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ETUDE MULTICENTRIQUE DU DOSAGE
AUTOMATISE DE
L'ETHANOLEMIE PAR VOIE ENZYMATIQUE
H. Malandain 1 (coordinateur), J.H. Bourdon 2,
Y. Cano 1, B. Capolaghi 3, P. David 4, G. Lachâtre 5,
Ch. Lacroix 6, D. Lamiable 7, G. Lardet 8, I. Lenormand 9,
P. Levillain 10, J. Pollet 11, S. Verchain 12 et F. Vincent 13
(Commission Toxicologie Hospitalière de la
S.F.T.A.)
1- Laboratoire de Biochimie - Centre Hospitalier -
56000 Vannes
2- Centre Anti-Poisosns - 13274 Marseille
3- Laboratoire de Biochimie - Centre Hospitalier - 57100 Thionville
4- Laboratoire de Biochimie - Hôtel Dieu - 75181 Paris
5- Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie - Hôpital Duppuytren - 87042
Limoges
6- Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie - Centre Hospitalier - 76083
Le Havre
7- Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie - Hôpital Maison-Blanche -
51092 Reims
8 - Laboratoire de Biochimie D - Hôpital E. Herriot -
69437 Lyon
9- Laboratoire des Services de Réanimation (Dr. A. Feuillu) - Hôpital
Pontchaillou - 35033 Rennes
10- Laboratoire de Toxicologie - Hôpital Fernand-Widal - 75475 Paris
11- Laboratoire de Biologie - Centre Hospitalier - 91410 Dourdan
12- Laboratoire de Biochimie (Dr. A. Gruson) - Centre Hospitalier - 62022
Arras
13- Laboratoire de Pharmacologie - Centre Hospitalier Universitaire -
38043 Grenoble
Tirés-à-part : Henri Malandain - Laboratoire de
Biochimie - Centre Hospitalier Chubert - BP 555 - 56017 Vannes cedex
Résumé :
ETUDE MULTICENTRIQUE DU DOSAGE AUTOMATISE DE
L'ETHANOLEMIE PAR VOIE ENZYMATIQUE
Treize laboratoires ont comparé 10
trousses commercialisées en France pour la mesure de léthanol. Chaque trousse a
été évaluée dans 2 sites. Létude a testé 8 critères analytiques, soit sur des
solutions aqueuses (linéarité, précision intra- et inter-séries, limite de détection,
stabilité de la calibration et spécificité) soit sur des plasmas (exactitude et effet
de la matrice). Les résultats font ressortir de grandes différences entre les kits,
principalement pour la précision (les CV inter-séries vont de 1,2 à 12,3% pour un point
à 0,5 g/l déthanol) et pour la spécificité (interférence du méthanol avec un
kit utilisant lalcool oxydase ; effet non négligeable de lisopropanol
sur certaines trousses utilisant lADH ; faux-positifs avec une trousse en
présence de lactate et de LDH). Ces critères analytiques ont été combinés avec des
critères de coût et de praticabilité (stabilité de létalonnage, réactifs
prêts à lemploi, etc..) en une présentation graphique permettant une comparaison
visuelle globale entre les kits.
Mots-clés : Ethanol / Comparaison de
méthodes / Interférences analytiques / Etude multicentrique
Summary :
Multicenter Study of Automatized Methods for Serum Ethanol Enzymatic Assay
Thirteen laboratories compared 10 ethanol kits available in France. Each kit was
evaluated in two different sites. The study checked 8 analytical criteria, either with
aqueous samples (linearity, within-run precision, day-to-day precision, detection limit,
calibration stability, and specificity), or with plasma samples (accuracy and matrix
effects). The results obtained underlined large differences among the kits, notably for
precision (day-to-day CV of 1.2% to 12.3% at 0.5 g/l ethanol) and specificity
(interference of methanol with an alcohol oxidase-based kit ; a measurable effect of
isopropanol for some ADH-based kits ; and false-positive results with a kit in the
presence of lactate and LDH). These analytical criteria were finally combined with
practical ones (cost, reagent stability, ease-to-use) to construct a graphical global
comparison between kits.
