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Compte-rendu du congrès de
Toxicologie de Martigny,
19 au 21 Juin 2002
M.H. GHYSEL |
C'est en la ville de Martigny dans la superbe vallée du
Trient en Suisse que des scientifiques du Centre de Compétence en Chimie et
Toxicologie Analytiques (CCCTA) ont organisé une rencontre internationale
francophone de toxicologie en associant le dixième congrès de la Société
Française de Toxicologie Analytique (SFTA) et les sixièmes journées
scientifiques du CCCTA.

Des conférences, des communications et des posters ont
été présentés, ils ont été regroupés par thèmes.
- La toxicologie prédictive, p1
- Expertises et média p2
- Les plantes hallucinogènes p2
- Le dopage p 4
- Conduite automobile
sous l'emprise de drogue p 6
Une partie analytique comprenant
- Le
dosage des xénobiotiques faiblement dosés p 9
- Les extractions
p 10
- L'immunoanalyse
p10
- La
chromatographie liquide/spectrométrie de masse (LC-MS) p 11
- L'ICP-MS
p14
- Les
intoxications par les médicaments : p15 apomorphine , hypoglycémiants,
le Lopinavir p 16, les benzodiazépines
p16, les cardiotropes p17, les diurétiques
p 20,
les produits euthanasiants p
21,
- Les cheveux et
autres matrices alternatives p 22 : (toxicomanie, éthylglucuronide,
19-norstéroïdes, furosémide, cocaïne...)
- Les contrôles de qualité p 26
- La modélisation moléculaire p 27
Les présentations étaient de qualité. Des thèmes originaux
ont été abordés comme la toxicologie prédictive et les média et les
expertises judiciaires, ainsi que des thèmes d'actualité comme la conduite
automobile sous l'emprise de drogue et le dopage.
Au niveau analytique, les apports de la chromatographie liquide couplée à la
spectrométrie de masse (LC-MS) ont été largement démontrés. Les
concentrations retrouvées dans les cas d'intoxications par des médicaments ou
produits euthanasiants vont enrichir nos données de référence.
La
toxicologie prédictive
Toxicologie prédictive. Présenté par Denis
Hochstrasser, associé à Marc Fathi du Laboratoire Central de Chimie
Clinique des Hôpitaux Universitaires de Genève.
Plutôt que de faire une série d'analyses après avoir donné à un patient un
traitement dont les effets secondaires ne sont pas négligeables, des
développements récents en génomiques, transcriptomiques et protéomiques
offrent la possibilité d'effectuer de la toxicologie prédictive,
c'est-à-dire, d'étudier les processus toxiques au niveau de l'expression des
gènes à large échelle. Une connaissance " méchanistique " de
l'effet toxique des médicaments sur le réseau épigénétique peut être
obtenue en utilisant les outils bio-informatiques appropriés. Il est très
probable que ces outils de recherche pourraient être appliqués en clinique de
routine dans un avenir proche. Ainsi, le traitement médicamenteux des patients
pourra être adapté prospectivement en tenant compte de leur prédisposition
génétique et de l'environnement. Des exemples ont été donnés notamment
celui d'une patiente ayant présenté des complications hépatiques après avoir
eu une quadrithérapie antituberculeuse. La présence de certaines enzymes
intervenant dans l'action des médicaments est liée au patrimoine génétique.
En établissant un génotype, on peut mieux adapter la posologie et être
vigilant aux interactions médicatives. Ce sujet est développé dans "
Health on the net " : www.HON.CH
Ce sujet très novateur donne des perspectives intéressantes et en même temps
nous rappelle nos limites lorsque en toxicologie médico-légale nous avons à
interpréter des taux post-mortem.
Expertises
et média
Expertises et média : la vérité n'appartient pas qu'aux
journalistes
Présenté par Pascal Kintz de l'Institut de Médecine Légale de
Strasbourg,
P. Kintz nous a rapporté, par de nombreux exemples, les liens qui existent
entre la presse et les travaux des experts traitant d'affaires médiatiques.
L'objectif des média est de vendre leur journal ou de faire de l'audimat. Les
décès de personnalités et les crimes sordides font partie des sujets qui
émeuvent ; le dopage des sportifs est un sujet qui intéresse et la preuve
scientifique est attendue avec impatience.
Cette presse peut être également utile à l'expert pour asseoir sa notoriété
ou favoriser sa promotion. Depuis le procès Festina, plus personne n'ignore la
place des cheveux dans la lutte contre le dopage et le refus du CIO et de
certains dirigeants de considérer cette matrice comme utile. A l'opposé, les
incertitudes de la science et en particulier de la toxicologie ont porté tort
à notre discipline. En France, les contestations dans l'affaire de la Josacine
empoisonnée ou dans les résultats de l'expertise du chauffeur de Diana ont
marqué les esprits, chacun dans le public se substituant alors à l'expert.
Enfin, quand les journalistes mènent l'enquête ou refont les investigations,
les débordements sont parfois inévitables.
Les
plantes hallucinogènes
Laurent RIVIER de chez " Laurent Rivier Scientific
Consulting " à Lausanne, Suisse, nous a présenté : Ethnotoxicologie
de l' Ayahuasca
Une décoction hallucinogène, appelé Yage ou Yaje, en Colombie, Caapi au
Brésil et Ayahuasca en Équateur et au Pérou, est régulièrement utilisée
par de nombreuses tribus indigènes depuis des siècles. Elle est préparée
principalement à partir du tronc d'une plante grimpante Banisteriopsis Caapi.
Les sections de cette liane sont bouillies avec les parties aériennes d'autres
plantes (telles que Psychotria viridis ou Diplopterys cabrerana). Cette boisson
très amère contient des alcaloïdes hallucinogènes puissants de type
béta-carboline tels que l'harmine, l'harmaline, et surtout la
d-tetrahydroharmine, accompagnés le plus souvent par la N,N-dimethyltryptamine
(DMT). L'absorption de 2 à 3 dL de cette préparation provoque après 20 à 30
min environ l'apparition de visions colorées comparables à celles obtenues
avec la mescaline, la psilocybine ou le LSD. Le temps d'action de la drogue qui
peut durer de 2 à 6 heures, dépend de la nature du mélange des
béta-carbolines et de l'action synergique qui se développe entre la DMT et ces
dernières. De telles préparations hallucinogènes - beaucoup d'entre elles
ayant en plus une action émétique, purgative ou cathartique et facilitant
l'induction de rêves - sont utilisées traditionnellement pour accéder à des
états de conscience que les indigènes croient favorables pour effectuer un
voyage dans le monde des esprits. Les médecins-sorciers ou shaman en sont les
spécialistes après un apprentissage long et difficile. Découvertes au début
du 20ème siècle, des manifestations similaires à la consommation de l'Ayahuasca
sont encore observables dans d'autres parties du monde. L'usage du peyolt
(Lophophora williamsii) chez certaines tribus du Nord-Ouest du Mexique et
l'emploi traditionnel de la racine d'iboga (Tabernanthe iboga) dans le centre de
l'Afrique de l'Ouest en sont les exemples les plus typiques. Echappant à la
tradition indigène, des " églises " - basées sur la consommation
rituelle d'Ayahuasca sont nées au Brésil à partir de 1930 avec l'afflux de
colons dans le basin de l'Amazone. En dépit de différences, toutes ces
pratiques partagent des ressemblances qui dérivent de la nature intégrative de
l'action de l'Ayahuasca elle-même. Les alcaloïdes de l'Ayahuasca sont
généralement considérés comme des stupéfiants selon la loi. Suivant les
pays, les plantes et la préparation elle-même ne le sont pas
systématiquement. Comme l'usage de l'Ayahuasca s'étend rapidement en dehors du
Brésil, cette nouvelle " consommation sauvage " représente des
risques liés de la prohibition. Ces dernières années des " églises
" en Europe et aux Etats-Unis ont subi plusieurs saisies et arrestations.
Beaucoup de cas sont en suspens devant les tribunaux, pourtant une décision le
21 mai 2001 de la cour hollandaise a acquitté les adeptes d'une de ces églises
en invoquant le droit constitutionnel à la liberté de religion.
Certains pseudo-scientifiques se sont emparés de la question pour y apporter
une " diversification légale " par la sélection de plantes plus
facilement accessibles. Certaines échoppes appartenant à la culture
alternative proposent généralement par Internet, soit la drogue elle-même,
soit les ingrédients de base pour confectionner soi-même le breuvage. Diverses
recettes sont proposées. Une adresse de forum réunit les internautes qui
peuvent confronter leurs expériences. Actuellement, on constate une tendance à
utiliser tout et n'importe quelle plante psychotrope, peu importe sa toxicité
de base. Un projet de traitement de toxicomanes péruviens se propose d'utiliser
comme traitement curatif non seulement l'Ayahuasca, mais aussi toute une
panoplie de plantes réputées "dépuratives" dont certaines sont
reconnues comme hautement toxiques. L'introduction de ce type de pratiques en
dehors de son cadre traditionnel fait craindre les manipulations et les fraudes.
Les centres anti-poisons et les laboratoires de toxicologie doivent être
avertis de l'existence de ce nouveau phénomène au cas où ils seraient amenés
à être confrontés un jour à des accidents éventuels résultant de ces
dérives.
Y. Gaillard, et col. du LAT, La Voulte sur Rhône,
France a présenté : Identification de la 5-hydroxy-diméthyltryptamine
(5-OH-DMT) dans le Takini, breuvage shamanique des hauts plateaux guyanais
Dans l'étude des plantes médicinales et toxiques de la Guyane française
publiée en 1987, Greland et Moretti avaient signalé l'usage par les shamans de
la communauté Palikur du latex de Brosimum acutifolium comme hallucinogène,
cette drogue étant dénommée Takini. Cette découverte soulevait plusieurs
questions : Les analyses effectuées alors ne permettaient pas de conclure quant
à l'action psychotrope de la drogue. Par ailleurs, l'usage populaire répandu
de cette espèce sous le nom de mururé dans toute l'Amazonie paraissait peu
compatible avec des propriétés hallucinogènes prononcées du latex, dont les
écorces sont fortement imprégnées.
Le latex a été prélevé en Guyane française, sur 2 individus différents. Le
premier liquide qui s'écoule d'aspect laiteux et translucide a été séparé
du latex de couleur rouge sombre qui s'écoule ensuite et qui est selon les
enquêtes, utilisé par les shamans.
Une recherche des molécules psychoactives a été réalisée après extraction
liquide-liquide du latex en présence de psilocine d-10, servant d'étalon
interne. L'analyse qualitative a été opérée au moyen d'une CPG-SM-SM Saturn
2000 suivant différent mode d'ionisation et au moyen de réactifs de
dérivation variés en utilisant le logiciel de recherche développé au sein du
laboratoire.
La 5-OH-DMT a été identifiée puis dosée après dérivation au BSTFA. La
teneur moyenne dans le latex a été mesurée à 25 µg/ml.
Les enquêtes ethnobotaniques extensives menées en Guyane montrent que le
Takini représente un complexe culturel particulier aux communautés de l'est
des Guyanes, et que cet usage recouvre l'aire d'extension de la sous espèce :
Brosimum acutifolium Huber ssp acutifolium,
Cette espèce n'est pas mentionnée par Schultes dans sa monographie sur les
plantes hallucinogènes.
Dans le latex de cette espèce a été mis en évidence de la 5-OH-DMT, un
composé dont les propriétés psychotropes peuvent expliquer l'usage comme
hallucinogène dans le plateau des Guyanes. La prise de 500 ml du latex de
l'arbre comme décrite par les shamans représentant une dose active totale de
5-OH-DMT de 10 à 15 mg.
Le dopage
Michel AUDRAN de la Faculté de Pharmacie de Montpellier
nous a présenté : Dopage dans les sports d'endurance: substances et
détection.
Le facteur primordial de la performance physique dans les sports d'endurance
(courses de fond, ski de fond, cyclisme…) est le rendement énergétique
aérobie. Il est exprimé par la consommation maximale en oxygène ou VO2max.
Les facteurs physiologiques susceptibles de limiter cette VO2max sont : le
système pulmonaire, le débit cardiaque maximal, la capacité de transport de
l'O2 dans le sang et certaines caractéristiques des muscles squelettiques
telles que la densité des capillaires, la concentration en enzymes, la masse
musculaire. Dans le domaine de la physiologie de l'effort physique, la VO2max
est limitée par la capacité du système cardiovasculaire (cœur, poumons et
sang) à transporter l'O2 au muscle et non par la capacité des mitochondries
des muscles à consommer l'O2. D'où l'idée qu'une augmentation "
artificielle " du transport de l'O2 devrait améliorer la performance dans
les sports d'endurance.
La première idée fût d'accroître la concentration sanguine en hémoglobine (Hb)
en augmentant le nombre d'érythrocytes circulants. Ceci peut être obtenu tout
naturellement en effectuant des stages en altitude de trois ou quatre semaines
et, aujourd'hui d'une façon moins naturelle, grâce aux chambres hypoxiques ou
hypobares, dont l'usage est de plus en plus répandu. Mais un accroissement
immédiat du nombre d'érythrocytes circulants peut être obtenu par re-infusion
de 1000-2000 ml de sang total ou 400-500ml de globules rouges, prélevés
quelques semaines ou quelques mois plutôt sur le sportif concerné. Il s'agit
là d'un procédé de dopage, avec effets immédiats, initié par les athlètes
scandinaves dans les années soixante. Il est évidement interdit mais cependant
indécelable.
