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Identification et
dosage de la benzoylecgonine, cocaïne, méthylecgonine-ester,
codéine, morphine et 6-acétylmorphine clans le sang total
Identification and quantification of
benzoylecgonine, cocaine, methylecgonine-ester codeine, morphine
and 6-acetylmorphine in whole blood
Y GAILLARD *(1 ),G PEPIN (1), P MARQUET (2), P KINTZ
(3), M. DEVEAUX (4), P MURA (5)
(1 ) Laboratoire d'expertises Toxlab, PARIS
(2) Service de Pharmacologie et Toxicologie, CHRU Dupuytren,
LIMOGES
(3) Institut de Médecine Légale, STRASBOURG
(4) Institut de Médecine Légale, LILLE
(5) Laboratoire de Biochimie et Toxicologie, CHU POITIERS
*Auteur à qui adresser la correspondance:
Y.GAILLARD , Laboratoire d'expertise Toxlab
18, rue André-Del-Sarte
75018 PARIS, FRANCE
RÉSUMÉ
Nous présentons une méthode d'identification et de dosage dans
le sang total de la cocaïne et de ses métabolites:
méthylecgonine et benzoylecgonine ainsi que des opiacés
majeurs: codéine,morphine et 6-acétylmorphine. Deux
différentes techniques peuvent être appliquées avec succès.
La première, en phase liquide, fait intervenir plusieurs étapes
de purification à pH = 8,4, 1,0 et 8,4 respectivement. La
seconde extraction, en phase solide, réalise la fixation des
composés à pH 8,6 sur colonne C18 tandis que l'élution des
analyses est réalisée par le méthanol. Une dérivation
préalable de certaines molécules est nécessaire avant l'étape
chromatographique en phase gazeuse sur colonne 5
% phényl 95 % méthyl silicone. La détection fait intervenir la
spectrométrie de masse. La quantification est réalisée par
l'intermédiaire d'étalons internes trideutérés. Linéarité,
précision et limites basses de la méthode ont été jugées
satisfaisantes pour les deux techniques extractives et
l'application à des exemples réels est donnée.
Mots clés:
Opiacés, benzoylecgonine, CPG-SM, sang total, toxicologie
SUMMARY
We have presented a method for the simultaneous identification
and quantification of opiates and cocainics in whole blood. Two
diffèrent extraction procédures can be successfully applied.
These include a three steps liquide-fluid extraction or, on the
other hand a solid phase extraction method on C18 cartridges. A
suitable derivatisation is required prior to injection on a gas
chromatograph apparatus. Detection is performed using mass
spectrometry while quantitation is realized using trideuterated
internal standards. Linearity precision and limite of détection
are given for both methods and are judged satis factory enough
for the purpose. Application to real exemples has also been
demonstrated.
Key-words:
Opiates, cocainics, GC-MS, whole blood, toxicology
INTRODUCTION:
Dans le cadre d'une démarche éventuelle des forces
de police de recherche de produits stupéfiants chez des
conducteurs impliqués dans des accidents routiers, la
Société Française de Toxicologie Analytique (S.F.T.A.)
a décidé de proposer des méthodologies
d'identification et de dosage des molécules pouvant
être incriminées. Dans ce but, cette société a
évalué différentes méthodes que lui ont soumis ses
membres afin d'en dégager celles qui par leurs
performances générales seront à même de résoudre au
mieux les problèmes analytiques susceptibles d'être
rencontrés. Notre travail a porté sur la
benzoylecgonine, métabolite principal de la cocaïne
ainsi que sur les opiacés majeurs, codéine, morphine et
acétylmorphine. Si tous s'accordent à estimer que la
séparation chromatographique et la détection doivent
être réalisées sur le couplage Chromatographie en
Phase Gazeuse - Spectométrie deMasse (CPG-SM), deux
techniques extractives différentes peuvent être
envisagées. La première est obtenue sur la base d'une
extraction liquide-liquide tandis que la seconde utilise
l'Extraction en Phase Solide (EPS) (1-3).Nous présentons
ainsi les techniques recommandées par la S.F.T.A. pour
le dosage des cocaïniques et des opiacés dans le sang
total.