Key-words : Alcohol, ethyl / Method comparison
/ Analytical interferences / Multicenter study |
SOMMAIRE
Matériels et méthodes
Principes généraux de l'étude
Les sites d'évaluation et les trousses évaluées
Déroulement du protocole
Méthode CPG-HS
Constitution des standards et plasmas
Calcul du prix de revient d'un résultat
Comparaison synthétique des trousses
Résultats
Contrôle de la valeur annoncée des standards et étalons
Propriétés analytiques des trousses
Interférences
Exactitude
Praticabilité et prix de revient
Comparaison inter-trousses
Discussion et
conclusions
Références
Quand la mesure de l'éthanol sanguin n'est pas effectuée dans un cadre
médico-légal, une méthode enzymatique est d'usage courant dans les laboratoires
hospitaliers, notamment ceux qui, n'étant pas spécialisés en pharmacologie-toxicologie,
ne sont pas équipés en chromatographie gazeuse.
Une mesure automatisée directe sur plasma est alors préférée à une méthode
manuelle après déprotéinisation dans le but de répondre rapidement à la demande, tant
le jour que la nuit.
Si une quinzaine de trousses sont commercialisées en France pour cet usage, il
n'existe que peu de travaux évaluant ces trousses et leurs résultats sont soit trop
anciens (1), soit n'abordent que la précision (2), ou la comparaison inter-laboratoires
(3). Et le dernier Contrôle de Qualité organisé en France remonte à 1989 !.. (4).
Devant ce manque de données récentes, la Commission Toxicologie Hospitalière de la
S.F.T.A. a donc décidé d'organiser une évaluation multicentrique des coffrets
automatisés du dosage enzymatique de l'éthanol.
Matériels et méthodes
Principes généraux de l'étude:
1)- l'étude a concerné les trousses commercialisées en 1996 et permettant une mesure
directe de l'éthanol plasmatique sur un automate d'analyse;
2) - chaque trousse a été testée dans 2 sites différents; les préconisations du
fournisseur quant à la préparation et à la conservation des réactifs et étalons ont
été suivies par chaque site; il en a été de même pour la paramétrisation de
l'automate concerné
3) - les automates utilisés par les sites évaluateurs étaient en situation de
routine et produisaient donc aussi, pendant l'étude, des résultats pour des patients.
4) - enfin, une rigueur maximale a été recherchée par la distribution des mêmes
solutions-tests et plasmas à tous les sites et par la simultanéité de la mise en oeuvre
du protocole à travers tous les sites.
Les sites d'évaluation et les trousses évaluées :
Le principe de cette étude a été proposé à l'ensemble des fournisseurs en France
de trousses mesurant l'éthanol par voie enzymatique. Parmi eux, 9 ont accepté d'entrer
dans l'étude comparative qui a donc initialement inclus 11 trousses. La société SIGMA
Diagnostics s'étant retirée de la comparaison pendant le déroulement du protocole, les
résultats présentés ici concernent donc 10 trousses. La figure ci-dessous montre la
répartition de ces trousses sur les 13 sites d'évaluation ainsi que les automates
utilisés. Les appareils ADX et TDX utilisant les mêmes réactifs ont été, en accord
avec la société Abbott, groupés pour létude.

Deux principes réactionnels sont mis en oeuvre par ces trousses:
1)- la trousse Alcool-PAP BioMérieux (ref. 61891) fait appel à une alcool oxydase
couplée à une base Trinder avec détection à 500 nm;
2)- une alcool déshydrogénase et la conversion du NAD en NADH sont utilisées par
toutes les autres trousses, à savoir (par ordre alphabétique): ACA Dade (ref. 75-14041),
ADX/TDX Abbott (ref. 9545-77), Axsym Abbott (ref. 9545-60), CX Beckman (ref. 445 900),
Ektachem Vitros Ortho (ref. 804 6872), EMIT Behring (ref. 9K 219), Ethyl Alcohol
Boehringer (ref. 177 6312), MPR2 Boehringer (ref. 123 960) et Seratest Eurobio (ref. 909
341). Hormis les trousses ADX/TDX (atténuation de fluorescence) et Ektachem
(réflectométrie), les autres trousses suivent la variation d'absorbance à 340 nm.