En 1989 la commercialisation de l'érhytropoïétine (Epo), sous la forme d'érythropoïétine
recombinante humaine (rhu-Epo), a mis fin, au moins pendant la dernière
décennie, à la pratique de la transfusion sanguine. Sa facilité d'utilisation
a permis d'étendre la pratique du " dopage sanguin " dans le milieu
sportif. Aujourd'hui, à coté de l'Epo l'ARANESP (Epo retard) et de l'Epo
d'origine humaine (Dynepo), de nouveaux médicaments, sont susceptible d'être
détournés à des fins de dopage. Il s'agit des transporteurs d'oxygène
(émulsions de perfluorocarbures et solutions d'hémoglobines) et des
modificateurs allostériques de l'hémoglobine, molécules permettent à cette
protéine de libérer plus d'oxygène au niveau des tissus qu'elle ne le fait
naturellement. D'ici quelques années, la thérapie génique risque de venir
compléter l'arsenal des méthodes de dopage.
Le dépistage de l'utilisation illicite des xénobiotiques ne pose pas de
problème analytique particulier, mais le milieu biologique prélevé pour le
contrôle doit pouvoir permettre leur détection. Le dépistage du dopage avec
des composés endogènes est bien plus complexe puis qu'il faut faire la
différence entre la production endogène et l'apport exogène. Le dépistage de
la transfusion sanguine autologue n'est toujours pas possible. La mise au point
du dépistage du dopage à l'Epo recombinante humaine a certainement constitué
l'avancée la plus remarquable dans la lutte anti dopage de cette dernière
décennie. Elle est basée sur des différences de profils isoélectriques de l'Epo
urinaire qui sont eux-mêmes la conséquence de différences structurales entre
Epo physiologique et recombinante. Néanmoins ce mode de détection est limité,
en raison de la courte demi-vie de l'Epo, à quelques jours après l'arrêt du
traitement, alors que l'effet dopant peut persister plusieurs semaines. D'autre
part, la commercialisation prochaine d'un Epo d'origine humaine et, dans
quelques années peut être, la thérapie génique, pourraient limiter le champ
d'application de cette technique au demeurant lourde à mettre en œuvre et
quelque fois même à interpréter. Les méthodes " indirectes ",
basées sur la détermination d'un certain nombre de paramètres hématologiques
et biologiques, trop tributaires du protocole d'administration de l'Epo et des
substances adjuvantes, le fer en particulier, sont inaptes à fournir une preuve
irréfutable d'un dopage. La solution, au moins dans un futur proche, serait
d'établir un profil hématologique individuel des athlètes avec quelques
paramètres seulement. Le suivi régulier de ce profil au cours de l'année
permettrait d'éliminer momentanément des compétitions tout athlète dont les
paramètres sortiraient de l'intervalle de variation physiologique,
préalablement déterminé sur une population de sportifs pratiquant la même
activité. Le développement des techniques de la biologie moléculaire
pourrait, à plus long terme, permettre de mettre en évidence la sur-expression
ou la sous-expression de gènes suite à l'administration de substances actives
sur l'érythropoïèse, et dont la quantification relancerait l'intérêt pour
les méthodes indirectes de détection.
Marjorie Cheze, et col, Laboratoire Toxlab, Paris. a
présenté : Saisie judiciaire d'une ampoule d'"hemassist" : une
démarche analytique lourde pour un résultat inattendu
Les Experts ont été requis pour l'examen d'une solution incolore suspectée
dopante, contenue dans une ampoule bouteille de 2 ml dont l'étiquette indiquait
" HEMASSIST Baxter - Recombinant human hemoglobine - (2000 uI) 1ml - i.v
i.m s.c. use- STOREAT 2°-30°" et ne correspondait pas à celle du produit
effectivement commercialisé par cette firme qui, de ce fait, portait plainte.
Un seul millilitre était disponible pour analyse, une seconde fiole devant
demeurer pour une contre expertise éventuelle. Les auteurs présentent la
démarche et les méthodes analytiques mises en œuvre pour la recherche des
substances dopantes chimiques et protéiniques connues à ce jour, sur un très
faible volume.
A - Techniques mises en œuvre pour l'identification des
hormones, peptides, polypeptides et protéines :
La recherche d'hemassist était faite par perméation de gel et détection à
barrette de diodes. La recherche d'EPO (et ARANESP ou EPO retard), de HCG (human
chorionic gonadotrophin), de LH (hormone lutéinisante), d'ACTH (adrenocorticotrophic
hormone), de GH (growth hormone), d'IGF-1 (insulin-link growth factor) et
d'insuline étaient réalisées par immunodosages.
La recherche large de protéines était réalisée par micro méthode à
détection de fluorescence pour une sensibilité de 1 µg/ml.
B - Techniques mises en oeuvre pour l'identification des
composés organiques et inorganiques :
La recherche de molécules organiques était réalisée par screening en
injection directe sur CPG/MS - HP5890 / 5973 et HPLC/BD sur chaîne Alliance
Waters puis infusion directe et injection sur colonne C18 mode gradient en LC/MS
LCQ-Duo à trappe d'ions de Thermo-Finnigan (max 2000 uma)
La recherche d'éléments inorganiques était réalisée par ICP/MS sur Elan
5000A de Perkin Elmer.
Une recherche d'absorption IR était également réalisée sur le lyophilisat
par accumulation de signal compte tenu de la très faible quantité disponible.
Une ultime infusion en LC/MS était réalisée après dialyse (cut-off 100 Da)
pour écarter un éventuel masquage du produit par les éléments inorganiques
du solvant mis en évidence par ICP/MS. L'ensemble des premières analyses
montrait, sur cette solution aqueuse, l'absence d'EPO, d'hormones, de peptides,
de polypeptides et de protéines. La seconde partie des analyses montrait, outre
l'absence de molécules répondant classiquement en CPG/MS et HPLC/BD, un
spectre d'infusion directe en LC/MS inattendu écartant la présence d'une
protéine et comportant des massifs typiques de molécules chlorées et/ou
bromées et des masses atteignant au moins m/z = 1833 u.m.a. Compte tenu des
valeurs des masses, l'hypothèse d'une molécule de type transporteur d'oxygène
enrichie en chlore ou en brome était écartée. L'information sur ce spectre
demandée auprès de divers spécialistes de masse structurale nous orientait
d'abord sur un mélange de polymères type PPG, d'octabromodiphényl, de
polyéthylène, d'interférents de membranes purificatrices d'eau…puis à la
Faculté de Montpellier sur du NaCl conduisant à la détection de clusters
dépassant les 25 molécules ! L'infusion de sérum physiologique dans les
mêmes conditions permettait de vérifier cette hypothèse et d'écarter par
soustraction du bruit de fond la présence de toute autre molécule détectée.
L'ICP/MS nous permettait parallèlement de confirmer la présence de NaCl dans
la solution aqueuse à des concentrations dites " physiologiques ". L'IR
réalisé sur le lyophilisat et l'infusion après filtration sur membrane
permettait d'écarter la présence de toute molécule organique active dans
cette solution en définitive de sérum physiologique.
La mise en œuvre de l'ensemble de ces analyses sur un très petit volume (1 ml)
a démontré sans équivoque le caractère frauduleux de celle fiole et la
supercherie dont sont " victimes " les sportifs de haut niveau dans le
cyclisme, prêts à payer très cher … un placebo constitué de sérum
physiologique.
Conduite
automobile sous l'emprise de drogue
Patrick Mura du Laboratoire de Biochimie et
Toxicologie, Centre Hospitalier Universitaire de Poitiers a présenté : Cannabis
et conduite automobile : une valeur sanguine limite est-elle nécessaire ?
Dans de nombreux pays des législations ont été mises en place, visant à
sanctionner les conducteurs sous influence de cannabis. Pour mettre en évidence
cette influence sur les conducteurs, certaines nations ont opté pour les tests
comportementaux (lois " impairment ") tandis que d'autres ont choisi
une approche analytique (lois " per se "). A l'instar de l'alcool,
est-il possible de déterminer une valeur sanguine en THC en dessous de laquelle
aucune modification comportementale des conducteurs ne pourrait être observée
? .
La réponse à cette question est apportée par les éléments suivants :
- Contrairement à l'alcool, il n'y a pas un seul principe actif mais deux : le
delta-9 tétrahydrocannabinol (THC) et le 11-hydroxy delta-9
tétrahydrocannabinol (11-OH THC), dont les proportions respectives sont
fonctions du mode de consommation.
Après inhalation, les concentrations sanguines augmentent très rapidement pour
atteindre plusieurs dizaines de ng/ml, le pic plasmatique étant observé 8 à
10 minutes après le début de la consommation. Le THC étant un composé très
lipophile, il quitte très rapidement le sang pour se distribuer dans les tissus
lipidiques de l'organisme, dont le cerveau. Pendant cette phase cinétique,
l'évolution des concentrations sanguines est inversement proportionnelle à
celle des effets chez le consommateur, qui atteignent leur apogée au moment où
les concentrations sanguines sont devenues très basses.
- Le dosage du cannabis dans le sang par GC-MS est un dosage difficile, dont les
résultats subissent des variations inter-laboratoires non négligeables. C'est
la raison pour laquelle il est conseillé de fixer un seuil analytique. Le seuil
recommandé par la SFTA est de 0,2 ng/ml.
En raison de tous ces éléments, il paraît illusoire de vouloir déterminer un
seuil sanguin de dangerosité au volant. Compte tenu du fait que la durée des
effets est sensiblement identique à la période pendant laquelle les principes
actifs sont détectables dans le sang, la seule présence de THC et/ou de 11-OH
THC dans le sang permet d'estimer que le sujet était sous influence au moment
du prélèvement.
Alain Verstraete du Laboratoire de biologie clinique,
Hôpital Universitaire de Gent, Belgique a présenté : L'après ROSITA: les
futurs développements en Europe
Le projet Rosita, financé en partie par l'Union européenne, avait pour but de
déterminer s'il existe des tests fiables de détection de drogues pouvant être
utilisés au bord de la route.
L'étude a démontré l'utilité pour la police des tests rapides, la relative
fiabilité des tests urinaires, les attentes des forces de police en matière de
tests salivaires et les performances jusqu'à présent insuffisantes des tests
existants de détection de drogues dans la salive et la sueur.
L'étude a eu un grand impact, aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Les
résultats ont été présentés à différents congrès et ont fait l'objet de
différentes publications. L'étude a souvent été mentionnée dans la presse,
même dans la presse alternative pro-usage de drogues. Le site web
www.rosita.org est fréquemment consulté et les rapports ont été
téléchargés par plus de 500 personnes. Les résultats ont été évalués
lors d'une réunion organisée à Bruxelles en novembre 2001.
Après la fin de l'étude, des tests rapides ont continué à être utilisés en
Belgique et en Allemagne. En Finlande, des organisations caritatives ont fait
don d'instruments de lecture Rapiscan à la police, qui les utilise, malgré
leurs limitations. En Norvège, la police a cessé d'utiliser les tests rapides
et continue à se baser sur les signes cliniques. En Espagne, l'étude a
sensibilisé le public et le monde politique et a contribué à un début de
changement de législation. En Allemagne, les contrôles autour des dancings
pendant les week-ends et la publicité autour de ces actions, ont probablement
contribué à la diminution très significative (-68%, comparé à -3% dans
toute l'Allemagne), du nombre de tués chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans.
Le nombre de blessés a également diminué de plus de 30 %.
Différents nouveaux projets sont en préparation. Un livre qui contient tous
les rapports a été publié. Une demande d'organisation d'euroconférence a
été introduite et si elle est acceptée, 2 conférences seront organisées en
2002 et 2003 et des moyens seront disponibles pour couvrir tous les frais de
participation de 25 jeunes scientifiques de l'Union Européenne et des pays
associés. Des préparations sont en cours pour un projet Rosita 2, qui
évaluera les tests salivaires dans 4 pays européens et quatre grandes villes
américaines.
Chez les partenaires industriels, Rosita a stimulé la recherche
d'améliorations des tests existants (Cozart Rapiscan et Drugwipe) et le
développement de nouveaux prototypes chez Drager/Orasure, Lifepoint et Ansys.
Certains sont déjà en évaluation. Les premiers résultats du Dräger DrugTest
montre une bonne spécificité, mais une sensibilité parfois insuffisante.
En conclusion, l'étude Rosita a eu un impact important dans de nombreux pays et
l'approche multidisciplinaire a stimulé les nouveaux développements en
matière de recherche de drogues chez les conducteurs de véhicules, surtout les
tests salivaires.
Thomas A. Briellmann de l'Institut de Médecine Légale
de Bâle, Suisse nous a présenté :
Médicaments et drogues au volant ("MDV"): La situation actuelle en
Suisse
En Suisse, la capacité de conduire est appréciée en fonction du rapport
de la police, du rapport médical et des analyses toxicologiques.
Les analyses toxicologiques sont soumises à des directives strictes, ordonnées
par le gouvernement. Actuellement, 8 laboratoires sont reconnus, provisoirement
ou définitivement, pour ces analyses "MDV" en Suisse. Cette
reconnaissance est délivrée par l'Office fédéral des routes. Les
laboratoires doivent participer aux contrôles de qualité organisés par le
Centre Suisse de Contrôle de Qualité (CSCQ) deux fois par an sur le sang et
l'urine.
Ces dernières années les délits "MDV" ont augmenté en Suisse. En
2000 : ~1200 cas, en 2001: ~1600 cas. Avec la révision de la Loi fédérale sur
la circulation routière, il est possible maintenant d'effectuer une prise de
sang lorsqu'une personne est soupçonnée d'incapacité de conduire parce
qu'elle a consommé des stupéfiants. Les valeurs limites pour les stupéfiants
seront fixées par le Conseil Fédéral, suite à des propositions émanant
d'une commission d'experts.