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Matériel et
méthodes
Instrumentation
Le système
chromatographique est représenté par un chromatographe en phase
gazeuse Hewlett-Packard 5890 séries II (Les Ulis, France), de
l'injecteur automatique HP 6890 et du détecteur HP 5972. La
colonne analytique est une CP SIL 8 CB Chrompack (Les Ulis,
France) de 25 m de long, diamètre interne 0,25 mm et de 25 µm
d'épaisseur de film. L'injection en mode Splitless est
réalisée à 280°C. Le four est programmé à 50°C pendant 2
mn à 310°C selon une rampe de 15°C/mn et maintenu 4 mn à
310°C. Le détecteur est chauffé à 300°C. Le temps
chromatographique est de 24 mn tandis que les temps de rétention
relatifs (à la codéine deutérée) des composés sont les
suivants :
méthylecgonine (ME) = 0,67; cocaïne =0,92; benzoylecgonine
(BZE) = 0,94;codéine = 1,0; morphine = 1,02 et 6-acétylmorphine
(6AM) = 1,04. La détection est réalisée en mode de balayage de
masse de 70 à 440 unités de masse atomique.
La station d'extraction est
constituée par une unité de filtration Vac Elut,Analytichem
International, Prolabo (Paris, France).
Les cartouches d'extraction
sont de types C18 200 mg de 3 ml IST distribuées par Touzart et
Matignon (Courtabeuf, France).
Réactifs
6AM, BZE, codéine, cocaïne, ME, morphine ainsi que leurs
équivalents trideutérés sont fournis en ampoules de 1 ml (100
ug/ml) par la société Promochem (Molsheim, France), Un mélange
d'étalons internes trideutérés est réalisé dans le méthanol
à une concentration de 10 µg/ml.
Chloroforme, isopropanol, N
heptane, méthanol, acide chlorhydrique 1 N., hydroxyde de sodium
1 N. hydroxyde de sodium à 35 %, bicarbonate de sodium NaHCO3 et
monchydrogénophosphate de sodium Na2HPO4 de qualités
analytiques sont achetés auprès de Carlo Erba (Milan, Italie).
Le réactif de dérivation N,O
bis trimétylfluoroacétamide (BSTFA) est acquis auprès de la
société Fluka (Buchs, Suisse).
Le tampon phosphate 1 M pour
l'extraction en phase liquide est réalisé en dissolvant 35,81 g
de monohydrogenophosphate de sodium dans 100 ml d'eau distillée
et ajusté à pH = 8,4.
Le tampon bicarbonate 0,2 M
pour EPS est réalisé en dissolvant 1 680 mg de bicarbonate de
sodium dans 100 ml de méthanol à 10 % dans l'eau distillée, pH
= 8,6.
Extraction
Extraction
en phase liquide
A 1 ml de sang total, sont successivement ajoutés 20 µI de
mélange d'étalons internes trideutérés (10 µg/ml), 1 ml de
tampon phosphate pH = 8,4 ainsi que 10 ml de la phase organique
extractive chloroforme : isopropanol: n-heptane (50: 17: 33,
v/v).
Après agitation 10 mn à 100
cycles/mn, et centrifugation à 2 500 g pendant 5 mn, la phase
organique est prélevée et traitée par 5 ml d'HCI 0,2 N. Une
étape d'agitation et centrifugation est à nouveau appliquée et
suivie par une réextraction de la phase aqueuse par 5 ml de
chloroforme après avoir neutralisé et tamponné celleci à
l'aide d'1 ml de soude 1 M et d'1 ml de tampon phosphate. Après
centrifugation, le chloroforme est évaporé à sec, dérivé par
20µl de BSTFA et 1 µl est injecté sur la colonne analytique.
Extraction
en phase solide
1 ml de sang total dilué par 1 ml d'eau distllée est
tamponné par 2 ml de tampon bicarbonate auxquels sont ajoutés
20 µl du mélange d'étalons internes
trideutérés.L'échantillon homogénéisé 5 s au vortex est
alors centrifugé à 2 500 g pendant 5 mn.
Les cartouches d'extraction sont
conditionnées par passage de 4 ml de méthanol suivi par 2 ml de
tampon bicarbonate à 10% de méthanol. 3,5 ml de l'échantillon
sont alors déposés sur la cartouche et aspirés à un débit
qui ne doit pas excéder 1 ml/mn. Les colonnes sont ensuite
successivement lavées par 2 x 1 ml d'eau distillée puis par 1
ml de méthanol à 10 %. Elles sont ensuite séchées sous
aspiration d'air pendant 12 mn.L'élution des analyses est
obtenue par le passage de trois fractions de 500 µI de
méthanol. L'éluat est évaporé à sec puis dérivé par 20 µI
de BSTFA à partir desquels 1 µI sera injecté sur la colonne du
système chromatographique.