Déroulement du protocole:
- - du 21 mai au 4 juin 1996 a été
effectuée l'étude de la stabilité de l'étalonnage :
après un étalonnage initial, une solution dépourvue d'éthanol et un standard à 1 g/l
d'éthanol (les deux dans NaCl 9 g/l) ont été testés à +2h, +4h, +8h, +1j, +3j, +7j et
+14j. Létalonnage a été considéré stable tant que la réponse ne déviait pas
de plus de 0,05 g/l par rapport à la valeur attendue, sur un quelconque de ces 2 points.
- - entre le 10 et le 21 juin 1996, 10
séries de mesures ont eu lieu, chacune respectant les conclusions de l'étude ci-dessus
quant au besoin ou non de recalibrer (voire de renouveler) le réactif:
- étude de la reproductibilité par le passage en double,
lors de chaque série (chaque jour), de standards d'éthanol à 0,5 et à 2 g/l (dans NaCl
9 g/l);
- étude de la répétabilité par le passage itératif, 20
fois dans une même série, d'un standard d'éthanol à 0,5 g/l, 1 g/l ou 2 g/l (dans NaCl
9 g/l);
- étude de la limite supérieure de linéarité par le
passage en triple d'une gamme de standards à 0,5 , 1, 2, 3 et 4 g/l (dans NaCl 9 g/l); la
linéarité était jugée acceptable quand la moyenne de ces triplets déviait de moins de
5% par rapport à la valeur attendue;
- étude de la limite de détection par le passage itératif,
10 fois dans la même série, d'un point dépourvu d'éthanol (NaCl 9 g/l); la limite de
détection a été calculée comme la moyenne plus 3 écarts-types des résultats obtenus;
- étude de l'exactitude par l'analyse de 36 plasmas
différents en comparaison avec une technique en chromatographie gazeuse sur espace de
tête (cf. ci-après);
- étude de l'interférence d'autres alcools, aldéhydes, cétones
ou acides: deux séries de solutions à 100 mmol/l (dans NaCl 9g/l) de
l'interférant ont été testées, l'une dépourvue d'éthanol, l'autre contenant
simultanément 20 mmol/l d'éthanol (soit 0,92 g/l). Les molécules suivantes ont été
testées: méthanol, 1-propanol, 1-butanol, 1-pentanol, isopropanol, éthylène glycol,
propylène glycol, glycérol, méthyl-glycol, ethyl-glycol, butyl-glycol, 2,3-butanediol,
acétaldéhyde, acétone, méthyl-éthyl-cétone, méthyl-isobutyl-cétone, cyclohexanone,
acide formique, acide glycolique, acide lactique, acide acéto-acétique et acide
béta-hydroxy butyrique;
- l'influence d'une quantité
importante d'hémoglobine (hémolyse), de bilirubine (ictère) ou de
lipoprotéines (lactescence) dans le plasma a été étudiée en testant, en l'absence ou
en présence de 2 g/l d'éthanol, des serums commerciaux contenant 330 mg/l d'hémoglobine
(Sigma H 4268), 320 mg/l de bilirubine (Sigma B 8777) ou 12,7 g/l de triglycérides (Sigma
L 2648).
Méthode CPG-HS :
Le site du Havre (Ch. Lacroix) a réalisé l'analyse en CPG-HS (Varian Genesis) des
plasmas et des standards et étalons utilisés dans l'étude. L'espace de tête a été
obtenu après chauffage 15 min à 60°C d'une dilution du prélèvement au 1/50 dans du
NaCl 30 g/l contenant le standard interne (1-propanol). La séparation a eu lieu sur une
colonne DB-Wax 30m 1µ avec un gradient de 50 à 75 °C. La calibration a été réalisée
avec un étalon certifié (Promochem A14-02).
Constitution des standards et plasmas :
Le site de Vannes a poolé des plasmas (sur NaF) issus de l'activité normale
hospitalière afin de constituer une gamme de concentrations d'éthanol de 0 à 5 g/l. Ces
pools ont été répartis en flacons de 2 ml étanches (Chromacol) puis envoyés
réfrigérés en express à tous les sites le même jour. Certains plasmas ont été
additionnés d'un possible interférant: 50 mmol/l d'éthylène glycol, de propylène
glycol, d'ispropanol, de glycolate ou de lactate (ce dernier en présence aussi de 10 000
U/l de LDH) ou 5 mmol/l de méthanol.