Actuellement, dans un petit nombre de cantons, la police effectue, elle-même,
des tests préliminaires au bord de la route. Mais d'une manière courante, la
presque totalité des analyses est effectuée dans les laboratoires reconnus
pour ce type d'analyses. Avec l'introduction de nouveaux tests de dépistage un
changement dans cette pratique est possible dans le futur.
Françoise Vincent, et col. de la Fédération de
Toxicologie - CHU de Grenoble. a présenté
Prévalence de substances psychoactives chez les conducteurs de la région
grenobloise impliqués dans un accident non mortel de la circulation routière ;
comparaison de données cliniques et biologiques.
Le CHU de Grenoble a participé à une étude multicentrique française
(Projet Hospitalier de Recherche Clinique), pilotée par le CHU de Poitiers.
Cette étude avait pour objectif de déterminer la fréquence de l'usage de
stupéfiants et de médicaments psychoactifs chez des conducteurs impliqués
dans un accident corporel non mortel de la circulation routière. En complément
de cette étude nationale, les conducteurs accidentés dans la région
grenobloise ont subi un examen clinique dans le but de rechercher une possible
altération comportementale liée à la prise de substances psychoactives (SPA)
; notre second objectif était donc d'établir une comparaison
clinico-biologique.
Entre le 1er février 2000 et le 31 août 2001, 160 conducteurs accidentés,
admis aux urgences chirurgicales, ont été appariés par sexe et âge (+/- 3
ans) à des témoins admis aux urgences médicales pour une pathologie non
traumatique. Des prélèvements systématiques de sang ont été pratiqués chez
ces patients pour rechercher et doser l'alcool, le cannabis, la morphine et ses
dérivés, les amphétamines, la cocaïne ainsi que les principaux médicaments
psychotropes (barbituriques, benzodiazépines (BZD)…). Les méthodes
utilisées ont été la FPIA, la CPG/SM, la CLHP/BD. Les paramètres cliniques
de la fiche " E " du décret du 27 août 2001 ont été retenus pour
l'examen des conducteurs. Pour l'exploitation des résultats, les tests du Chi2
et de Kruskall-Wallis (StatView® 5.0) ainsi que le logiciel Epi-Info® ont
été utilisés.
147 dossiers appariés ont été retenus pour la comparaison de l'imprégnation
par une SPA. L'âge moyen est de 36,7 ans et le sexe ratio homme/femme est de 3.
La présence de SPA (toutes substances confondues) est multipliée par 3 chez
les conducteurs accidentés par rapport aux témoins (tous âges confondus),
celle de l'alcool seul par 9, celle du cannabis seul par 2 et celle de
l'association alcool-cannabis par 25. Dans les deux groupes, aucune présence de
cocaïne ou d'amphétamine n'a été décelée ; la présence de psychotropes (BZD,
barbituriques, autres) n'est pas significativement plus fréquente chez les
accidentés.
L'examen clinique des conducteurs accidentés semble montrer un rôle
prépondérant de l'alcool par la plus grande fréquence des paramètres
cliniques répertoriés (odeur de l'haleine, troubles du comportement…). La
détection des effets du cannabis a probablement manqué de sensibilité du fait
: des effets cliniques prononcés de l'imprégnation alcoolique, des
concentrations sanguines faibles de THC, des caractéristiques de la grille
d'évaluation clinique utilisée et des conditions difficiles de recueil dans un
service d'urgences. La responsabilité du cannabis ne doit pas pour autant en
être négligée.
Marie-France Kergueris, et col. Laboratoire de
Pharmacologie-Toxicologie, CHU, Nantes, France. a présenté : Cannabis et
Accident de la Circulation - A propos d'un cas extrême
Un " jeune conducteur " étudiant de 19 ans, provoque un accident
lors d'un dépassement hasardeux. Il meurt sur le coup, les deux passagers
succombent également dans les heures qui suivent. Des prélèvements sanguins
ont été réalisés sur le conducteur afin de rechercher l'alcool, les
stupéfiants et les médicaments psychotropes. Les stupéfiants sont dosés en
CG/SM, le même prélèvement a été analysé, pour contrôle, dans un
deuxième laboratoire utilisant également la CG/SM. Le " screening "
médicamenteux a été réalisé conjointement en CLHP/BD et CG/SM.
Le dosage des stupéfiants a révélé la présence de
delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), de 11-hydroxy-delta-9-tétrahydrocannabinol
(11-OH-THC) et de 11-nor-9-carboxy-delta-9-tetrahydrocannabinol (THC-COOH) en
quantités importantes soit : THC = 300 ng/ml ; 11-OH-THC = 40 ng/ml ; THC-COOH
= 223 ng/ml. L'alcoolémie, mesurée dans un laboratoire proche du lieu de
l'accident, était à zéro. Le " screening " n'a pas révélé la
présence de médicaments.
Une surévaluation du THC due aux conditions de prélèvement ou d'analyse
paraît peu probable en raison de la mesure conjointe de valeurs élevées de
métabolites. La quantité très importante de THC laisse supposer une prise
récente de cannabis.
L'étude présentée par E. Johansson, et col. " Prolonged apparent
half-life of D1-tetrahydrocannabinol in plasma of chronic marijuana users.
" J. Pharm. Pharmacol. 1988 ; 40 : 374-375 a montré un allongement de la
demi-vie apparente et une accumulation possible des cannabinoïdes chez des
usagés " intensifs ", mais à ce jour il n'a pas été trouvé dans
la littérature de concentrations aussi élevées. Est-ce un record chez un
conducteur ?
Partie analytique
Hans Maurer, de l' " Institute of Experimental and
Clinical Pharmacology and Toxicology" de Homburg dans la Saar, nous a
parlé des possibilités et des limites
du dosage des drogues faiblement dosées.
En toxicologie criminalistique, clinique, dans le dopage et le suivi
thérapeutique, la détection de faible trace dans les liquides biologiques est
difficile. Aujourd'hui la GC-MS ou la LC-MS sont les techniques les plus
adaptées à ces recherches. Les bibliothèques de spectres permettent
l'identification de plus de 200 000 produits chimiques.
Des techniques telles que l'ionisation chimique négative ou les dérivations
améliorent la sensibilité de l'analyse.
Des molécules dernièrement apparues au cours des analyses telles que les
phenylpipérazines ont fait l'objet de nouveaux protocoles. Certaines, comme le
muscimol ou la mescaline nécessitent des extractions sophistiquées. Ces
méthodes doivent s'adapter à différentes matrices et doivent être validées.
Beat Aebi de l'équipe de W. Bernhard de l'institut de
médecine légale de Bern nous a parlé de la difficulté d'identifier
certains spectres de masse. 30 cas d'analyses toxicologiques difficiles ont
été traités avec un logiciel " masslib " ( www.masslib.com
) La validation de cette recherche d'inconnue en toxicologie a été validée en
accord avec les normes ISO/EN 17025
Extraction
Serge Rudaz du Laboratoire de chimie analytique
pharmaceutique, Université de Genève, a présenté : Utilisation de
supports d'extraction adaptés à l'injection directe de fluides biologiques en
chromatographie liquide
Une optimisation de la préparation d'échantillon est recherchée. L'apparition
de nouveaux types de support d'extraction en phase solide (RAM, support à
larges particules, etc.), permettant l'injection directe de fluides biologiques
représente une approche attractive dans la perspective d'analyses entièrement
automatisées.
Immunoanalyse
François PARANT, du Laboratoire de Biochimie -
Pharmacotoxicologie et Traces. Hôpital Edouard Herriot. Lyon a présenté : A
propos de trois cas d'intoxication à l'Atarax® : interférence de
l'hydroxyzine et de son principal métabolite, la cétirizine, avec l'immunodosage
de la carbamazépine par la technique petinia (dade behring)
L'hydroxyzine (Atarax®), dérivé de la pipérazine, aux propriétés
anxiolytiques sédatives et antihistaminiques H1, est rapidement métabolisée
principalement en cétirizine (Zyrtec® - Virlix®) antihistaminique H1 non
sédatif. Plusieurs cas d'intoxications avec pour conséquence inattendue une
interférence avec le dosage de la carbamazépine par la technique Petinia sont
présentés.
Nous avons suivi trois intoxications volontaires chez un même patient de 32
ans, marginal, connu des urgences pour de multiples tentatives de suicide à l'Atarax®.
Les concentrations d'hydroxyzine et de cétirizine ont été dosées par HPLC-SM.
Le dosage de carbamazépine a été réalisé par trois techniques différentes
(Petinia, Emit 2000 et HPLC-DAD) chez ce patient épileptique traité par
Tégrétol 400 LP®. L'interférence a été également étudiée aux
concentrations thérapeutiques d'hydroxyzine (patiente de 87 ans traitée par
Atarax® sirop 20 à 60 mg/j) et chez un volontaire sain prélevé à T2h (Cmax)
après l'absorption de 2 cp de Zyrtec®. Une étude de charges en hydroxyzine et
cétirizine a complété le travail. Les résultats sont les suivants :
Intoxication à l'Atarax® : (taux toxiques > 0,10 mg/L) ; Traitement à l'Atarax®
: (taux thérapeutiques : 0,05 à 0,09 mg/L). Prise unique de 2 cp de Zyrtec® :
Concentration de cétirizine à T2h : 0,47 mg/L. Concentration apparente de
carbamazépine : 0,6 mg/L (Petinia) / <0,5 mg/L (Emit). Charges de 5mg/L
d'hydroxyzine et de cétirizine croisent respectivement à 77% et 120%
(réactifs Petinia). Absence de croisement avec les réactifs Emit
Un surdosage en Atarax® est responsable d'une interférence avec le dosage de
la carbamazépine par la technique Petinia. Cette interférence, absente avec
les réactifs Emit, reste présente aux concentrations thérapeutiques. Qu'elle
est la part des métabolites autres que la cétirizine dans cette interférence
?
Analyses par
LC/MS
Pierre Marquet, du Service de Pharmacologie et
Toxicologie, CHU Dupuytren, de Limoges, a présenté la LC-MS : une technique
utile pour le dépistage des drogues et médicaments en toxicologie clinique ?
Dans un premier temps Pierre Marquet a rappelé les différentes techniques
basées sur le couplage LC-MS utilisées pour développer une méthode de
recherche générale d'inconnus en toxicologie. La plupart des analystes
utilisaient des sources de type électrospray avec différentes approches
instrumentales :
- spectrométrie de masse en tandem (MS/MS),
- MS/MS avec acquisition en mode adaptatif (data dependent acquisition "
DDA ")
- spectrométrie de masse simple avec fragmentation par collision induite dans
la source (FCIS).
Cependant la stratégie MS/MS n'est par réellement compatible avec une
procédure de recherche d'inconnus dans la mesure où elle nécessite de
sélectionner un nombre limité d'ions parents dans une première étape, avant
de les fragmenter. La DDA est un mode auto-adaptatif dans lequel la détection
des substances éluées est effectuée en simple MS, puis les ions d'intensité
supérieure à un seuil, instantanément fragmentés et leurs fragments
analysés.
Des études préliminaires ont montré leur potentiel pour le screening
toxicologique, mais il sera nécessaire d'améliorer la détection des signaux
dans le bruit de fond. C'est également le cas pour les techniques en simple MS
avec FCIS. De telles méthodes ont été proposées par plusieurs équipes qui
ont démontré leur répétabilité et leur reproductibilité, du moins pour un
même type d'instrument et mis au point des bibliothèques de spectres plus ou
moins larges, le plus souvent en mode d'ionisation positive.
Des procédures de préparation d'échantillon optimisées sont nécessaires
pour extraire, en plus des substances apolaires, les produits polaires voire
même hydrophiles non détectables par GC-MS et supposés l'être par LC-ES-MS.
De telles procédures non spécifiques s'accompagnent généralement d'un fort
bruit de fond chimique. Les conditions chromatographiques conditionnent
également l'efficacité de telles méthodes, du fait de ce bruit de fond
chimique et de la vaste étendue de gamme de polarité des produits à séparer.
Puis , il a montré que la comparaison d'une méthode optimisée de screening
toxicologique par LC-ES-MS avec la GC-MS et l'HPLC-BD pour l'analyse d'une
cinquantaine d'échantillons de sérum de patients pour lesquels une recherche
large de toxique était demandée, était en faveur de la LC-ES-MS (détection
de 73% des produits présents) et complémentaire des deux autres techniques en
effet, 10% des produits sont détectés uniquement par LC-ES-MS.
Peter Jackson et col. de chez Micromass a présenté le
Potentiel de la LC-MS/MS pour l'identification et la quantification de
toxiques dans différentes matrices biologiques.
Le couplage de la LC avec la MS/MS donne une haute spécificité sans qu'il soit
nécessaire de dériver l'échantillon. Des applications dans l'analyse des
amphétamines et psychotropes sont présentées. La procédure comprend une
simple précipitation des protéines, suivie de LC-MS/MS. La préparation de
l'échantillon et l'analyse prennent moins de 20 minutes.
L. Humbert et col. du Laboratoire de Biochimie &
Biologie Moléculaire, Hôpital Calmette, de Lille nous présente l'Apport de
la CLHP/DAD/ESI/MS en toxicologie hospitalière, ainsi que deux cas de
tentative d'autolyse par absorption massive de médicaments.