Résultats
et Discussion:
Linéarité
Elle a été inspectée sur l'ensemble de la gamme (20-1 000
ng/ml) au moyen d'une analyse de variance ANOVA après calcul de
la droite de régression linéaire selon la méthode des moindres
carrés. Le calcul des contributions respectives de dispersion
autour de la droite est réalisé, puis un test Fde
Fisher-Snedecor est appliqué afin detester la significativité
sur ces diversions. On évalue deux types de contributions. L'une
sur la régression (S1) représente la dispersion expliquée par
la droite, tandis que la dispersion résiduelle (Se) représente
la part de variation qui n'est pas expliquée par le modèle. De
cette variation dite résiduelle, on dégage ensuite deux termes
de variance intragroupe, que sont le manquement à l'ajustement
(lack of fit) et l'erreur analytique pure (pure error). Ce
quel'on cherche à démontrer c'est que la dispersion due au
manquement à l'ajustement (en d'autre terme: l'inadéquation de
la droite) n'est pas significativementsupérieure à l'erreur
analytique pure (ou erreur statistique de la mesure).
Pour les deux techniques
extractives et pour chaque composé:
- Fcalculé des comparaisons de
variance expliquée/variance résiduelle a toujours été
supérieur à 511,8 Ftheorique (1, n-l) ddl (n = 10) =
5,32. Fcalculé >> Fthéorique donc la dispersion
est bien décrite par la droite.
- Fcalculé des comparaisons de
variances du manquement à l'ajustement/variance de
l'erreur pure a toujours été inférieur à 3,05.
Fthéorique ((n-2) - n/2, n/2) ddl (n =10) = 5,41.
Fcalculé < Fthéorique donc le manquement à
l'ajustement n'est pas la principale cause de dispersion,
nous pouvons accepter le modèle linéaire comme de bonne
qualité.
Quantification
Utilisant pour chaque composé, l'étalon interne
trideutéré correspondant, la quantification utilise les
rapports respectifs des deux ions de quantification pour le
composé à doser et selon une droite d'étalonnage de 20 à 1
000 ng/ml.
Les ions de quantification
sont les suivants:
ME (d3) = 96,99
Cocaïne (d3) = 182,185
BZE(d3) = 240, 243
Codéine (d3) = 371, 374
Morphine (d3) = 429, 432
6AM (d3) = 399, 402
Reproductibilité
et pourcentage d'extraction
Les tableaux I et 11 donnent les valeurs des coefficients de
variation pour chaque produit par les deux méthodes extractives
pour des sangs dont les concentrations ajoutées sont de 20, 50,
100 et 1 000 ng/ml (n = 10); ainsi que les valeurs moyennes des
pourcentages d'extraction.
Limites
de détection et de quantification
La limite de détection a
été évaluée par rapport à la qualité analytique du bruit de
fond de l'extrait chromatographique. Dans ces conditions, le
rapport signa/bruit donne une limite de détection d'autant plus
basse que l'extrait sera correctement purifié. Letableau Ill
résume ainsi les limites obtenues pour un signal deux fois
supérieur au bruit analytique.
Etude de conversion
Elle a été évaluée pour la conversion de la
6-acétylmorphine en morphine et de la cocaïne en
benzoylecgonine par surcharge de 100 ng/ml en 6-acétylmorphine
et cocaïne. Extrait et analysé 6 fois, cette conversion est de
1, 5 % pour la cocaïne et de 2,0 % pour la 6-acétylmorphine par
la méthodologie d'EPS. Les étalons internes trideutérés sont
ajoutés juste avant la dérivation. Pour la technique
d'extraction en phase liquide, le taux de conversion de la
cocaïne est de 3,5 % celui de la 6AM de 2,1 %.
Avantages, inconvénients
La méthodologie d'extraction liquide-liquide que chacun
connaît bien est dans le cas présent une technique de
manipulation longue et fastidieuse. Elle présente des rendements
d'extraction plus faible qu'en phase solide essentiellement par
l'impossibilité de recueillir lors de chaque étape
l'intégralité de la phase à retraiter. La méthylecgonine est
en revanche mieux extraite qu'en phase solide. En outre, elle
offre une qualité
chromatographique inégalée qui doit impérativement la faire
préférer lorsque l'on a affaire à un sang putréfié ou tout
autre matrice très complexe.
L'EPS représente quant à elle une méthode beaucoup plus rapide
et eficace et permet d'obtenir un dosage de meilleure précision
sur la benzoylecgonine et la morphine. C'est une méthode
automatisable qui déjà fait l'objet dans notre laboratoire
d'une validation sur l'automate Prepstation HP 7686 couplé en
ligne avec le chromotographe et son injecteur automatique.