Toutes les autres solutions (standards, interférants) ont été préparées par le
site de Vannes et envoyées dans les mêmes conditions.
Calcul du prix de revient d'un résultat :
Une cohorte fictive de 10 éthanolémies/jour pendant 15 jours consécutifs a servi de
base pour le calcul du prix de revient du résultat. Il a été tenu compte:
- du prix catalogue TTC des réactifs, étalons et consommables nécessaires à la
réalisation de ces 150 dosages
- de la nécessité de recalibrer le réactif pendant cette période (selon les résultats
de l'étude de stabilité)
- de la nécessité de redoser sur une dilution (selon résultats de l'étude de la
linéarité), sachant qu'une statistique faite auprès des sites sur la répartition de
leurs résultats d'éthanolémies montre qu'en moyenne 15% de celles-ci dépassent 2,5
g/l, 9% dépassent 3 g/l et 4% dépassent 3,3 g/l.
Comparaison synthétique des trousses:
Une représentation synthétique des résultats de cette étude a été conçue pour
faciliter la comparaison inter-trousses (cf. Figure 3). Pour chaque critère évalué un
indice a été calculé, la valeur 1 étant attribuée au meilleur résultat observé, la
valeur 10 au moins bon et les autres trousses recevant un indice compris entre 1 et 10 par
intrapolation linéaire. L'indice présenté est une moyenne des résultats des deux sites
et, le cas échéant, des points testés (répétabilité, reproductibilité,
interférences des alcools primaires en C3 à C5). L'indice pour l'exactitude a été
basé sur le pourcentage de résultats situés hors des limites d'acceptibilité. Pour le
critère relatif à lobligation dutiliser un " appareil
spécial ", une trousse ayant une adaptation décrite pour plusieurs automates a
reçu un indice 1; un indice 5 a été attribué si la trousse est potentiellement
adaptable à plusieurs automates et un indice 10 si elle nécessite un appareil
spécifique.
Résultats
Contrôle de la valeur annoncée des standards et étalons :
Par rapport à la CPG-HS calibrée à 1,067 g/l (étalon Promochem), les solutions
standards fournies par le site de Vannes ont donné des résultats s'écartant de moins de
0,6% de la valeur attendue. Parmi les étalons fournis avec les trousses, seuls deux
s'écartaient de plus de 1% de leur valeur annoncée: le Sigma et l'Eurobio, tous deux par
excès (+6,2% et +5,5% respectivement). Il a été tenu compte de cette déviation dans
l'étude de l'exactitude pour les sites ayant utilisé ces étalons.
Propriétés analytiques des trousses : la
linéarité, la répétabilité, la reproductibilité et la limite de détection
observées pour les différentes trousses sont présentées Tableau I. Pour lEktachem, les
résultats obtenus avec les standards déthanol dans NaCl 9 g/l sont inférieurs aux
valeurs attendues : le facteur est constant (0,81) et reproductible quelle que soit
la concentration dosée et ce décalage, consécutif à un effet de matrice (le système
est calibré avec un étalon sérique), naffecte pas la validité des CV présentés
pour cette trousse.
Interférences : les interférences dues à
d'autres molécules que l'éthanol et l'influence de paramètres propres à la matrice
plasmatique sont présentées Tableau II
et Tableau III.
Exactitude : les résultats obtenus sur les 36 plasmas
comparativement à la CPG-HS sont présentés
Praticabilité et prix de revient : ces données
sont présentées Tableau IV
Comparaison inter-trousses: indices obtenus par chaque trousse pour les différents critères évalués dans notre
étude.
Discussion et conclusions
Les résultats de cette évaluation multicentrique des
trousses de dosage automatisé de l'éthanol sont intéressants à plus d'un titre: ils
rassemblent un grand nombre de réactifs et d'automates couramment utilisés en biologie
hospitalière; ils rendent compte des principales limites rencontrées par les méthodes
enzymatiques et, notamment, des problèmes de spécificité; enfin, ils sont pertinents
car le protocole entrepris, très strict au plan de l'homogénéité des échantillons et
de la simultanéité des séries de mesures entre les sites, a pu être respecté.