Les liquides biologiques sont extraits à deux pH (4,5 - 9,0) par un mélange de
solvants organiques (dichlorométhane, éther, hexane, (30 : 50 : 20, V/V)
contenant 0,5 % d'alcool isoamylique). L'extrait sec obtenu est repris par la
phase mobile (tampon formiate d'ammonium 0,005M pH 3,0 - acétonitrile) et
injecté dans un système de chromatographie en phase liquide couplé à une
détection par barrette de diode (acquisition de 210 - 400 nm), suivi d'une
interface ES/MS. La détection MS est réalisée en mode full scan de 100 à 650
m/z sur 7 canaux différents d'acquisition (1 ES- et 6 ES+) suite à la
variation des tensions appliquées sur le cône. L'identification des molécules
a été faite par comparaison avec une librairie initialement développée au
laboratoire.
Une femme de 65 ans dépressive est admise dans le service des Urgences après
une tentative d'autolyse, elle est inconsciente et présente des troubles
cardiovasculaires. L'analyse des profils chromatographiques montre la présence
dans le sérum de l'admission de trimétazidine, paracétamol, cafeine,
quinidine, zolpidem, méprobamate, miansérine, acéprométazine, hydroxyzine et
propoxyphène.
Un homme dépressif de 44 ans est pris en charge à son domicile par le SMUR
après une nouvelle tentative d'autolyse (la 5ème), il est admis dans le
service de réanimation. Il présente une bradycardie, une hypotension, une
hypothermie avec vasoconstriction aux extrémités. Du sotalol, hydroxyzine,
alprazolam, tétrazepam sont retrouvés dans le sérum. La concentration de ces
substances a pu être déterminée et suivie sur une période de 21H30. Les
concentrations trouvées à l'entrée étaient de : sotalol : 4041 ng/mL ;
hydroxyzine : 162 ng/mL ; alprazolam : 353 ng/mL et tétrazepam : 147 ng/mL.
Cette technique est très rapide, elle offre grâce à ce couplage la
possibilité de rechercher les molécules en librairie, d'identifier des
substances n'absorbant pas dans l'ultraviolet. La combinaison de la détection
en spectrométrie de masse ES en modes négatif et positif la rend plus
performante et permet de détecter un plus grand nombre de substances organiques
éluées d'une colonne. Il est également possible, par l'adjonction d'un
standard interne et après validation de la quantification de déterminer la
concentration des molécules dans les liquides biologiques.
Hervé Sayer et col. du CHU Dupuytren de Limoges, nous
a présenté la " Recherche et dosage de cinq médicaments curarisants
et d'un produit de dégradation dans les milieux biologiques "
Une méthode analytique permettant de doser en routine les curarisants les plus
utilisés à des concentrations relativement faibles, compte-tenu de la courte
demi-vie d'élimination de ces molécules, est développée par chromatographie
liquide en phase inverse couplée à la spectrométrie de masse. Les molécules
curarisantes recherchées sont atracurium, laudanosine, rocuronium, pancuronium,
vecuronium, mivacurium. L'ambenonium est utilisée comme étalon interne. Le
dosage est réalisé dans 500 µL de milieu biologique (sérum, sang total,
urines, liquide gastrique), acidifié dès réception par 20 µL d'une solution
à 0,5 M d'H2SO4, puis déprotéinisé par 1 mL d'acétonitrile. La séparation
chromatographique est réalisée sur une colonne X-TERRA (C18; 3,5µm; 150mm x
1mm), avec comme phase mobile un mélange d'acétonitrile et de tampon formiate
d'ammonium 2 mM ajusté à pH=3 avec de l'acide formique (90/10 ; v/v).
L'ionisation est effectuée en mode positif dans une source TurboIonSpray (IS =
5800V, OR optimisé pour chaque valeur de m/z; Ring: 275V). Les molécules
étudiées ont été dans un premier temps identifiées en mode full scan, puis
dosées en mode SIM (pour un gain de sensibilité) sur un ion de quantification
et un ion de confirmation par molécule. Les ions sélectionnés sont les
suivants : atracurium m/z 464,6 et 358,4 ; laudanosine m/z 206,1 et 358,4 ;
rocuronium m/z 529,4 et 358,4 ; pancuronium m/z 430,5 et 472,5 ; vecuronium m/z
557,4 et 398,4 ; mivacurium m/z 446,2 et 402,5 ; ambenonium m/z 125,2 et 411,6.
Les limites de quantification (LDQ) sont de 2,5 µg/L (mivacurium et laudanosine),
5 µg/L (rocuronium et pancuronium) et 10 µg/L (atracurium et vécuronium). Le
domaine de linéarité est compris entre la LDQ et 2000 µg/L, avec un
coefficient de corrélation supérieur à 0,999. Les coefficients de variation
inter- et intra-jours de cette méthode sont inférieurs à 11% sur toute la
gamme de linéarité
Dans un cas d'autolyse par perfusion de produits médicamenteux, cette méthode
a permis d'identifier et de doser de la laudanosine (produit de dégradation de
l'atracurium ou du cisatracurium) et du rocuronium dans le sang total, aux
concentrations respectives de 8,86 mg/L et 1,53 mg/L ainsi que du rocuronium
dans l'urine à la concentration de 2,18 mg/l. Par ailleurs, de la paroxétine,
de l'alfentanyl, de la phénopéridine et du dextromoramide étaient retrouvés
à concentrations élevées dans le sang.
Gérard Hopfgartner, du Laboratoire de Chimie
Analytique Pharmaceutique, Genève, a présenté : L'analyse quantitative et
qualitative à haut débit des composés pharmaceutiques dans les liquides
biologiques: possibilités et limitations
Le couplage de la chromatographie liquide à la spectrométrie de masse (CL-MS)
est devenu la méthode de choix pour le support d'études pharmacocinétiques ou
de métabolisme. L'ionisation à pression atmosphérique (API) et une détection
par spectrométrie de masse en mode tandem de composés pharmaceutiques et de
leurs métabolites s'est révélée, entre autre, comme une technique
extrêmement efficace pour l'analyse de composés organiques de polarité
intermédiaire à polaire dans les milieux biologiques. Des méthodes aux temps
d'analyses inférieurs à 5 minutes avec une limite de quantification de l'ordre
de quelques picogrammes par ml sont devenues routinières. La stratégie de
préparation d'échantillon joue un rôle primordial dans l'analyse à haut
débit et peut être automatisée. L'utilisation de systèmes informatiques de
traitement des analyses est également indispensable. L'analyse à haut débit
n'est pas seulement utile pour l'analyse de milliers d'échantillons provenant
d'études cliniques, mais elle joue également un rôle primordial dans
certaines études qui nécessitent l'analyse en ligne. Dans ce cas, un
relativement petit nombre d'échantillons doit être analysé dans un intervalle
de temps de quelques heures. En accélérant la chromatographie liquide, il est
possible de réaliser avec certaines classes de composés des temps d'analyse de
10 secondes. Cependant la suppression de l'ionisation due à des composés
endogènes présent dans les matrices biologiques où la co-élution de
métabolites requiert souvent une séparation chromatographique longue. Dans ce
cas l'utilisation de système en parallèle avec la commutation de colonne
permet de maintenir l'intégrité chromatographie tous en diminuant
considérablement les temps d'analyse.
La détection et la caractérisation des métabolites produits in vitro ou vivo
s'effectuent dans un premier temps principalement par LC-MS/MS en utilisant
différents types de spectrométrie de masse. Ce type d'analyse est complexe et
longue.
Sandrine Souverain, et col. Du laboratoire de chimie
analytique pharmaceutique, Université de Genève a présenté : Analyse
stéréosélective de la méthadone par injection directe de plasma en LC-MS
La méthadone (MTD) est un opioïde de synthèse largement utilisé dans le
traitement de substitution à l'héroïne et comme analgésique puissant. La
méthadone présente un atome asymétrique et existe donc sous la forme de deux
énantiomères. L'activité pharmacologique est essentiellement contenue dans
l'isomère lévogyre (R-méthadone). Pour des raisons économiques, le racémate
est administré dans la plupart des pays européens. Malgré des dosages
constants, les concentrations plasmatiques de ce composé présentent des
variations inter-individuelles importantes. De plus, il a été démontré qu'un
métabolisme stéréosélectif de la MTD conduisait à des rapports
énantiomériques très variables et donc une réponse au traitement
différente. Ainsi, des dosages stéréosélectifs de la MTD sont nécessaires
afin que le clinicien puisse ajuster les doses administrées en fonction des
concentrations de l'énantiomère actif.
Un système à commutation de colonnes comprenant une extraction des
échantillons couplée en ligne à un système chromatographie liquide chirale
(de type cellulose) - spectrométrie de masse (LC-MS) a été développée. Le
temps consacré au processus d'extraction, basé sur l'utilisation d'un support
à larges particules à haut débit de phase mobile, est considérablement
réduit. En effet, l'analyse stéréosélective de la MTD à partir de 50 µL de
plasma est obtenue en moins de 16 min (préparation de l'échantillon comprise).
La linéarité de la méthode est évaluée et jugée satisfaisante pour une
gamme de concentration de 10 à 1000 ng.mL-1 pour chaque énantiomère. Avec une
détection par spectrométrie de masse utilisant une ionisation par
électrospray, des limites de quantification de 5 ng.mL-1 sont atteintes. En
outre, la méthode est appliquée avec succès à l'analyse d'échantillons
plasmatiques de patients sous traitement de MTD.
M. Fathi, et col. du Laboratoire central de chimie
clinique / Hôpitaux Univesitaire de Genève, a présenté : Détermination
du sirolimus dans le sang total par HPLC/MS
Le sirolimus ou rapamycine des laboratoires Wyeth est un agent
immunosuppresseur récent utilisé en combinaison avec la ciclosporine ou le
tacrolimus lors de transplantions.
Tout comme la ciclosporine et le tacrolimus, le sirolimus emprunte la voie
métabolique du cytochrome P450A. Il agit sur l'activation des lymphocytes T et
B d'où son effet immunosuppresseur.
La concentration du sirolimus est mesurée dans le sang total car sa
distribution est à plus de 94 % dans les érythrocytes et seulement 3 % dans le
plasma.
Une méthode de détermination du sirolimus dans le sang total par HPLC/electrospray-MS
en utilisant le demethoxyrapamycine comme étalon interne a été développée.
Après une extraction liquide-liquide de 300 µl d'échantillon, la séparation
des composés est faite sur une colonne à polarité de phase inversées avec
une élution isocratique.
L'acquisition des données se fait en mode SIM en détectant les induits sodium
du sirolimus à m/z 936.60 et celui de l'étalon interne à m/z 906.60.
La linéarité de la méthode a été testée jusqu'à une concentration de 30
µg/l, donnant une équation Y = 0.03393X - 0.03432 avec un r = 0.99904. Les CV
intra-série de la méthode était de 8.1 %, 5.2 % et 3.4 % respectivement pour
les valeurs basses, moyennes et élevées respectivement. Ceux inter-série
étaient de 9.7 %, 7.6 % et 5.6 %. La limite inférieure de la quantification
est de 1 µg/l. La méthode développée est simple et fiable, nécessitant un
faible volume d'échantillon.
ICP-MS
Laurence Labat, et col. Laboratoire de Biochimie et Biologie
Moléculaire, CHRU Lille - Hôpital Calmette - Lille, France a présenté : Dosage
du sélénium plasmatique par ICP-MS
Les effets toxiques du sélénium étaient connus bien avant que son rôle
nutritionnel comme élément trace essentiel ne soit découvert. Ceux-là
restent cependant rares alors que des concentrations inférieures à 30 µg/L
sont très souvent associées à des symptômes cliniques sévères de
déficience en sélénium.
Une nouvelle procédure de préparation d'échantillons plasmatiques pour un
dosage par la technique de la torche à plasma couplée à une détection en
spectrométrie de masse (ICP-MS). est effectuée sur une série de
prélèvements de patients hospitalisés en gastro-entérologie au CHRU de
Lille.
Le dosage du sélénium plasmatique 82Se est réalisé en ICP-MS (Agilent 7500a)
après une simple dilution au 1/10ème de chaque échantillon avec une solution
d'acide nitrique à 1% contenant du butanol (0,8%) et du triton (0,1%). Le
volume d'échantillon nécessaire est au minimum de 0,3 mL.Le dosage est
réalisé en mode " quantitatif ". 23 prélèvements plasmatiques et 3
contrôles (UTAK et Séronorm) ont été analysés par ICP-MS et par
spectrométrie d'absorption atomique, technique habituellement utilisée au
laboratoire. Les résultats ont ensuite été comparés.
La linéarité de la méthode a été vérifiée pour des concentrations variant
de 1 µg/L à 40 µg/L, correspondant à des concentrations de 10 à 400 µg/L
avant dilution. La limite de détection est de 0,5 µg/L. La quantification du
sélénium dans le plasma a été vérifiée par la méthode des ajouts dosés.
La répétabilité et la reproductibilité de la méthode sont bonnes avec des
coefficients de variation inférieurs à 3,2 %. Les concentrations plasmatiques
des 23 prélèvements étudiés varient de 34,7 à 146,3 µg/L et nous
décrivons une bonne corrélation avec les résultats obtenus en spectrométrie
d'absorption atomique (r2 = 0,96).
L'ICP-MS couplée à cette procédure simple et rapide de préparation de
l'échantillon semble adaptée à une utilisation en routine pour le dosage du
sélénium pour des concentrations plasmatiques variant de 10 à 400 µg/L.
C'est une méthode précise et qui apparaît plus sensible que celles
classiquement utilisées pour ce dosage. Des problèmes d'interférences ont
été décrits limitant le dosage direct du 82Se dans les différentes matrices
biologiques. Une simple dilution en présence de butanol, indispensable pour
limiter les effets d'amplification d'ionisation due à la présence du carbone
dans le plasma est proposée.
