLEROT, C. LAVIANO-ROUSSELIN
Laboratoire, Hôpital de la Musse - 27180 SAINT SÉBASTIEN DE MORSENT

Le Biologiste Expert n'est pas à l'abri des erreurs préanalytiques lorsqu'il effectue un dosage d'éthanol qu'il soit d'origine sanguine ou de toute autre origine.

Ces erreurs pré-analytiques qui sont diverses (erreur d'identification, prélèvement coagulé, formation ou dégradation d'éthanol in vitro par un processus microbiologique, diffusion passive d'éthanol à partir du contenu gastrique chez le sujet traumatisé décédé, oxydation in vitro, évaporation in vitro) peuvent être plus ou moins importantes quantitativement. Elles seront évoquées devant des résultats discordants mais peuvent malencontreusement restées ignorées dans un certain nombre de cas tout particulièrement en cas de dosage sur sujet décédé lorsque l'Expert ne dispose que d'un prélèvement isolé. Une revue des erreurs pré-analytiques est exposée ; les deux causes principales d'erreurs étant la diffusion passive sur cadavre et les processus microbiologiques de synthèse ou de dégradation. Les moyens pour y remédier sont proposés.

Contrôles externes de qualité pour l'alcoolémie : évaluation des résultats (1996 à 1998)
M. DEVEAUX, D. GOSSET et la Commission Assurance de Qualité de la S.F.T.A.
Institut de Médecine Légale, place Théo Varlet - 59000 LILLE

Les dosages d'alcool éthylique dans le sang sont encore très fréquents malgré la multiplication des éthylomètres. les changements récents intervenus dans les fiches A, B et C et les différentes tarifications selon la méthode utilisée imposent la plus grande vigilance aux biologistes - experts. Seules la méthode chimique de Cordebard et la chromatographie en phase gazeuse sont officielles. Ayant constaté la grande diversité des méthodes employées et la fréquence de l'utilisation des méthodes enzymatiques, non officielles, la SFTA a proposé à ses membres ainsi qu'à ceux de la CNBE, un contrôle externe de qualité pour le dosage de l'éthanol dans le sang. Il est géré par la commission assurance de qualité en liaison avec le fabricant finlandais Labquality@ pour la préparation des échantillons et le traitement statistique des résultats. Il comprend deux fois deux échantillons, dont l'un contient d'autres alcools aliphatiques. Les résultats des derniers contrôles sont comparés dans cette étude. Le nombre de participants augmente de 10 % par an et ils se répartissent toujours entre une activité médico-légale (32 %), clinique (43 %) et mixte (43 %). Les résultats du premier contrôle ont eu l'effet escompté et le nombre de laboratoires utilisant la CPG a augmenté de 30 % depuis. Pour tous les niveaux de concentration, les résultats (écarts-types, coefficient de variation) sont améliorés par cette méthode mais pas pour les méthodes enzymatiques. Ces résultats plaident donc pour l'utilisation systématique de la CPG et la participation assidue à un contrôle externe de qualité.

 

Alcools et glycols : points communs et particularités des différents métabolismes
M. LHERMITTE, N. HOUDRET
U.F. de Toxicologie, Laboratoire de Biochimie et Biologie Moléculaire, Hôpital Calmette, CHRU de Lille - 59037 LILLE Cedex

Alcools et glycols, deux importantes familles de produits à l'origine d'intoxications graves chez l'Homme, subissent un processus de biotransformation hépatique oxydatif faisant intervenir de manière prépondérante : l'alcool déshydrogénase (ADH) puis l'aldéhyde déshydrogénase (ALDH). Ce processus concerne l'éthanol, le méthanol, l'éthylène glycol, le propylène glycol, l'isopropanol, certains éthers de glycols et aboutit à la production des métabolites acides correspondants dont certains sont bien plus toxiques que le produit d'origine formiate, glycolate, oxalate lors d'intoxication par le méthanol ou l'éthylène glycol par exemple. Le traitement instauré lors de telles intoxications consiste donc à éviter la formation et l'accumulation de ces métabolites acides toxiques : -i- en détournant l'action de l' ADH par administration d'éthanol pour lequel l'ADH présente une affinité supérieure à celle des autres alcools et des glycols, -ii- en bloquant la première étape de biotransformation par inhibition de l'action de l'alcool déshydrogénase par le pyrazole ou ses dérivés alkylés (4-méthylpyrazole). C'est donc la connaissance du métabolisme des différents alcools et glycols qui permet de comprendre la toxicité de ces produits et qui contribue à donner les moyens éventuels de s'opposer à cette toxicité.

 

Classification, usages et épidémiologie des intoxications par les mono et dialcools
J. ARDITTI, L. DE HARO, J.H. BOURDON, A. BRUN, B. POUSSINEAU, J.M. DAVID
Laboratoire de Toxicologie et de Pharmacodépendance
Information téléphonique, Centre Antipoison, Hôpital Salvator, 249 Bd Sainte Marguerite - 13009 MARSEILLE

La classification, les usages et l'épidémiologie des intoxications par les mono et dialcools représentent un vaste sujet, les alcools étant définis comme des substances organiques résultant du remplacement par le groupement OH d'un ou plusieurs atomes d'hydrogène d'un hydrocarbure. Ne pouvant aborder ce sujet dans son intégralité, nous en précisons les limites.
La classification reprenant la totalité des monoalcools et dialcools aliphatiques est présentée sous forme de tableaux. Les usages et l'épidémiologie ne concernent que les monoalcools et les alcools aliphatiques les plus fréquemment rencontrés lors d'intoxications volontaires oit accidentelles chez l'homme: méthanol, alcool isopropylique, éthylène glycol, diéthylène glycol, polyéthylène glycol, propylène glycol.
Après un rappel des définitions des monoalcools et dialcools, les auteurs présentent l'épidémiologie des substances citées précédemment en utilisant les données historiques, les données du centre anti-poisons de Marseille et les données du rapport de l'année 1997 de l'association américaine des centres anti-poisons.
L'étude épidémiologique des intoxications par les mono et dialcools aliphatiques permet de préciser que ces intoxications ne représentent qu'un faible pourcentage des intoxications collectées par les centres anti- poisons français. Cependant leur gravité est à souligner puisque la mortalité de ces intoxications est bien supérieure au pourcentage de la mortalité toxique globale.
La sévérité des intoxications est en relation directe avec les circonstances d'intoxication qui sont essentiellement chez l'adulte des tentatives de suicide, des déviations d' utilisation, des usages festifs, et chez l'enfant uniquement des erreurs thérapeutiques.