L'étude fait ressortir quelques observations (en partie) inattendues:
- les standards commerciaux n'ont pas toujours l'exactitude attendue et ils
méritent toujours une vérification croisée (avec, par exemple, les ampoules scellées
d'éthanol Merck ref. 8988-0001 à 9009-0001);
- si dans le contexte de l'urgence médicale et de l'usage courant de l'
"alcoolémie" la répétabilité et la reproductibilité
observées dans cette étude sont le plus souvent suffisantes, elles sont parfois
inacceptables du point de vue de l'analyste pour des méthodes automatisées; et, dans les
meilleurs cas, elles restent égales ou moins bonnes que celles obtenues en CPG-HS;
- la linéarité observée concorde avec les données des fournisseurs; une
linéarité permettant de mesurer au moins 4 g/l d'éthanol est utile car, en plus
d'éviter le coût et le délai d'une réanalyse, il peut s'avérer difficile de garantir
l'exactitude d'une dilution de l'échantillon au 1/2 ou au 1/3;
- la limite de détection de ces trousses est suffisante puisqu'elles sont
exclues d'un usage médico-légal (sang total);
- l'étude de l'exactitude des trousses par la comparaison avec une technique de
référence (chromatographie gazeuse sur espace-de-tête) amène plusieurs commentaires:
* malgré les critères d'acceptabilité choisis, adéquats pour l'utilisation clinique
des résultats mais plutôt tolérants d'un point de vue purement analytique, 17% des
résultats dépassaient ces critères pour la meilleure des trousses et près de 50% pour
la plus inexacte !
* ces scores n'étaient qu'inconstamment meilleurs pour les trousses dédiées à un
automate spécifique; il semble plutôt que les qualités analytiques de la trousse
(précision, linéarité) soient un meilleur garant de l'exactitude;
* des écarts entre les 2 sites pour la même trousse sont parfois observés,
difficilement compréhensibles pour les trousses dédiées (même calibrant, même
automate, etc..); le réactif Alcool-PAP étant sensible au méthanol (cf. spécificité
ci-après), donne des résultats différents à 30°C et à 37°C en grande partie à
cause de la présence de méthanol dans le plasma, particulièrement quand l'éthanolémie
est forte (5).
- la spécificité a été étudiée à l'aide de solutions aqueuses et par
ajout sur des plasmas:
1)- en solution aqueuse, sur les
22 composés testés, 14 n'ont pas montré d'interférence significative (moins de 3%
d'interférence en mmol d'éthanol/mmol d'interférant), 5 ont influencé plusieurs
trousses et 3 une seule trousse (Tableau II). Le protocole a prévu de tester ces
molécules en l'absence d'éthanol mais aussi en présence d'éthanol, l'expérience ayant
montré que parfois l'interférence ne peut s'exprimer qu'en présence du composé que
l'on désire mesurer (par dépression de la réponse attendue, notamment) (6). Les
interférences observées ont un impact pratique variable:
* l'acétaldéhyde n'est jamais en
concentration plasmatique suffisante pour affecter la mesure enzymatique de l'éthanol;
* le butyl-glycol, présent dans
des produits ménagers, ne risque pas de perturber sensiblement la mesure hospitalière de
l'éthanolémie du fait de la relative rareté des intoxications à ce produit et du
faible taux d'interférence; il en est de même pour le méthyl-glycol;
* l'effet des alcools primaires supérieurs
sur les trousses utilisant l'alcool déshydrogénase est quantitativement important, bien
que très variable d'une trousse à l'autre (charge en enzyme ?). L'extrême rareté de
l'intoxication par ces alcools rend cette interférence cependant très improbable en
situation toxicologique courante;
* il n'en est pas de même pour l'isopropanol:
si certaines situations cliniques conduisent à la formation in vivo de faibles taux de
cet alcool (ce qui interdit son utilisation en tant que standard interne pour la mesure