Analyses
de médicaments dans les liquides biologiques.
D Richard et col. de Pharmacologie Médicale, Faculté
de Médecine, Clermont-Ferrand présente :
Mise au point du dosage plasmatique et urinaire de l'apomorphine et de ses
métabolites par GC-MS
L'apomorphine (APOKINON®) (APO) est un agoniste dopaminergique mixte D1+D2,
couramment utilisé dans le traitement de la maladie de Parkinson compliquée de
fluctuations motrices. Son emploi est limité par une courte durée d'action
liée à un important effet de premier passage hépatique avec formation de d'apocodéine
(APC), de norapomorphine (NPO) et de dérivés glucurono-conjugués. L'étude
des modifications cinétiques provoquées par l'administration d'inhibiteur
enzymatique de la catéchol-O-méthyl transférase (ICOMT), enzyme clé du
métabolisme de la dopamine, nous a conduit à développer une méthode de
dosage plasmatique et urinaire de l'APO et de ses métabolites.
L'extraction liquide-liquide (éther, acétate d'éthyl) est suivie d'une
analyse chromatographique en CPG-MS (Hewlett Packard® HP 6890 et HP 5973 MS)
sur une colonne HP-5-MS (30m x 0,25mm, 0,25µm) après dérivation des extraits
par le Sylonâ. Les urines sont préalablement hydrolysées par action
enzymatique (Helix Pomatia, 5h à 55°C). Chaque analyse est précédée de
l'extraction d'une gamme réalisée avec un étalon interne (propylnorapomorphine)
dans un témoin surchargé de concentrations variables des différents analytes.
Les temps de rétention de l'APO, APC et NPO sont respectivement de 8,5, 9,05 et
9,20 min (EI : 9,90 min) et les ions de quantification (qualification) sont 410
(322), 352 (264), 396 (308) et 438 (410). Les limites de détection sont 0,1
ng/ml et 0,5 ng/ml pour l'APO et les deux métabolites respectivement. Pour ces
molécules, les reproductibilités inter- et intra-journalières (CV),
respectivement aux concentrations de 1 et 2,5 ng/ml, sont 2,8 et 5,4 %, 6,4 et
7,0 %. Les courbes de calibration (0-100 ng/ml) sont linéaires et
reproductibles (pente : 0,2355 ±5,5.10-5 ; ordonnée à l'origine : -15,5.10-5
±87.10-5; r : 0,9994 ±0,0013). Les pourcentages d'extraction sont de 19,8
±6,3% et 44,2 ±14,7% respectivement pour l'APO et l'APC ( 5 ng/ml). Dans les
urines, les reproductibilités (CV), sont, aux concentrations de 5, 25 et 100
ng/ml, respectivement de 4,2, 2,1 et 0,5%, 7,0, 13,2 et 2,4%, 17,7, 5,0 et 2,0%
pour l'APO, l'APC et la NPO.
Cette technique spécifique et sensible a été appliquée à l'étude
cinétique d'une première série de patients parkinsoniens (n = 10) traités
par une injection s.c. d'APO à dose efficace sur les signes de moteurs puis par
une administration p.o. (200 ou 400 mg) d'un ICOMT, l'entacapone. A ces doses,
les Cmax sériques d'APO sont de 31,3 ±9,8 et 54,0 ±29,0 ng/ml. Aucun
métabolite n'a été détecté dans le sérum. Aux doses respectives de 200 et
400 mg d'entacapone, les quantités urinaires d'APO, d'APC et de NPO sont de
1099,6 ±553,0 et 667,3 ±375,0 ng/ml, 369,2 ±652,0 ng/ml et 260,1
±560,1ng/ml, 384,4 ±464,0 ng/ml et 191,1 ±251,2 ng/ml.
Ces résultats préliminaires montrent une baisse dose-dépendante des
quantités éliminées de métabolites et suggèrent un effet de l'antagoniste
de la COMT sur la cinétique et le métabolisme de l'APO. Ils doivent être
confirmés par l'analyse des autres séries de patients.
Séverine Hughes-Frutiger et col. Laboratoire central
de chimie clinique/HUG, Genève, a présenté : Screening of hypoglycaemic
sulfonylurea drugs in the serum of type 2 diabetic patients : From compliance to
overdosage
Recherche de glibenclamide (Daonil), glimepiride (Amaryl), glipizide (Glibenese)
et de gliclazide (Diamicron) dans le serum. Glibenclamide et glimepiride
sont extraites du sérum à pH acide en utilisant des cartouches C18. Glipizide
et gliclazide sont extraites à pH 6.5. Les analytes sont séparés sur une
colonne Varian C18 Omnispher (détection UV à 226 nm) . Les phases mobiles sont
légèrement différentes. La répétabilité est de 10.6% pour la glibenclamide,
10.2% pour la glimepiride, 6.6% pour la glipizide et 12.1% pour le gliclazide.
Olivier J. Lassout et col , Laboratoire Central de
Chimie Clinique et Examens Biologiques, Genève, Suisse a présenté : Anti-protéases
et anti-viraux : Cas du Lopinavir
Le Lopinavir est métabolisé par le cytochrome P450. Son action est
approximativement dix fois supérieure à celle du Ritonavir. L'administration
simultanée du Ritonavir inhibe la métabolisation du Lopinavir et augmente la
concentration plasmatique de cette anti-protèase. La demande des cliniciens est
essentiellement la mesure du taux résiduel en Lopinavir. Les anti-protéases
sont séparées par HPLC (HP1090 série I) avec détection UV (205 nm). La
séparation est effectuée à température ambiante sur une colonne à polarité
de phases inversées Phenomenex Kromasil C18 équipée d'une pré-colonne
Phenomenex C8. La préparation des échantillons s'effectue sur des colonnes SPE
Bond Elut C18 (Varian).
La méthode utilisée est linéaire dans la gamme de concentration choisie
(250-9000 ng/ml) avec des r2>0,99. Les coefficients de variation intra et
inter essai sont inférieurs à 5% (4,49% et 4,78% respectivement) et le
recouvrement est supérieur à 90%. La limite inférieure de quantification
(250ng/ml) a été fixée avec les cliniciens.
Pour doser toutes les anti-protéases (Indinavir, Amprenavir, Saquinavir,
Nelfinavir) et l'Efavirenz, nous utilisons la même méthode de préparation
mais deux systèmes chromatographiques différents. Les temps d'analyses courts
(20 min), permettent un rendu des résultats rapide.
Les
benzodiazépines
Stéphane PIRNAY, et col. du Laboratoire de toxicologie
de la Préfecture de Police de Paris, nous a parlé d'une Méthode GC-MS/MS
de détection de 22 benzodiazépines dans les milieux biologiques
Un protocole sélectif et sensible de détection de 22 benzodiazépines par
GC-MS/MS en 1 seule injection, applicable en routine est présenté.
La dérivation des composés est réalisée. L'analyse se fait dans un GC-MS
VarianÒ " Saturn 2000 " associant un chromatographe 3800 à un
spectromètre de masse de type trappe ionique. Parmi les 22 benzodiazépines, 10
d'entre elles présentant un atome d'hydrogène échangeable, sont
triméthysilylées par du BSTFA-TMCS (90/10).
La méthode s'applique à l'ensemble des molécules dérivées ou non, et
alterne les modes d'ionisation impact électronique (EI) et ionisation chimique
(CI). Les segments d'acquisition sont optimisés notamment par le choix des
tensions de collision en mode MS/MS et en mode MRM (" multiple reaction
monitoring ") selon chaque benzodiazépine.
La préparation de l'échantillon comporte une étape d'extraction
liquide-liquide par toxi-tubes A (Toxi-Lab Ansys™). Les seuils de
détection et de quantification sont établis pour chaque benzodiazépine et le
meilleur mode d'ionisation est retenu.
Le flunitrazépam, clonazépam, prazépam, lormétazépam et flurazépam sont
ionisés en mode CI, les autres le sont en mode EI. La méthode alterne dans ces
deux modes des segments de MRM pour le bromazépam, tétrazépam, diazépam,
clotiazépam, nitrazépam, chlordiazépoxide, témazépam, midazolam,
clonazépam et prazépam et de MS/MS pour les autres molécules. La méthode est
appliquée aux sangs et urines après extraction.
La méthode est validée sur des milieux sanguins et urinaires surchargés en
benzodiazépine. Les seuils de quantification sont de 10 pg/µl (médazépam,
nordazépam, oxazépam, diazépam) de 500 pg/µl (bromazépam, tetrazépam,
midazolam), de 1000 pg/µl (estazolam, alprazolam, triazolam) et de 100 pg/µl
pour toutes les autres benzodiazépines.
A. Bugey et Ch. Staub de l'Institut Universitaire de
Médecine Légale, Genève, Suisse, ont présenté : Analyse rapide de
benzodiazépines dans le sang par chromatographie liquide haute performance :
utilisation d'une colonne Chromolith™.
Une méthode utilisant une colonne Chromolith™ en chromatographie liquide
haute performance couplée à un détecteur à barrette de diodes a été
appliquée au dosage des benzodiazépines dans le sang complet.
La durée de l'analyse a été considérablement diminuée tout en permettant de
mesurer les doses toxiques et thérapeutiques habituellement rencontrées pour
ces substances.
La préparation des échantillons sanguins est effectuée par extraction liquide
/ liquide (LLE).
Les benzodiazépines sont analysées au moyen du système de couplage
chromatographie en phase liquide / détecteur à barrette de diodes (HP 1100) et
la séparation des composés est réalisée sur une colonne Chromolith™
Performance RP - 18e (100 x 4.6mm) en utilisant le méthylclonazépam comme
standard interne. La phase mobile est constituée d'un mélange tampon phosphate
(pH=2.1) / acétonitrile délivrée en mode isocratique.
Le débit est fixé à 2 ml/min et la détection à 220 nm.
La méthode a été appliquée à huit benzodiazépines couramment prescrites en
Suisse. Pour des raisons pratiques, elles ont été séparées en deux groupes :
le clonazépam, le diazépam, le flunitrazépam et l'oxazépam d'une part puis
le lorazépam, le désalkylflurazépam, le midazolam et le nordazépam d'autre
part.
Le dépistage complet de chaque groupe de substances est effectué en moins de
quatre minutes. Les droites de calibration sont linéaires (R2>0.99) sur les
domaines de concentration suivants : clonazépam, flunitrazépam,
désalkylflurazépam, midazolam, lorazépam de 30 à 500 ng/ml ; oxazépam,
diazépam, nordazépam de 150 à 5000 ng/ml.
Les limites de quantification sont de 20 ng/ml pour le flunitrazépam et le
clonazépam et de 30 ng/ml pour les autres benzodiazépines permettant ainsi de
mesurer les concentrations thérapeutiques pour toutes les benzodiazépines à
l'exception du flunitrazépam pour lequel seules les concentrations dans la
fourchette supérieure de la zone thérapeutique peuvent être mesurées. La
répétabilité à trois concentrations différentes a été déterminée et les
CV obtenus sont inférieurs à 5%.
A. El Mahjoub et christian Staub ont présenté un
poster sur : Détermination des benzodiazépines dans les fluides biologiques
par chromatographie liquide haute performance (CLHP) et par technique de
commutation de colonnes
Les Cardiotropes
Flesch Françoise , et col. du Centre Antipoison de
Strasbourg. a présenté : Prévalence des cardiotropes dans une population
de patients hospitalisés pour intoxication.
Cette étude a été réalisée à partir d'une analyse rétrospective sur une
population de 10 000 patients hospitalisés dans un service de réanimation et
d'urgences médicales de Janvier 1990 à décembre 2000.
Les principaux critères analysés ont été : l'âge et le sexe des patients,
les molécules en cause, le type d'intoxication, la gravité et l'évolution. Ce
travail a été réalisé à l'aide du logiciel SIMA (Système d' Information
Médico-Administratif) qui a permis la génération de questionnaires
personnalisés, la saisie des données et l'interrogation multicritères.
Les cardiotropes étaient en cause dans 3 % des cas d'intoxications soit chez
275 patients .
69 patients avaient ingéré un seul cardiotrope, 23 deux cardiotropes ou plus,
42 avaient associé cardiotrope et antalgique et 141 avaient associé
cardiotrope et psychotrope.
L'intoxication était volontaire dans 83 % des cas. La moitié des cas
concernait une prise de Bêta-bloquants. 13 patients sont décédés, dont 5
après surdosage digitalique (moyenne d'âge : 80 ans) 2 après accident
thérapeutique (patients respectivement âgés de 73 et 92 ans et traités par
Flécaine® ou Tildiem®) et 6 après intoxication volontaire dont 3
pluri-médicamenteuses.
Un dosage de cardiotrope a été réalisé dans un quart des cas.
Une étude détaillée de 3 cas cliniques permet de souligner l'intérêt de ces
dosages pour le clinicien : dosage des digitaliques en urgence en raison de
l'implication thérapeutique, ou dosage différé (Bêta-bloquants, Inhibiteurs
calciques) pour confirmer le diagnostic et (ou) vérifier la corrélation
clinico-biologique.
| |
Bêta-bloquants |
Digitaliques |
Anticalciques |
Antiarythmiques |
Autres |
| Nombre |
135 (49%) |
42 (15 %) |
36 (13%) |
21 (8 %) |
76 (28 %) |
| Médicaments en cause |
43 Avlocardyl®
23 Tenormine® |
|
10 Isoptine®
8 Tildiem® |
7 Flécaine®
6 Rythmol® |
Catapressan® IEC, Nitrés... |
| Age moyen |
37 |
73 |
50 |
46 |
39 |
| Intox volontaire |
95 % |
26 % |
89 % |
90 % |
96 % |
| Troubles cardiovascul |
22 % |
83 % |
36 % |
19 % |
|
| Ventilation artificielle |
13 % |
10 % |
17 % |
29 % |
4 % |
| Décès |
3 % |
12 % |
6 % |
10 % |
1 % |
Bruno Mégarbane, du service de Réanimation Médicale
et Toxicologique, Hôpital Lariboisière et INSERM U26 - Paris, France. a
présenté : Prise en charge des intoxications aiguës par bêta-bloquants et
toxiques avec effet stabilisant de membrane.