L'extrait d'une pureté intermédiaire entre une simple
extraction liquide-liquide et la triple extraction proposée, est
cependant très satisfaisant pour des prélèvements de sang
total tels que ceux réalisés dans le cadre de contrôles
routiers.Les figures 1 et 2 donnent pour exemples des
chromatogrammes obtenus chez despersonnes décédées ayant
consommé dela cocaïne ou de l'héroïne par les deux techniques
extractives.
Conclusions
Concluant les
résultats de cette étude, la S.F.T.A. dans le cadre de
Ia recherche de produits stupéfiants sur des personnes
impliquées dans des accidents de la circulation, propose
une méthode de dosage des opiacés et cocaïniques
applicable au sang total. Deux techniques extractives
sont à la disposition de chaque analyste qui au vu de
ces résultats et selon leur expérience personnelle en
la matière, pourront appliquer l'un ou l'autre des
protocoles.
|
Tableau l:
Reproductibilité et pourcentage d'extraction par la méthode en
phase solide.
Nom des produits
|
Concentration
(ng/ml)
|
C.V. % (n =10)
|
% extraction (n = 10)
|
Méthylecgonine
|
20
50
100
1 000
|
23,5
18,0
16,4
12,6
|
-
-
-
57.5
|
Cocaïne
|
20
50
100
1000
|
9,2
6.1
5.8
4.1
|
-
-
-
86.7
|
Benzoylecgonine
|
20
50
100
1 000
|
11,9
10,5
8,4
6,0
|
-
-
-
88,4
|
Codéine
|
20
50
100
1 000
|
13,4
10,5
9,1
5,2
|
-
-
-
87,5
|
Morphine
|
20
50
100
1 000
|
11,5
7,9
5,6
3,4
|
-
-
-
87,3
|
6-acétylmorphine
|
20
50
100
1 000
|
18,6
11,8
9,8
8,2
|
-
-
-
85,5
|
-
non déterminé
Tableau
II :
Reproductibilité et pourcentage d'extraction par la méthode en
phase liquide
Nom des produits
|
Concentration (ng/ml)
|
C.V. % (n =10)
|
% extraction (n = 10)
|
Méthylecgonine
|
20
50
100
1 000
|
20,6
17,9
15,2
10,4
|
-
-
-
60,2
|
Cocaïne
|
20
50
100
1000
|
16,8
12,9
9,2
8,2
|
-
-
-
72,5
|
Benzoylecgonine
|
20
50
100
1 000
|
22,8
18,9
14,1
12,9
|
-
-
-
62,0
|
Codéine
|
20
50
100
1 000
|
15,6
11,8
10,6
8,4
|
-
-
-
75,4
|
Morphine
|
20
50
100
1 000
|
12,7
10,0
6,0
4,5
|
-
-
-
72,9
|
6-acétylmorphine
|
20
50
100
1 000
|
16,4
10,5
8,6
6,3
|
-
-
-
71,0
|
- non déterminé
Tableau II:
Limites de détection exprimées à deux fois le rapport
signal/brult
| |
Phase
solide |
Phase
liquide |
| Nom des
composés |
Limite
détection (ng/ml) |
Limite
détection (ng/ml) |
| Méthylecgonine |
8 |
6 |
| Cocaïne |
5 |
4 |
| Benzoylecgonine |
5 |
8 |
| Codéine |
3 |
3 |
| Morphine |
4 |
3 |
| 6-acétylmorphine |
7 |
6 |
Figure
1:(voir toxicorama n°2 de
1996)
Chromatogrammes du
courant ionique total d'un extrait d'1 ml de sang prélevé lors
de l'autopsie d'un cocaïnomane,
à gauche: méthode d'extraction en phase solide;
à droite: méthode d'extraction en phase liquide.
Pics: 1 =
méthylecgonine (524 ng/ml); 2 = cocaïne (226 ng/ml); 3 =
benzoylecgonine (2 449 ng/ml).
Figure
2:(voir toxicorama n°2 de
1996)
Chromatogrammes du
courant ionique total d'un extrait d'1 ml de sang prélevé lors
de l'autopsie d'un héroïnomane,
à gauche: méthode d'extraction en phase solide;
à droite: méthode d'extraction en phase liquide.
Pics: 4 = codéine
(112 ng/ml); 5 = morphine (96 ng/ml); 6 = 6AM d3 (6AM < limite
de détection).
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