CPG de l'éthanol (7)), l'isopropanol peut aussi être rencontré à des taux rapidement
élevés en cas d'intoxication. Et un taux de 100 mmol/l (6 g/l d'isopropanol) peut, avec
certaines trousses, donner un résultat d'éthanol faible (0,25-0,35 g/l) mais risquant de
désorienter le diagnostic et le traitement;
* l'interférence du méthanol est
plus préoccupante: elle affecte la trousse Alcool-PAP BioMérieux dont l'enzyme s'avère
plus une méthanol-oxydase qu'une éthanol-oxydase dans les conditions opératoires
retenues par le fournisseur; c'est, en effet, parce que la mesure photométrique est
réalisée très tôt au cours de la réaction que l'interférence est si élevée (8);
une température réactionnelle basse ajoute un handicap à l'éthanol et l'interférence
du méthanol à 30°C est le double de celle observée quand la mesure est effectuée à
37°C. Si les coffrets utilisant l'alcool déshydrogénase manquent à tout coup de
détecter une intoxication au méthanol, l'utilisation de la trousse Alcool-PAP avec le
protocole opératoire BioMérieux entraîne un risque grave, celui de "rassurer"
le clinicien avec une éthanolémie "banale" à 3 g/l quand il s'agit d'une
méthanolémie (env. 600 mg/l à 37°C) nécessitant d'être traitée dans les plus brefs
délais. Cette interférence pourrait cependant être diminuée en effectuant une mesure
plus tardive; elle peut aussi être évitée par l'utilisation d'une méthode cinétique
appropriée, qui permet la mesure simultanée de l'éthanol et du méthanol, ce qui peut
s'avérer très utile au cours du traitement par éthanolisation du patient (8).
2)- les 6 plasmas contenant des
molécules potentiellement interférentes ont donné des résultats plus ou moins
concordants avec ceux trouvés sur solutions aqueuses; cependant, alors que la CPG-HS
confirmait l'absence d'éthanol pour 4 de ces 6 plasmas, de nombreux résultats
supérieurs à 0,1 g/l ont été rendus avec les techniques à l'alcool déshydrogénase,
même pour le plasma contenant du méthanol. Ce phénomène semble avoir affecté aussi
d'autres études (9).
Les résultats du plasma contenant à la fois du lactate
et de la LDH ont confirmé la sensibilité plus grande du réactif
EMIT à cette coïncidence pathologique (10): le lactate seul n'a pas d'effet (ex.: 100
mmol/l dans notre étude), mais la présence simultanée de fortes concentrations de LDH
est capable de générer du NADH qui est mesuré comme de l'éthanol (11); ceci a été
noté aussi pour d'autres dosages (12-14). La raison de la moindre sensibilité des autres
trousses utilisant l'ADH vis-à-vis de cette interférence reste mal comprise. Dans la
pratique, la probabilité de rencontrer de tels taux de lactate et de LDH est infime et il
faut rappeler que les cas décrits d'interférence ont le plus souvent concerné des
prélèvements post-mortem .
- la modification de la matrice plasmatique par ictère, hémolyse ou
lactescence peut perturber certains procédés qui font appel à une mesure par
fluorescence ou reflectométrie. L'inhibition de la trousse Alcool-PAP par un des
composants du sérum Lin-Trol Sigma, inhibition non retrouvée quand des plasmas humains
contenant une quantité équivalente de triglycérides et de cholestérol sont testés,
reste sans explication, la société Sigma n'ayant pas livré la composition exacte de ce
produit.
- la praticabilité d'un dosage susceptible d'être demandé en urgence, de jour
comme de nuit, est un critère important: à l'instar de nombreuses autres analyses
courantes, la mesure de l'éthanol en laboratoire hospitalier devrait bénéficier en 1997
d'un réactif prêt à l'emploi, embarqué en permanence sur l'automate, ayant une
calibration stable plusieurs jours (voire semaines) et adapté à un automate travaillant
sur tube primaire. Deux trousses répondent à l'ensemble de ces critères.