Les manifestations cardiovasculaires dominent le tableau de l'intoxication
aiguë par bêta-bloquants. Celui-ci dépend des propriétés pharmacologiques
de la molécule en cause : cardio-sélectivité, lipophilie, activité
sympathomimétique intrinsèque et/ou effet stabilisant de membrane. La
morbidité des intoxications par bêta-bloquants augmente lors de co-ingestion
d'autres cardiotropes. L'ECG montre le plus souvent une bradycardie sinusale à
QRS fins. Des troubles de conduction sino-auriculaire, auriculo-ventriculaire
voire intra-ventriculaire peuvent survenir au cours de l'évolution.
L'hypotension artérielle résulte d'une baisse de la contractilité myocardique,
à laquelle s'ajoute, pour le labétalol, une vasodilatation artérielle, par
effet béta-bloquant. Au cours des intoxications sévères, il existe un risque
de coma, de convulsions, de dépression respiratoire, d'hypoglycémie et
d'hyperkaliémie. La détermination de la concentration plasmatique du
bêta-bloquant à l'admission du patient est réalisable, mais sa valeur
pronostique n'est pas établie. Le traitement doit être adapté à la gravité
des troubles cardiovasculaires. La surveillance de la pression artérielle et de
l'ECG est suffisante chez les patients asymptomatiques. Le risque de
complications ultérieures est peu probable chez un patient resté
asymptomatique, 6 heures après l'ingestion. L'absence d'accélération de la
fréquence cardiaque sous atropine confirme le blocage des récepteurs
adrénergiques. En cas d'hypotension, le remplissage doit être prudent. Le
glucagon en IV directe (2 à 5 mg) puis continue (2 à 5 mg/h) est efficace sur
la pression artérielle, mais son effet chronotrope est plus modéré. Il agit
en court-circuitant la liaison du bêta-bloquant à son récepteur. En cas
d'échec et si la bradycardie n'est pas très marquée, la dobutamine est la
molécule de choix. L'adrénaline est l'option thérapeutique, s'il s'agit d'une
prise de labétalol. En cas d'intoxication par le sotalol, il convient
d'accélérer la fréquence cardiaque par l'isoprénaline, en raison du risque
de torsade de pointe. Devant une bradycardie réfractaire ou des troubles
importants de la conduction auriculo-ventriculaire, la mise en place d'un
entraînement électro-systolique peut se révéler nécessaire.
Les intoxications aiguës avec effet stabilisant de membrane (antidépresseurs
polycycliques, chloroquine, flécaïne, propranolol ou acébutolol et cocaïne)
sont à l'origine d'une mortalité élevée, aux environs de 5%. Le tableau
clinique initial est souvent faussement rassurant, car un arrêt
cardio-circulatoire inopiné peut survenir de façon précoce et brutale. L'ECG
montre un aplatissement des ondes T, un allongement du segment QT et un
élargissement de la durée des complexes QRS qui constitue le principal facteur
pronostique. Ces effets sont liés au blocage du canal sodique, responsable du
courant entrant de la phase 0 du potentiel d'action. Le tableau clinique
comporte un collapsus avec un risque de troubles du rythme ventriculaire
(torsades de pointe, tachycardie ou fibrillation ventriculaire) ou de
bradycardie à complexes larges, pouvant évoluer vers l'asystole. L'état de
choc est principalement cardiogénique, mais comporte toujours une composante
vasoplégique. Les formes graves s'accompagnent d'hypoxie secondaire à un œdème
pulmonaire lésionnel d'apparition retardée. L'hypokaliémie, parfois profonde,
est liée à un mécanisme de transfert et expose, en cas de supplémentation
excessive, au risque d'hyperkaliémie, après élimination du toxique. Les sels
molaires de sodium (bicarbonate ou lactate) représentent le traitement
spécifique en cas de bloc intra-ventriculaire. Seules les mesures
symptomatiques de réanimation, et notamment la ventilation assistée,
réalisée précocement, peuvent permettre d'améliorer le pronostic des formes
sévères. Pour les intoxications graves à la chloroquine, le traitement
associe, dès la phase pré-hospitalière, intubation, ventilation assistée et
perfusion d'adrénaline et de diazépam . La persistance d'un collapsus sous
adrénaline impose de pratiquer une étude hémodynamique, qui montre le plus
souvent une correction insuffisante de la baisse des résistances systémiques.
En cas de formes réfractaires au traitement médical conventionnel, il peut
être licite d'envisager une thérapeutique d'exception, comme l'assistance
circulatoire externe.
Brigitte Delhotal Landes et col. du laboratoire de
toxicologie Hôpital A.Paré, Boulogne, France a présenté : Recherche de
cardiotropes en urgence ?
Les intoxications par cardiotropes, bien que représentant 2% à 4% des
intoxications médicamenteuses, sont potentiellement graves. Les chances de
succès d'une réanimation spécifique reste essentiellement liées à la
précocité de sa mise en œuvre. Dans ce contexte, la confirmation de la prise
d'un cardiotrope en urgence est donc nécessaire. Les cardiotropes ont des
structures chimiques très hétérogènes. En dehors des cardiotropes
recherchés par méthode immunologique (cardiotoniques, cocaïne,
antidépresseurs tricycliques…) ou dosés par méthode CPG (chloroquine,
méprobamate…) l'apparition dans les laboratoires de toxicologie d'urgence du
système HPLC avec DAD avec ou sans extraction on line leur a permis d'effectuer
un screening plus large. Cependant, classiquement, ces systèmes ont des limites
car ils ne permettent de mettre en évidence que des molécules neutres ou
basiques et la limite de détection pour certaines molécules est trop élevée
pour les mettre en évidence alors qu'elles sont déjà présentes à des
concentrations toxiques (exemple : nicardipine, nifédipine).
En urgence à l'aide du REMEDI™, la recherche et l'estimation
quantitative de cardiotropes est effectuée pour plusieurs hôpitaux de Paris et
de sa région. Une étude retrospective sur environ 1 an, montre que 134
demandes de recherches de cardiotropes (excluant antidépresseurs tricycliques,
cocaïne, carbamates, chloroquine) nous sont parvenues de 26 services de
réanimation. Soixante six de ces recherches étaient libellées "
recherche de b-bloquants ", et 3 " recherches d'inhibiteurs calciques
". Sur ces 134 prélèvements, ont été retrouvés dans 53 cas des
b-bloquants, dans 7 cas des inhibiteurs calciques, dans 21 cas des
antiarythmiques, dans 16 cas des phénothiazines, dans 18 cas des IRSS, 1
alpha-bloquant, dans 2 cas du dextropropoxyphène, dans 10 cas des
antipsychotiques (sulpiride, hydroxyzine, tiapride, risperidone, amisulpride).
Pour 22 prélèvements aucune molécule cardiotrope n'a pu être identifiée et
26 des intoxications correspondaient à des associations de cardiotropes. Une
première approche des résultats nous conduit à penser que des troubles
cardiaques sévères peuvent apparaître pour des concentrations inférieures à
celles publiées dans le cas d'intoxications poly médicamenteuses.
Jean-Pierre Goullé et col. du Groupe Hospitalier du
Havre, Le Havre (France) a présenté : Deux cas de décès impliquant un
antiarythmique, la propafénone.
L'objectif de ce travail est de présenter deux intoxications à conséquence
mortelle secondaires à une ingestion volontaire de propafénone. Cet
antiarythmique du groupe I est couramment utilisé depuis de nombreuses années
et paradoxalement les intoxications létales documentées avec des dosages
sanguins sont peu nombreuses.
Observation 1 : un homme de 46 ans est trouvé mort à son domicile. De nombreux
médicaments sont présents à proximité du corps. Le médecin légiste ne
constate aucune trace de violence, un prélèvement sanguin est réalisé.
Observation 2 : un homme de 43 ans ayant des antécédents de tentative de
suicide est découvert mort dans son véhicule après semble-t-il une absorption
massive de médicaments provenant de son traitement : de la propafénone et de
la clomipramine sont retrouvés près du cadavre. Le médecin légiste conclut
à un décès probable par intoxication médicamenteuse en l'absence d'autre
cause. Du sang et des urines sont prélevés.
La recherche d'éthanol et de molécules volatiles est effectuée dans le sang
total et les urines par chromatographie en phase gazeuse couplée à l'espace de
tête. Les dépistages des principaux stupéfiants et de quelques médicaments
sont réalisés dans le sérum et les urines par immunoanalyse. Ces dépistages
sont complétés par l'analyse du sérum et des urines par chromatographie en
phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (CG/SM) et par
chromatographie en phase liquide couplée à la mesure par barrette de diodes (CLHP/BD).
Le dosage de la propafénone, de la clomipramine et de leur métabolite est
effectué par CLHP/BD après extraction en phase liquide.
Observation 1 : l'expertise toxicologique montre la présence d'éthanol
dans le sang (2,71 g/l) ainsi que de propafénone à l'exclusion de toute autre
substance détectable. Le dosage de propafénone dans le sang révèle une
concentration de 4180 ng/ml. On note l'absence de norpropafénone détectable.
Observation 2 : les dosages sanguins révèlent outre la présence de
clomipramine et de desméthylclomipramine (respectivement 532 et 601 ng/ml), une
teneur massive en propafénone 9423 ng/ml avec une concentration de 416 ng/ml
pour la norpropafénone.
Depuis 1990, la propafénone est réservée aux troubles du rythme menaçant le
pronostic vital en raison du risque létal chez les sujets traités. L'ingestion
d'une quantité inférieure à 3 g soit 10 comprimés est susceptible de menacer
le pronostic vital. .
Les diurétiques
Mme Pechère-Bertschi de la Division d'Endocrinologie
et Policlinique de Médecine de Genève nous a présenté : Un grain de sel
dans les diurétiques
Au cours de l'Antiquité déjà, il est fait mention de substances
augmentant le flux urinaire, mais ce n'est qu'en 1957 avec la synthèse du
chlorothiazide que l'usage de ces drogues s'est répandu. L'utilisation
judicieuse de ces médicaments nécessite de connaître leurs sites d'action au
niveau rénal. Malgré certaines réserves émises à leur encontre dans les
années 1980 et réfutées depuis, quant à leur effets métaboliques
potentiellement délétères sur la mortalité coronarienne, ils sont un outil
thérapeutique redoutable dans le traitement des états oedémateux et de
l'hypertension artérielle. Leur aptitude à réduire la survenue des accidents
cardio-vasculaires, dont l'attaque cérébrale, est largement démontrée. Le
concept de les combiner à faibles doses, ce qui en minimise les effets
secondaires, avec d'autres classes thérapeutiques, comme les inhibiteurs de
l'enzyme de conversion de l'angiotensine ou les antagonistes du récepteur de
l'angiotensine II, donne une synergie très intéressante. Après quelques
notions de physiologie rénale et de pharmacologie, l'utilité de ces
médicaments dans des indications particulières comme l'hypertension
artérielle réfractaire, l'hypertension dite sensible au sodium, et l'intérêt
éventuellement néphroprotecteur des molécules type de anti-aldostérone ont
été évoqués.
Carine Schweizer du Laboratoire Suisse d'Analyse du
Dopage à Lausanne nous a parlé de
Recherche des diurétiques dans la lutte anti-dopage
Les diurétiques sont des médicaments interdits dans la pratique du sport
pour deux raisons principales. Dans les disciplines à catégories de poids, ils
pourraient être utilisés pour baisser artificiellement et rapidement la charge
pondérale afin de correspondre à la bonne catégorie. Ils sont en outre connus
pour éliminer plus rapidement les traces de certains produits interdits. Dans
ce cas particulier, les diurétiques entrent dans la famille des produits dits
"masquants".
Ces dernières années, les laboratoires d'analyse du dopage ont, dans leur
majorité, utilisé la technique de chromatographie en phase gazeuse couplée à
la spectrométrie de masse pour l'analyse des diurétiques. Cette famille de
médicaments étant représentée par des substances aux caractéristiques
physico-chimiques très différentes, c'est une méthode d'extraction
methylative qui permet de les extraire et de les dériver afin de les rendre
propices à l'analyse.
La méthode utilisée permet la détection des produits recherchés avec une
fiabilité conforme aux standards habituels en chimie analytique et une
sensibilité suffisante pour la fourchette de concentrations recherchée. Cette
méthode de screening permet également de détecter d'autres produits comme la
benzoyl-ecgonine, le THC-COOH et une grande majorité des anti-inflammatoires
non-stéroidiens.
La mise sur le marché de produits de plus en plus spécifiques pose
actuellement quelques problèmes de détection à l'analyse. En effet, les doses
utilisées étant souvent plus faibles et les modes d'élimination moins connus,
on aura, dans le futur proche, recours de manière préférentielle aux
techniques liquides de séparation couplées à la spectrométrie de masse.
Suicide
par produit euthanasiant
Jean Pierre Anger et col. du Laboratoire de Toxicologie
- Faculté de Pharmacie -Rennes, a présenté : Suicide par injection de T-61
Le T-61 ou TANAX® est un agent euthanasiant vétérinaire parfois impliqué
dans les tentatives de suicide chez l'homme en administration par différentes
voies. Le produit commercial est un mélange de trois principes actifs : l'embutramide,
le mébezonium et le chlorhydrate de tétracaïne dont l'association entraîne
plus ou moins rapidement la mort par anoxie cérébrale. Le cas d'une jeune
femme décédée des suites de l'injection intraveineuse de T 61 est présenté.
L'analyse toxicologique a porté sur le sang, le foie et le cerveau où l'on a
recherché et dosé les produits volatils par CPG-HS, les principaux
psychotropes par HPLC-DAD ainsi que l'embutramide par CPG-SM. L'analyse HPLC-DAD
permet d'identifier seulement l'embutramide et confirme l'absence de tout autre
xénobiotique. Des trois constituants du T 61, seul l'embutramide, a pu être
dosé par CPG-SM et a montré les concentrations suivantes dans les milieux
examinés : Sang total : 751 mg/l ; Foie : 64,4 mg/kg; Cerveau : 14 mg/kg.. La
concentration sanguine retrouvée se révèle supérieure aux données de la
littérature fournies à l'occasion d'intoxications humaines ( 15,3-226 mg/l),
qui dépendent grandement de la voie d'administration et de la dose reçue.
Alvarez JC et col. Laboratoire de
Pharmacologie-Toxicologie, Garches, France a présenté : Dosage de l'embutramide
: à propos d'un cas de suicide par administration intraveineuse de T-61
Le Tanax® ou T-61® est un soluté euthanasique très utilisé en médecine
vétérinaire. L'embutramide est un des trois principes actifs du T-61. Lors
d'intoxications accidentelles ou de suicide par le T-61, le dosage de l'embutramide
permet de confirmer l'hypothèse de l'intoxication.
100 µl de sang ou de solution sont extraits par le dichlorométhane (1ml) en
milieu alcalin (NaOH 1M) après ajout de 0,2 µg de prazépam (EI). Après
agitation et centrifugation, la phase organique est récupérée, évaporée et
le résidu repris par 100 µl d'un mélange tampon phosphate 25 mM et
acétonitrile (70/30, V/V). 10 µl sont injectés dans le système
chromatographique constitué d'une pompe quaternaire (ThermoFinnigan), d'un
injecteur automatique AS 3000, d'une colonne HyPurity C18 ThermoHypersil (250 x
4,6 mm) et d'une pré-colonne C18 ThermoHypersil (4 x 4,4 mm) maintenues à
35°C et d'un détecteur à barrette de diodes UV 6000. La phase mobile est un
mélange de tampon phosphate 25 mM pH 3,8-acétonitrile avec un gradient de
30-80% en 18 min. Les Tr de l'embutramide et du prazépam sont respectivement de
10,5 et 17 min. La méthode apparaît fiable, sensible et spécifique. Les
limites de détection et de quantification sont respectivement de 0,2 et 0,5
mg/l avec un volume injecté de 10 µl. La calibration est linéaire de 0,5 à
50 mg/l. La variabilité intra- et inter-analyses est toujours inférieure à
10%.
Cas clinique : un vétérinaire est retrouvé mort, une perfusion posé à son
bras. Le flacon de T-61 fixé à la perfusion est quasiment vide. Le reste de la
solution injectée est analysé et montre une concentration de 200 g/l, ce qui
correspond à la concentration des flacons de T-61. Il y a donc eu
administration de 10 g d'embutramide (flacon de 50 ml), soit 140 mg/kg. La
concentration retrouvée dans le sang total est de 90 mg/l. Un cas préalable
suite à une ingestion par voie orale de 2 flacons de 50 ml de T-61 avait
montré des taux sanguins d'embutramide de 31 mg/l. Ce cas serai le premier cas
d'intoxication mortelle chez l'homme après administration intraveineuse d'une
quantité connue d'embutramide. Cette étude permet d'évaluer le volume de
distribution de l'embutramide chez l'homme à environ 1,6 l/kg.
Christian Giroud, et col. de l'Institut Universitaire
de Médecine Légale Lausanne a présenté :
Suicide d'un vétérinaire par injection d'une solution de pentobarbital (Vetanarcolâ)
utilisée pour l'euthanasie des animaux, comparaison avec les cas " Exit
"
En Suisse, les intoxications aux barbituriques sont devenues de plus en plus
rares. Font exception les cas " Exit ". Cette association qui pratique
l'assistance au suicide recommande l'usage du pentobarbital pour abréger les
souffrances d'individus gravement atteints dans leur santé. Les vétérinaires
constituent une autre exception qui est favorisée par leur pratique de
l'euthanasie d'animaux à l'aide de produits fortement dosés en pentobarbital.
Nous présentons ici un cas d'intoxication volontaire au pentobarbital qui
concerne un vétérinaire; les résultats des analyses toxicologiques sont
discutés et comparés avec ceux des cas " Exit ".
Les échantillons biologiques sont analysés par le biais de test immunologiques
et de méthodes chromatographiques (GC-FID, HPLC-DAD et GC-MS). Le pentobarbital
est dérivé par méthylation rapide dans l'injecteur avec le TMAH puis dosé
par GC-MS.
Les analyses toxicologiques ont révélé la présence de pentobarbital
seulement. Aucun produit volatil n'a pu être détecté. Les dosages indiquent
les concentrations ou les quantités suivantes : sang périphérique : 13,5 mg/l
; sérum : 21,7 mg/l ; urine : 7,2 mg/l ; contenu gastrique : 0,7 mg ; humeur
vitrée : 12,6 mg/l ; LCR : 13,9 mg/l ; cortex cérébral : 33,2 mg/kg ; bile :
67,4 mg/l ; foie : 27,5 mg/kg. Pour 8 cas " Exit ", les concentrations
se situaient dans une fourchette allant de 16,1 à 59,6 mg/l. La voie orale est
la méthode d'administration usuelle dans les cas " Exit ", cette
administration de pentobarbital (10 g) est en général précédée de la prise
d'un antiémétique. L'injection est très probablement la voie utilisée par le
vétérinaire. L'absence de détection de tout antiémétique, la présence
d'une seringue vide (10 ml) et l'existence de plaies punctiformes sur l'abdomen
viennent étayer cette hypothèse. La présence de pentobarbital dans le contenu
gastrique est attribuée à une diffusion post mortem. Les concentrations
déterminées dans le sang périphérique, l'humeur vitrée et le liquide
céphalorachidien sont très proches les unes des autres.
Les
cheveux & autres matrices alternatives
Christian Staub de l'Institut Universitaire de
Médecine Légale de Genève, nous a présenté Les cheveux sont-ils devenus
un prélèvement indispensable en toxicologie judiciaire ?
Les cheveux possèdent la propriété d'être le marqueur d'une exposition
répétée et permettent, en outre, d'établir un profil de consommation sur une
période longue (plusieurs semaines voire plusieurs mois). Ce n'est que depuis
1998 que ce prélèvement et ce type d'analyse sont utilisés en routine à
l'Institut de Médecine Légale de Genève. L'interprétation des résultats,
comme pour d'autres matrices, nécessite d'avoir recours à des valeurs de
référence. Il est même souhaitable que chaque laboratoire possède ses
propres valeurs. Des contrôles de qualité externes sont organisés par la
" Society of Hair Testing " (SOHT), une société savante ayant pour
objectif de promouvoir cette technique.
E. Vinner et col. du laboratoire de l'Hôpital
Calmette, Lille, présente : Intérêt de l'analyse par CPG/SM des cheveux de
nouveau-nés exposés aux drogues in utero dans la prévision d' un syndrome
d'abstinence
Les nouveau-nés, exposés aux drogues durant leur vie fœtale, peuvent souffrir
d'un syndrome d'abstinence (SAN) plus ou moins sévère un à plusieurs jours
après la naissance, nécessitant la mise en place d'un traitement par morphine.
Le diagnostic d'un SAN peut ne pas être évoqué rapidement en raison des
symptômes atypiques présentés par le nouveau-né : cris, agitation, coliques…,
notamment lorsque l'historique de la conduite addictive de la mère n'est pas
révélé.
Pour tenter d'estimer et de mesurer les facteurs toxicologiques permettant de
prévoir l'apparition et la sévérité du SAN d'enfants nés de mères à
conduites addictives et pour confirmer le diagnostic clinique, un protocole
approuvé par le comité d'éthique a été mis en place entre le 01/06/99 et le
31/12/01.
Sur la base d'une participation et après consentement éclairé, toutes les
parturientes à conduites addictives suivies en consultations prénatales ont
été incluses, et également des mères ayant accouché sans consultations
préalables mais ayant une consommation avérée ou découverte de substances
illicites. Etaient exclues du protocole les parturientes à consommation isolée
de substances psychoactives et/ou d'alcool.
Les urines des nouveau-nés ont été recueillies en 4 fractions sur le
nycthémère, les méconiums dans les 48 H suivant la naissance et les cheveux
selon la procédure préconisée par la SHT. Des résultats concernant la
détection par méthodes immunologiques et la quantification par CPG-SM des
opiacés, des cannabinoïdes, des dérivés de la cocaïne et de la méthadone
dans les 3 matrices sont décrits pour 17 couples mère/enfant.
Un profil d'exposition aux opiacés avec ou sans molécule substitutive ou
autres substances associées a pu être défini et relié aux données cliniques
concernant le SAN. Il semble se dégager le fait qu'un SAN apparaît plus
fréquemment après une exposition in utero à une association
opiacés/molécule de substitution (8 sur 10 SAN de l'étude). La participation
d'autres substances comme les benzodiazépines et la cocaïne est également à
prendre en compte. La substitution par méthadone ou buprénorphine de femmes
enceintes à conduites addictives reste cependant le traitement de choix au
regard des risques encourus par le fœtus et le nouveau-né en l'absence d'une
telle thérapeutique. L'analyse des cheveux par CG-SM associée à l'analyse des
autres matrices pourrait permettre de prévoir l'apparition d'un SAN et
renseigner ou confirmer le clinicien dans son diagnostic.
Michel Yegles, et col. du Laboratoire National de
Santé, Toxicologie, Luxembourg a présenté : Mise en évidence de l'éthyl
glucuronide (EtG) par GC/MS-NCI dans les cheveux. Intérêt de l'EtG par rapport
aux marqueurs sanguins de l'alcoolisme chronique
L'éthyl glucuronide (EtG) est un métabolite mineur non-volatil de l'éthanol.
L'EtG est encore décelable dans les prélèvements biologiques à un moment où
l'éthanol non conjugué ne l'est plus. Il est détecté par chromatographie
gazeuse couplée à la spectrométrie de masse en mode d'ionisation chimique
négative (GC/MS-NCI). Afin d'évaluer l'alcoolisme chronique chez un certain
nombre de sujets des paramètres sanguins tels que la Béta-glutamyl
transférase (gamma-GT) et la transferrine déficiente en hydrates de carbone
(CDT) ont également été déterminés.
Une quarantaine d'échantillons de cheveux ont été analysés provenant soit de
personnes décédées, soit de volontaires consommateurs occasionnels de
boissons alcoolisées (ad 20g d'EtOH pur par jour). Pour l'analyse de l'EtG les
cheveux ont été incubés dans une solution de MeOH-H2O (1:1) pendant la nuit.
Après centrifugation, le surnageant est évaporé à sec sous azote et le
résidu est dérivé à l'aide d'anhydride pentafluoropropionique avant analyse
par GC/MS-NCI. Le d5-EtG est utilisé comme étalon interne et les fragments m/z
496 et 342 sont tracés pour l'EtG. Le rendement d'extraction est de 60 % et la
limite de détection est de 30 pg/mg cheveux. Les résultats ont montré
qu'aucun EtG n'a pu être décelé dans les cheveux de buveurs occasionnels.
Chez les 10 personnes autopsiées les concentrations de l'EtG étaient situées
entre 60 et 5800 pg/mg de cheveux alors que les valeurs de CDT variaient de 2,8
à 51 % et celles de la GT de 19 à 186 UI/L. Par ailleurs, une étude de
décoloration par peroxydation des cheveux a montré une diminution de la
concentration capillaire de l'EtG de 78 %.
La GC/MS-NCI a permis d'améliorer sensiblement la LOD. Les résultats de la
mesure de l'EtG dans les cheveux peuvent apporter des informations tout à fait
pertinentes et complémentaires aux marqueurs sanguins de l'alcoolisme
chronique.
V. Dumestre-Toulet et col. Laboratoire BIOFFICE,
Artigues près Bordeaux, France a présenté : Lutte antidopage : Pourquoi
faut-il rechercher les 19-norstéroïdes dans les cheveux ?
L'identification et la quantification des 19-norstéroïdes dans les cheveux est
utile pour discuter sur le plan médico-légal un résultat urinaire positif
pour la norandrostérone à partir d'une technique. 100 mg de cheveux,
décontaminés avec du dichlorométhane sont incubés dans 1 ml de NaOH 1N, 15
min à 95°C, en présence de nandrolone D3, étalon interne. L'homogénat ainsi
obtenu est neutralisé par de HCl 1N. 2 ml de tampon pH 7 sont ajoutés. Les
molécules sont extraites en phase solide/liquide par passage sur des colonnes
isolute C18 et éluées par trois aliquots de méthanol. Une extraction
liquide/liquide de l'éluat alcalinisé est réalisée avec du pentane. La phase
organique est évaporée à sec. Une dérivation par le mélange MSTFA/NH4I/2-mercaptoéthanol
(1000 :2 :5, v/v/v) est réalisée pour obtenir des composés énol-silylés qui
seront analysés par GC/MS/MS. La technique est linéaire entre 1 et 50 pg/mg de
cheveux et offre une limite de détection comprise entre 0,5 et 1 pg/mg.