- enfin, le prix de revient du résultat n'est pas à négliger non plus et
notre étude souligne la très grande disparité des coûts d'une trousse à l'autre.
| En conclusion,
cette évaluation montre que les méthodes enzymatiques de dosage de l'éthanol que nous
avons testées sont acceptables pour un usage hospitalier courant. La spécificité de la
mesure, bien que parfois citée sans problème (9,15,16), reste cependant leur point
faible; et une trousse nécessiterait une modification du protocole opératoire afin de
corriger l'interférence du méthanol (Alcool-PAP). Notre étude montre aussi que toutes
les méthodes utilisant l'ADH n'ont pas les mêmes qualités analytiques ni un coût
comparable. Le choix d'un réactif étant parfois influencé par l'automate déjà
présent au laboratoire, il appartiendra au biologiste de rester vigilant et, dans toute
situation douteuse (notamment en cas d'acidose ou de cétose), de confirmer par CPG ses
résultats d'éthanolémie. |
REFERENCES
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ethanol in blood. Clin Chem 1976; 22: 83-6
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Tableau I :
Propriétés analytiques des trousses
(les données ci-dessous sont la moyenne des 2 sites)
Trousse |
Linéarité
g/l |
Répétabilité
% |
Reproductibilité
% |
Limite de détection
g/l |
| |
|
0,5 g/l |
1 g/l |
2 g/l |
0,5 g/l |
2 g/l |
|
| ACA Dade |
> 4 |
1,35 |
1,37 |
0,77 |
1,60 |
1,08 |
0,014 |
| ADX/TDX Abbott |
> 3 |
5,59 |
3,15 |
2,50 |
11,3 |
3,69 |
0,039 |
| Alcool-PAP Bio-Mérieux |
> 4 |
1,46 |
1,77 |
1,61 |
1,62 |
1,77 |
0,018 |
| Axsym Abbott |
> 3 |
6,02 |
4,19 |
2,63 |
7,81 |
5,25 |
0,034 |
| CX Beckman |
> 2 |
1,12 |
1,56 |
1,10 |
2,12 |
1,66 |
0,006 |
| Ektachem Ortho |
> 3 |
1,35 |
1,25 |
2,11 |
3,00 |
2,41 |
* |
| EMIT Behring |
> 4 |
4,72 |
2,53 |
1,00 |
5,35 |
2,91 |
0,018 |
| Ethyl Alcohol Boehringer |
> 4 |
1,51 |
1,20 |
1,40 |
1,21 |
0,77 |
0,015 |
| Eurobio |
> 4 |
6,29 |
5,71 |
4,01 |
12,3 |
1,85 |
0,048 |
| MPR2 Boehringer |
> 4 |
2,06 |
1,24 |
1,47 |
4,74 |
1,41 |
0,016 |
* L'étude de la limite de détection n'a pas été réalisée sur
Ektachem (non détection de l'échantillon)
Tableau II:
Interférences et influence de la matrice plasmatique
(les données ci-dessous sont la moyenne des 2 sites;-seuls sont
présentés les résultats >3%)
Trousse |
Pourcentages d'interférence
(sur une base équimolaire avec l'éthanol) $ |
Effet de la matrice
(déviation en % de la réponse d'un standard à 2 g/l) $$ |
| |
Méthanol |
1-Propanol |
1-Butanol |
1-Pentanol |
Isopropanol |
Methyl-glycol |
Butyl-glycol |
Acétaldéhyde |
Bilirubine |
Hémoglobine |
Lipoprotéines |
| ACA Dade |
|
87 |
71 |
48 |
7,9 |
|
5,4 |
|
-3,4 |
|
|
| ADX/TDX Abbott |
|
42 |
10,6 |
4,7 |
|
|
|
|
4,2 |
|
5,0 |
| Alcool-PAP Bio-Mérieux |
302* |
38 |
26 |
8,9 |
|
3,4 |
|
|
9,2 |
7,8 |
-34** |
| Axsym Abbott |
|
99 |
48 |
21 |
6,9 |
|
3,6 |
|
|
11,2 |
14,5 |
| CX Beckman |
|
87 |
44 |
23 |
7,9 |
|
3,9 |
|
|
|
|
| Ektachem Ortho |
|
46 |
27 |
14 |
4,4 |
|
|
-3,5 |
22 |
9,4 |
8,1 |
| EMIT Behring |
|
14 |
|
|
|
|
|
|
|
|
-3,4 |
| Ethyl Alcohol Boehringer |
|
13 |
4,2 |
|
|
|
|
|
|
|
-3,3 |
| Eurobio |
|
74 |
44 |
23 |
4,7 |
|
3,5 |
|
|
|
|
| MPR2 Boehringer |
|
51 |
37 |
24 |
3,5 |
|
|
|
|
|
|
$ Moyenne des résultats observés en l'absence
et en présence d'éthanol (20 mmol/l) et produits par une concentration de 100 mmol/l
d'interférant.
$$ Il n'a pas été observé d'influence
significative de la matrice plasmatique en l'absence d'éthanol pour aucune trousse.