Cette technique a permis de documenter plusieurs cas de dopage à la nandrolone
et de mettre en évidence la présence de norandrostenedione à un taux de 7 pg/mg
dans les cheveux d'un athlète réfutant la prise de nandrolone. En 2001, 29
athlètes ont été déclarés positifs dans les contrôles anti-dopage. Parmi
eux, 14 l'étaient pour la nandrolone, c'est-à-dire avaient une concentration
urinaire du métabolite norandrostérone supérieure à 2 ng/ml. Les
spécialistes s'accordent à dire aujourd'hui que les laboratoires dépistant
aisément ce type de dopage, Si les athlètes sont confondus c'est sans doute
parce qu'ils prennent des suppléments alimentaires contaminés. Ces
suppléments, que l'on trouve le plus souvent sur Internet, ne sont pas
contrôlés par la FDA et seraient actifs parce qu'ils contiennent des
anabolisants…L'équipe du Prof Schänzer à Cologne s'est vu confier par le
CIO une mission d'enquête sur ces produits et révèle 16 cas de contamination
sur les 100 premiers produits analysés. Ces compléments contiendraient parfois
de la nandrolone ou du stanozolol mais aussi et surtout de la norandrosténolone
et de la norandrosténedione, en vente libre aux USA. Ces molécules donnent les
mêmes métabolites urinaires que la nandrolone et donc des résultats positifs
aux contrôles antidopage.
Bien que la nandrolone et toutes les molécules apparentées soient classées
comme produits interdits dans la liste du CIO, il convenait de pouvoir
distinguer la nature de la molécule en cause lors d'un dépistage urinaire
positif à la nandrolone et éventuellement mettre en évidence un dopage "
à l'insu de l'athlète " par un autre norstéroïde.
Vincent Cirimele, et col. de l'Institut de Médecine
Légale, Strasbourg, France a présenté
Caractérisation du furosémide dans les cheveux par LC-MS/MS
Après obtention de leur consentement, une mèche de cheveux a été
prélevée chez 20 patients (16 hommes et 4 femmes âgées de 29 à 91 ans)
traités par Lasilix® aux posologies de 20 à 250 mg/jour sur une période de
10 jours à 10 ans.
Les cheveux, coupés en segments courts (< 1mm), ont été incubés une nuit
à 45°C dans 1mL de méthanol/HCl (99:1, v/v). Après incubation, le solvant a
été centrifugé et évaporé. Les analyses ont été réalisées par LC-MS/MS
(Esquire 3000, Bruker Daltonique) après séparation chromatographique des
constituants de l'extrait par un gradient d'acétonitrile (30 à 50% en 10 min)
sur une colonne C18 (15 x 1 mm, d.i.). Lors de la détermination par MS/MS,
l'ion pseudomoleculaire du furosémide (m/z 329) a été isolé et fragmenté
pour générer les fragments fils (m/z 285 et 287). L'étape unique de
solubilisation-purification par le mélange méthanol/HCl (99:1, v/v) s'est
avérée être l'approche la plus satisfaisante. Les autres méthodes testées
faisaient appel à une incubation des cheveux dans des conditions acides (HCl
0.1N, 16h à 56°C), alcalines (NaOH 1M, 10 min à 95°C) ou tamponnées (pH 5.5
or 7.6) suivie d'une étape de purification par extraction liquide-liquide
(acétate d'éthyle ou éther diéthylique à pH 1,0 ou 5,5) ou solide-liquide (Isolute®
C18 ou Bond Elut Certify®). Le procédé analytique a été validé en terme de
linéarité, rendement d'extraction, répétabilité et limite de détection.
Les résultats préliminaires obtenus à partir d'échantillons de cheveux
prélevés chez des patients traités par Lasilix® annoncent déjà des
concentrations de furosémide de l'ordre du pg/mg.
Les diurétiques sont incorporés dans les cheveux et peuvent être isolés par
un procédé simple et rapide. Néanmoins, leur détection n'a pu être
réalisée qu'à l'aide d'un appareillage spécifique et sensible comme la LC-MS/MS,
confirmant ainsi que l'analyse des substances de la performance (anabolisants,
corticoïdes et maintenant diurétiques) dans les cheveux est particulièrement
difficile du fait des très faibles concentrations à mesurer.
E. Cognard, et col. de l'Institut Universitaire de
Médecine Légale, Genève , Suisse a présenté : Analyse de la cocaïne, de
l'anhydroecgonine-méthylester et de la cocaéthylène dans les cheveux par
GC/MS.
Lors d'une analyse de cheveux, le composé parent est présent majoritairement.
Dans le cas de la cocaïne (COC), l'interprétation des cas positifs est
difficile, car la présence de cette dernière dans les cheveux ne permet pas
d'affirmer qu'il y a eu consommation. En effet, la cocaïne prise sous forme de
base ("crack"), est fumée, ce qui peut entraîner une déposition de
cocaïne à la surface des cheveux. Il est donc d'un grand intérêt de disposer
d'une méthode permettant le dosage simultané de la cocaïne et de ses deux
métabolites spécifiques : l'anhydroecgonine-méthylester (AEME) et la
cocaéthylène (COET).
Les cheveux sont décontaminés par une série de lavages successifs, puis
séchés, broyés et hydrolysés avant d'être extraits par SPE automatisée.
Les analyses sont ensuite réalisées en utilisant un GC-MS Saturn 2000 Varian
couplant un GC 3400 à un spectromètre de masse de type trappe ionique.
La méthode a été validée en utilisant des cheveux enrichis et en effectuant
la quantification de la COC, l'AEME et la COET respectivement sur les ions
304+182, 150+182, et 318+196 m/z. Les droites de calibration sont linéaires (R2
> 0.99) entre 1 et 20 ng/mg pour les trois composés. Les LOQ de la COC, de
l'AEME et de la COET sont respectivement de 0.10, 0.05 et 0.08 ng/mg et leurs
LOD sont respectivement de 0.002, 0.004 et 0.002 ng/mg. Le rendement
d'extraction est de 80 % pour les trois substances. L'ensemble de la validation
a été effectué en injection splitless. Or, une dégradation non négligeable
de la cocaïne en AEME (max. 3 %) est observée (pyrolyse au niveau de
l'injecteur), ce qui risque de poser un problème lors de l'analyse quantitative
de cas réels puisqu'on ne pourra pas dire si l'AEME détectée est due à la
dégradation de la cocaïne pendant l'injection ou à une consommation effective
de crack. La technique d'injection a donc été modifiée pour travailler non
plus en splitless, mais en injection on-column à froid. L'utilisation de cette
technique d'injection permet non seulement de réduire la dégradation de la
cocaïne dans l'injecteur à des valeurs négligeables mais aussi d'obtenir une
meilleure sensibilité et une meilleure répétabilité qu'en mode splitless.
Fabienne Jeanneret, et col. des Hôpitaux
Universitaires de Genève, LCCC, Genève, Suisse, a présenté : Liquide
interstitiel comme matrice alternative au sang ? Etude en cours des acides
aminés par LC-MS et recherche d'autres composés endogènes ou de médicaments.
La nature invasive des prises de sang et leur difficulté pratique chez
certaines catégories de patients comme les jeunes enfants ou les personnes
âgées ont conduit à rechercher des procédés non invasifs de prélèvements
d'échantillons biologiques. La substitution de la prise de sang par l'iontophorèse
est étudiée dans ce travail. Cette technique utilise le passage d'un faible
courant à travers la peau pour délivrer des molécules ou pour les extraire du
liquide interstitiel. Une corrélation entre le glucose du sang capillaire et
celui extrait par iontophorèse est déjà établie et a mené à la
commercialisation d'un senseur appelé GlucoWatchä. D'autres composés,
endogènes ou exogènes, sont également extraits par iontophorèse et un
screening général de ceux-ci est actuellement en cours. Les premières
molécules étudiées sont les acides aminés dosés lors de maladies
métaboliques comme la phénylcétonurie, l'homocystinurie, ou la tyrosinémie.
Les cellules d'iontophorèse sont placées sur les avant-bras d'adultes
volontaires sains et remplies avec une solution saline. Un courant de 0.5 mA/cm2
est appliqué pendant 25 minutes, puis les solutions des cellules sont
récupérées et d'autres intervalles d'iontophorèse sont réalisés. Les
extraits iontophorétiques sont analysés par chromatographie liquide couplée
à la spectrométrie de masse (LC-MS) sans préparation ni traitement des
échantillons.
Les essais in vivo démontrent une extraction de la plupart des acides aminés,
séparés dans les compartiment anodiques ou cathodiques selon leur charge. Les
quantités obtenues sont de l'ordre d'une centaine de mmoles. Il reste
maintenant à établir si une corrélation avec les valeurs plasmatiques existe
en effectuant des prises de sang simultanément à l'analyse par iontophorèse.
Le système GlucoWatchä nécessite une période de lavage de deux heures avant
d'obtenir une corrélation avec les valeurs du sang capillaire. Pour les acides
aminés, ce laps de temps est à déterminer et à minimiser au plus bas
possible.
L'utilisation de l'iontophorèse comme procédé non invasif est en cours
d'étude et s'inscrit dans le cadre de la recherche de matrices alternatives.
Dans ce travail, des substances endogènes ont été choisies comme modèle
d'étude, mais des essais in vitro ont montré une extraction à travers la peau
de médicaments tels que la théophylline, la phénytoïne, le valproate ou le
lithium. L'extraction transdermique semble donc être une voie intéressante et
prometteuse pour le dosage de différents types de molécules.
Contrôles
de qualité
L. Humbert et col. Laboratoire de Biochimie &
Biologie Moléculaire, Hôpital Calmette, Lille a présenté : Dosage de la
buprénorphine et de la norbuprénorphine dans le sang total et l'urine :
Résultats de la première évaluation externe de la qualité.
Le traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés par la
buprénorphine haut dosage (Subutex®) connaît depuis 1995 un succès croissant
(80 000 patients en 2002). De nombreux laboratoires réalisent sa recherche et
son dosage dans les liquides biologiques. La commission assurance de qualité de
la SFTA a proposé fin 2001 le premier contrôle externe de qualité qui
comprenait deux échantillons lyophilisés, d'origine humaine, supplémenté en
buprénorphine et norbuprénorphine (sang total et urine). 30 laboratoires
étaient inscrits. Les concentrations en buprénorphine et norbuprénorphine ont
été collectées en même temps que le mode opératoire mis en œuvre. Les
calculs statistiques (moyenne, écart-type et Z-score) ont été effectués et
les laboratoires dont le Z-Score était > 3 pour chaque dosage étaient
écartés du calcul de la moyenne.
Sur les 30 laboratoires inscrits à cette évaluation, 22 laboratoires ont rendu
leurs résultats. Les méthodes séparatives se répartissent à part égale
entre la chromatographie liquide et la chromatographie phase gazeuse. 90 % des
laboratoires utilisent la détection par spectrométrie de masse. Neuf
laboratoires sur 10 réalisant le dosage par CG/SM procèdent à une silylation
avant chromatographie. Tous les laboratoires qui réalisent ce dosage avec une
détection par spectrométrie de masse utilisent le ou les homologues deutérés
des molécules (15 utilisent les deux homologues, 3 la buprénorphine D4).
Pour chaque analyte et dans chaque milieu la moyenne obtenue
par CLHP/SM est inférieure à celle obtenue par CG/SM mais avec un écart type
plus restreint.
Modélisation
moléculaire
J.H. Bourdon et col. Hôpital Salvator, Laboratoire de
toxicologie et des pharmaco-dépendances, Marseille. France a présenté : La
modélisation moléculaire, outil de détection d'une potentialité d'activité
amphétaminique ?
L'utilisation de la modélisation moléculaire, outil de l'industrie
pharmaceutique peut être envisageable dans la détermination de l'activité
pharmacologique d'une nouvelle substance à potentiel d'abus, cela évite les
mois nécessaires pour procéder à l'évaluation préalable du potentiel d'abus
et de dépendance. Une étude de faisabilité est réalisée à partir des
dérivés de la phényléthylamine. Le but de cette étude est de prédire les
effets pharmacologiques des nouvelles molécules dérivées de la
phényléthylamine en utilisant des relations dérivées de l'analyse des
propriétés des molécules déjà connues.
Le matériel informatique est constitué d'un micro-ordinateur d'une station de
travail Silicon Graphic. Sybyl 6.3. Les études de QSAR ont été réalisées à
l'aide de tables organisées en lignes pour les substances étudiées et en
colonnes pour les valeurs des paramètres physico-chimiques. Une base de
données a été constituée à partir de nombreuses molécules dérivées de la
phényléthylamine, et d'actions pharmacologiques différentes. Les paramètres
étudiés sont le pKa , le Log P (lipophilie), le Log D (lipophilie en fonction
du pH), l'énergie de la molécule et le poids moléculaire.
L'association des techniques statistiques (ACP et clustérisation) et de
l'étude par CoMFA apparaît intéressante pour répondre à l'objectif de
classification des substances amphétaminiques. L'exemple de l'ACP (CoMFA, poids
moléculaire et Log P) montre la possibilité de séparation des substances
amphétaminiques des autres dérivés de la phényléthylamine. L'étude du
CoMFA par clustérisation améliore cette séparation.
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