* Testé à 37°C avec une solution à 5 mmol/l (160 mg/l); à 30 °C
l'interférence est de 643 %
** Présence d'un inhibiteur dans les stabilisants du serum Sigma:
l'interférence n'est pas reproduite avec des plasmas humains.
Tableau III:
Résultats obtenus sur des plasmas surchargés
Trousse |
Réponse observée en éthanol
(g/l) en présence de : |
| |
Méthanol
(5mmol/l) |
Isopropanol
(50 mmol/l) |
Ethylène
glycol
(50 mmol/l) |
Propylène
glycol
(50 mmol/l) |
Acide
glycolique
(50 mmol/l) |
Acide
lactique
50 mmol/l
+ LDH 10 000 U/l |
| ACA Dade |
0,05 |
0,19 |
0,02 |
0,03 |
0,01 |
0,02 |
| ADX/TDX Abbott |
0,15 |
0,14 |
0,06 |
0,06 |
0,10 |
0,07 |
| Alcool-PAP Bio-Mérieux |
0,72* |
0,01 |
0,05 |
0,17 |
0,01 |
0,01 |
| Axsym Abbott |
0,08 |
0,16 |
0,04 |
0,02 |
0,05 |
0,08 |
| CX Beckman |
0,20 |
0,32 |
0,13 |
0,07 |
0,12 |
0,11 |
| Ektachem Ortho |
0,14 |
0,21 |
0,05 |
0,02 |
0,05 |
0,11 |
| EMIT Behring |
0,23 |
0,06 |
0,05 |
0,09 |
0,06 |
0,52 |
| Ethyl Alcohol Boehringer |
0,10 |
0,07 |
0,08 |
0,09 |
0,08 |
0,09 |
| Eurobio |
0,21 |
0,20 |
0,07 |
0 |
0,11 |
0,10 |
| MPR2 Boehringer |
0,12 |
0,22 |
0,15 |
0,08 |
0,14 |
0,13 |
| CPG - HS |
0 |
** |
0 |
0,16 |
0 |
0 |
* Résultat à 37°C (Mira); le même plasma a donné un résultat à
1,45 g/l sur le site travaillant à 30°C (Hitachi 717)
** Résultat inférieur à la limite de détection (0,01 g/l), le pic
d'éthanol ne pouvant être suffisamment distingué de celui, très important,
d'isopropanol.
Tableau IV - Praticabilité et prix de revient
du résultat
| |
Nécessite un automate
dédié |
Réactif prêt à
l'emploi |
Stabilité de la
calibration |
Prix de revient TTC
d'un résultat (en F) |
| ACA Dade |
Oui |
Oui |
> 2 sem.** |
23,2 |
| ADX/TDX Abbott |
Oui |
Oui |
env 10 j |
27,5 |
| Alcool-PAP Bio-Mérieux |
Non |
Non |
env. 1 j |
2,1 |
| Axsym Abbott |
Oui |
Oui |
env. 2 j |
21,1 |
| CX Beckman |
Non* |
Non |
env. 6 j |
16,6 |
| Ektachem Ortho |
Oui |
Oui |
> 2 sem.** |
8,0 |
| EMIT Behring |
Non |
Non |
env. 1 j |
10,3 |
| Ethyl Alcohol Boehringer |
Non* |
Oui |
> 2 sem.** |
8,9 |
| Eurobio |
Non |
Non |
env. 1 j |
2,6 |
| MPR2 Boehringer |
Non |
Non |
env. 1 j |
3,1 |
* Adaptations en cours
** L'étude n'a pas été prolongée au-delà de 2 semaines
|